Tout comprendre aux enquêtes autour de la FFR, de Bernard Laporte, et du Mondial 2023

Publié le , modifié le

Auteur·e : Guillaume Poisson
Bernard Laporte et la FFR souhaitent que la Pro D2 passe à 18 clubs la saison prochaine
Bernard Laporte, patron de la FFR. | CHRISTOPHE SIMON / AFP

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

A dix jours de briguer sa succession à la tête de la fédération française de rugby (FFR) Bernard Laporte a été placé en garde à vue mardi matin à Paris, dans l'enquête sur ses liens avec le groupe Altrad, sponsor de l'équipe de France. Mohed Altrad, ainsi que plusieurs cadres de l'organisation du Mondial 2023 et de la FFR, ont également été placés en garde à vue. Voici tout ce qu'il faut savoir sur ces affaires.

• Qu'est-il reproché à Bernard Laporte ? 

Bernard Laporte est accusé d'avoir demandé, en 2017, à la commission d'appel de la FFR de réduire une sanction contre le Montpellier Hérault Rugby club, structure détenue par Mohed Altrad, également en garde à vue ce mardi.

Or, d'après une enquête du JDD sortie pendant l'été 2017, le patron de la FFR avait auparavant noué des liens financiers avec le gérant du Montpellier club. En l'occurrence, Laporte aurait signé un contrat de 150 000 euros avec Altrad pour quatre conférences.

Des perquisitions avaient eu lieu en février 2018  au siège de la FFR (au moment d'un stage du XV de France) et chez Laporte et Altrad, avant que plusieurs auditions ne se déroulent avec divers protagonistes de l'affaire.

Il faut savoir que les sanctions envers le club d'Altrad avaient effectivement été réduites par la commission d'appel : une amende de 70 000 euros a par exemple été ramenée à 20 000, tandis que deux joueurs suspendus ont vu leur période de sanction rabotée. 

• Qui est Mohed Altrad ? 

Mohed Altrad est le patron du groupe Altrad, spécialisé dans les matériels de bâtiment. Il est aussi devenu un acteur incontournable du rugby français via le Montpellier club, mais aussi à travers son implication dans les institutions. En mars 2017, le groupe Altrad devient ainsi la première entreprise privée de l'histoire à s'afficher sur le maillot de l'équipe de France de rugby à XV.

• En quoi consistent les liens entre Laporte et Altrad, et pourquoi posent-ils problème ? 

Le contrat évoqué plus haut entre Bernard Laporte et Mohed Altrad porte précisément sur un partenariat entre les sociétés Altrad Investment Authority et BL Communication, structure gérée par Laporte. Il aurait été signé à peine quelques mois après l'intronisation de ce dernier à la tête de la FFR. Ce document a permis à Altrad d'exploiter l'image de Laporte, puisque ce dernier était alors contraint de donner quatre interventions/séminaires contre 150 000 euros versés à BL Communication. 

Cela pose la question du conflit d'intérêt, dans la mesure où Altrad, en tant que dirigeant de club, a régulièrement affaire à la FFR, dirigée donc par Laporte. Dans ce cas précis, le dirigeant de la FFR est soupçonné d'avoir favorisé le club d'Altrad. 

• Que répondent Bernard Laporte et Mohed Altrad à ces accusations ? 

Le JDD, l'hebdomadaire auteur de la première enquête sur le sujet, avait affirmé qu'Altrad avait "fermement démenti" l'existence de ce contrat. Pourtant, Bernard Laporte avait, dans un communiqué du 28 août 2017, annoncé renoncer à ce contrat (qui existe donc bel et bien) dans le but "de faire cesser toute forme de suspicion à l'encontre des instances nationales du rugby" et "de préserver les valeurs du groupe Altrad". Laporte se disait alors "conscient de l'émotion légitime suscitée par la diffusion d'informations véridiques ou parfaitement erronées". Il entendait rétablir la vérité dans les prochains jours en produisant  des "documents contredisant le récit mensonger qui a été fait de la réunion de la commission d'appel (de la fédération) du 30 juin".

à voir aussi Bernard Laporte renonce à son contrat avec Altrad Bernard Laporte renonce à son contrat avec Altrad

En apprenant la date de l'audition de son client à ce mardi 22 septembre, l'avocat de Bernard Laporte s'est exprimé dans l'Equipe sur le timing du parquet : "On peut imaginer que sept mois d'analyses des documents saisis lors des perquisitions auraient suffi pour le convoquer en septembre 2018, ajoute l'avocat. Mais nous sommes en septembre 2020. Il est insensé d'attendre deux ans avant de l'entendre, juste avant une élection à la fédération française de rugby." L'élection à la fédération française de rugby est prévue pour le 3 octobre prochain. 

• Quel est le lien entre cette affaire et le Mondial de rugby 2023 en France ? 

Pour l'instant, officiellement, aucun. Pourtant, les enquêteurs ont placé en garde à vue le responsable des relations internationales à la FFR, Nicolas Hourquet, ainsi que le directeur général du comité d'organisation de la Coupe du monde 2023, Claude Atcher. Le Canard Enchaîné du 12 août avait indiqué que la Brigade financière se penchait de près sur l'obtention de la Coupe du monde 2023. L'hebdomadaire satirique affirmait ainsi que "des responsables de la trésorerie de la FFR ont été entendus, ainsi que des membres de l'équipe marketing". La BRDE s'intéresserait également à l'association "Le Cercle des soutiens France 2023" qui, comme son nom l'indique, rassemble un certain nombre d'acteurs (PDG d'entreprises, cadres etc) qui soutenaient officiellement la candidature de la France au Mondial 2023. D'après le Canard Enchaîné, des membres de cette association "proches de Bernard Laporte" avaient été entendus par les enquêteurs. 

à voir aussi Bernard Laporte, Serge Simon, Claude Atcher et Mohed Altrad placés en garde à vue Bernard Laporte, Serge Simon, Claude Atcher et Mohed Altrad placés en garde à vue

Par ailleurs, Mohed Altrad affiche publiquement son soutien à la candidature française pour l’accueil du Mondial de rugby 2023. Le logo de son groupe est suivi d'un #France2023 sur le maillot de l'équipe de France, pendant la campagne en 2017. 

Alors qu'elle n'était pas favorite, la France a été désignée pays hôte de cette Coupe du Monde le 15 novembre 2017.