Camara-Mowen
Yacouba Camara et Ben Mowen symbolisent l'opposition de styles entre Toulouse et Montpellier. | PASCAL PAVANI. / AFP

Montpellier-Toulouse, deux prétendants que tout oppose

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Affiche de la finale du Top 14 en 2011, Montpellier-Toulouse sera un duel de candidats aux phases finales, et plus si affinités, dans le choc de la 7e journée samedi (14h30). Une opposition entre deux clubs qui n’ont pas grand-chose en commun, tant par leur histoire que dans leur style de jeu cette saison. Décryptage de cette confrontation.

Le passé

19 fois champion de France et quadruple vainqueur de la Coupe d’Europe, le Stade toulousain est le club le plus titré du rugby hexagonal. Son histoire plus que centenaire, dont le commencement remonte à 1907, lui donne une aura qui dépasse le simple cadre de son sport. Symbole de sa régularité, il n’a plus manqué les phases finales du championnat de France depuis la saison 1975-1976. Soit pile 40 ans !

A cette époque, le Montpellier Hérault Rugby n’avait toujours pas son acte de naissance. Il a en effet dû attendre 1986 pour être créé. Après avoir navigué entre l’élite et l’échelon inférieur jusqu’à l’adolescence, le MHR s’est installé pour de bon au plus au niveau depuis 2003. Il restait même sur quatre participations aux play-offs, avec notamment une finale en 2011, avant de passer à côté de la qualification la saison passée (8e). Mais qu’on se le dise, Montpellier est devenu une place forte du rugby français.

La dynamique

L’équipe en forme du Top 14, c’est bien Montpellier. Le MHR reste sur quatre victoires consécutives en championnat et sur deux succès convaincants à l’Altrad Stadium (44-20 contre le Stade français ; 24-19 contre Clermont). Même la trêve de cinq semaines liée à la Coupe du monde n’a pas rompu la spirale positive des Héraultais, qui montent en puissance match après match.

Ce n’est pas vraiment le cas de Toulouse, encore en quête de la bonne carburation et qui s’est incliné lors de ses deux derniers déplacements (9-6 à Pau et 12-10 à Bordeaux). S’il n’est pas encore temps de tirer la sonnette d’alarme, il serait de bon ton pour les Rouge et Noir de se rassurer avec un gros coup à l’extérieur. D’autant qu’ils récupéreront Thierry Dusautoir et Louis Picamoles pour ce court voyage dans l’Hérault.

La politique de recrutement

Cornaqué par Jake White, débarqué aux commandes du groupe professionnel en cours de saison passée pour prendre le relais de Fabien Galthié, le MHR se trouve clairement sous influence sud-africaine. Au cours d’une intersaison mouvementée (14 arrivées pour 21 départs), l’ancien sélectionneur des Springboks a orchestré la venue massive de joueurs issus de son pays pour cette saison. Ils sont 10 à être arrivés du Super Rugby, ce qui a métamorphosé la colonne vertébrale de l’effectif. Conséquence directe, le XV de départ ne comptait que trois joueurs français samedi dernier lors du succès montpelliérain face à l’ASM.

Tout le contraire de Toulouse, où huit Français étaient titulaires pour la défaite à Bordeaux-Bègles. Il faut dire que le Stade s’est contenté du strict minimum au moment de se renforcer et a misé sur la continuité. Trois petites arrivées, et puis c’est tout : les dirigeants haut-garonnais n’ont pas bouleversé un effectif qui parait pourtant s’essouffler (pas de finale de Top 14 ni de dernier carré européen depuis trois ans). Montpellier et Toulouse, ce sont aussi deux modèles économiques qui s’opposent, entre le MHR porté par un mécène et le Stade fourni encore régulièrement par son centre de formation.

La philosophie de jeu

"Jeu de mains, jeu de Toulousains". La maxime est connue, même si elle n’a pas toujours trouvé son prolongement dans les faits ces dernières saisons. Ugo Mola tente de la remettre au goût du jour, quitte à ce qu’elle soit utilisée à outrance par ses joueurs (93% des ballons joués à la main, deuxième ratio le plus élevé du championnat derrière Toulon). Le successeur de Guy Novès sur le banc toulousain, qui a débuté sa carrière au haut niveau avec le Stade, ne cache pas ses ambitions et elles se voient sur le terrain. Sauf que les intentions ne se concrétisent pas toujours par des poinrs. La faute à des difficultés dans l’occupation du terrain (56% de possession en moyenne par match, seulement 49% dans le camp adverse) et une trop grande inefficacité au moment de conclure (14 essais inscrits).

Résultat, Toulouse n’est que la 5e attaque du championnat actuellement (136 points inscrits), loin du podium composé de Clermont (190), Toulon (183) et… Montpellier (173). Là est tout le paradoxe. Pragmatique et réaliste, deux adjectifs qui collaient déjà à l’Afrique du Sud championne du monde en 2007 et dirigée par Jake White, le MHR est une machine à marquer des essais (déjà 20). Et pourtant, il est de loin l’équipe qui joue le plus de ses ballons au pied par match dans le Top 14 (13%). La formation héraultaise bonifie aussi sa possession de 47%, puisqu’elle est à 54% dans le camp adverse. Signe que les Montpelliérains savent occuper le terrain à défaut de tenir le cuir. Pour l’instant, les résultats leur donnent raison. Reste à voir qui de Montpellier ou Toulouse imposera son jeu samedi.

Geoffrey Steines