Toulon-Racing-Metro, les faux jumeaux

Toulon-Racing-Metro, les faux jumeaux

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Adversaires en demi-finale du Top 14 ce soir à Lille (20h45), Toulon et le Racing-Metro sont deux clubs légendaires ramenés par de riches entrepreneurs au sommet du rugby français. A l’image de leurs présidents respectifs Mourad Boudjellal et Jacky Lorenzetti, ils ont pourtant peu de choses en commun. Désirer le Bouclier de Brennus en est une.

Mai 2006. Mourad Boudjellal sort le chéquier pour acquérir le RCT, Jacky Lorenzetti pour prendre le contrôle du Racing-Metro. Huit ans plus tard, ces monuments du rugby français, huit Boucliers de Brennus à eux deux, s'apprêtent à se disputer une place pour la finale du Top 14. Défait par Castres et Toulouse au Stade de France ces deux dernières saisons, Toulon cherchera à y revenir une troisième fois consécutive. Quant aux Racingmen, ils n'ont plus goûté à ce plaisir depuis leur dernier titre de champion de France en 1990. Pour retrouver l'ivresse des sommets, les deux clubs respectivement revenus dans l'élite au printemps 2008 et 2009 n'ont pas appliqué la même recette. "Quand nous sommes arrivés, Mourad et moi, nous voulions aller vite, confiait Jacky Lorenzetti à l’été 2012. Les années ont tempéré mon impatience et ont exacerbé la sienne."

Bouillonnant et exubérant le président varois a décidé de s'offrir les plus grosses pointures mondiales à coups de gros sous. Dès sa prise de pouvoir, le magnat de la BD attire sur la rade le meilleur joueur du monde, Tana Umaga, centre et capitaine des All-Blacks. Suivront notamment ses compatriotes Mehrtens, Sonny Bill Williams, Smith, Wulf et Williams, les Australiens Gregan, recordman du nombre de sélections, Smith, Drew Mitchell et Giteau, les Sud-Africains Matfield, Botha, Habana et Rossouw, l'Argentin Fernandez Lobbe, les Anglais Armitage et Wilkinson, les Français Michalak et Bastareaud... Prenant ce modèle à contre-pied, son homologue nordiste Jacky Lorenzetti choisit de structurer l’institution francilienne par le bas. "Je refuse que soit accolé au Racing le cliché de club "friqué", s’insurgeait-t-il en 2007 sur le site sports.fr. Il y a un vrai projet qui dépasse la seule équipe fanion, comme le démontre le centre de formation que nous venons de créer…"

2012, l'année tournant

En recrutant les deux internationaux tricolores Nallet et Chabal ainsi que le Springbok François Steyn pour son retour dans le gotha du rugby tricolore, le fondateur du réseau immobilier Foncia ne peut toutefois éviter l'étiquette de nouveau riche. Le trois-quart français Fall et le magicien argentin Hernandez viennent garnir la vitrine la saison suivante. Sous les ordres de l'ancien sélectionneur du XV de France Pierre Berbizier, les Ciel et Blanc atteignent la demi-finale du Championnat en 2011, battu d'un point par Montpellier. Eliminé au même stade de la compétition la saison précédente, Toulon n'est même pas en phase finale. Dans son duel de richissimes propriétaires avec Boudjellal, Lorenzetti semble avoir pris le dessus. Sauf que la courbe se croise. Son manager Philippe Saint-André parti entraîner le XV de France, l'enfant de Toulon mise sur Bernard Laporte. Comme deux ans plus tôt lorsqu'il offre un pont d'or à Sir Jonny Wilkinson, le président varois a vu juste. Une qualité dont ne peut se targuer son homologue francilien. En 2011/2012, une révolution secoue le club des Hauts de Seine. Chabal est renvoyé, Berbizier lâché par son vestiaire. Comme un symbole, Toulon écarte les Racingmen en barrage au printemps 2012 avant de tomber en finale.

Un an plus tard, les deux équipes s'inclinent au même stade de la compétition mais le RCT conquiert la Coupe d'Europe. Poussé par son truculent président Mourad Boudjellal, capable de sorties médiatiques remarquées pour défendre les intérêts de son club face aux instances du rugby ou l'arbitrage, Toulon a retrouvé la lumière. Plus discret, Jacky Lorenzetti peine à sortir le Racing-Metro de l'ombre. "On ne se ressemble pas du tout. Je suis un homme du Nord et lui du Sud, explique ce dernier dans Var Matin. Le train de vie quotidien de Mourad c’est le festival de Cannes, le strass et les paillettes. Je suis plus réservé et davantage un homme de dossiers." Une différence qu’admet volontiers son homologue toulonnais : "J'ai vendu du rêve et j'ai ensuite bâti du concret. Lui, il a fait l'inverse. Il a construit et aujourd'hui à vendre du rêve". 

Mourad la grande gueule, Jacky le timide

L'opération séduction du club des Hauts de Seine a commencé avec la construction d'un effectif quatre étoiles et d'un nouveau stade à la Défense. La poursuivre à Saint-Denis dans quinze jours serait flatteur. L'achever avec le « bout de bois » entre les mains magnifique. Dans le camp d'en face, Toulon aura les mêmes visées . Encore en course pour un doublé Coupe d'Europe – championnat, les Provençaux ont faim. Comme leurs adversaires, ils n'ont plus croqué dans le Brennus depuis plus de vingt ans.

Jerome Carrere