Coronavirus : le rugby français a peur du vide

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Monier
Paul Goze, président de la LNR, avec Emmanuel Macron lors de la finale du Top 14 2019
Paul Goze, président de la LNR, avec Emmanuel Macron lors de la finale du Top 14 2019 | AFP

Le rugby français est déstabilisé par la crise du coronavirus, qui a provoqué l'arrêt du Top 14 et de la Pro D2. Le président de la LNR Paul Goze a exprimé son inquiétude face à une possible reprise sans public.

Le rugby français a le dos au mur. Dans une interview au Figaro, le président de la Ligue nationale de rugby Paul Goze a mis en garde face à un risque de "mort du rugby professionnel" en cas de reprise à huis clos. 

Des revenus en partie évaporés 

L'impact économique de l'arrêt de la saison de Top 14 et Pro D2 est encore difficile à quantifier, mais était évalué à 100 millions d'euros par la LNR au début de la crise. "Pendant quatre mois, il n’y aura eu aucune rentrée financière, a expliqué Paul Goze dans un entretien au Figaro. Mais, entre les économies drastiques effectuées par les clubs, les négociations salariales en cours et, surtout, l’aide de l’État avec le chômage partiel et les prêts garantis, les ­bilans des clubs professionnels ­seront très préoccupants mais pas encore catastrophiques."

Difficile d'imaginer un retour  à la normale la saison prochaine, alors qu'une reprise à huis clos, ou avec un public limité, semble le scénario le plus probable. Un "tsunami" pour Paul Goze, qui souligne que 60% des revenus des clubs sont liés à l'exploitation du stade, contre 20% venant des droits télés. "En cas de huis clos, ou même de jauge partielle, jusqu’à la fin de l’année civile, ça veut dire obligatoirement dépôt de bilan et faillite d’un grand nombre de clubs, tous ceux qui ne sont pas soutenus financièrement par un actionnaire puissant", a-t-il affirmé. Une situation différente de celle du football professionnel, où les droits télé ont une place beaucoup plus importante. 

L'autre inquiétude concerne les nombreux sponsors et partenaires des clubs, dont 45% sont des très petites entreprises (TPE) ou des petites et moyennes entreprises (PME) selon L'Equipe, plus susceptibles d'être fragilisées par la crise globale. Le quotidien sportif évoque une demande d'incitations fiscales de la part de Paul Goze pour leur permettre de maintenir leur niveau de sponsoring. 

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Une masse salariale devenue trop lourde 

Vient alors le temps des économies. Principale cible, la masse salariale, qui représente 65% du budget des clubs. La DNACG, gendarme financier du rugby français, a recommandé une baisse de 30% du salaire moyen. Des discussions ont été entamées dans les clubs, comme à Castres où les joueurs ont accepté de réduire leurs émoluments de 15%. 

Le président de la LNR évoque de son côté une baisse possible du salary cap pour la saison 2021-2022. "Si les salaires ont augmenté de 60 à 70 % ces dix dernières années, c’est que les revenus des clubs et les apports des actionnaires l’ont permis, indique Paul Goze au Figaro. Si la crise perdure pendant plusieurs saisons, ces ­salaires s’ajusteront à la baisse."

Un appel à l'aide 

Si la situation perdure, et si la prochaine saison débute sans public, il faudra trouver d'autres ressources. Paul Goze en appelle notamment à l'Etat et prépare "un plan massif" : "une exonération des charges salariales et patronales jusqu’à fin 2021. Qui compenserait un huis clos de quatre à cinq mois. Mais si le huis clos devait se poursuivre toute la saison, cela ne suffirait pas. On demanderait alors un fonds de soutien de l’État au rugby professionnel pour pouvoir tenir sans aucun revenu.