Clermont, un centenaire atypique

Clermont, un centenaire atypique

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L'ASM Clermont-Auvergne fête tout au long de ce week-end son centenaire. Club familial et professionnel, sous la férule de l'entreprise Michelin, l'ASMCA demeure un cas particulier dans l'ovalie hexagonale, avec une bonne cote de sympathie et une image redorée par le titre de champion conquis en 2010, 99 ans après la création du club. Le "gentil loser" s'est transformé en véritable machine de guerre.

LA FABULEUSE EPOPEE DES JAUNE ET BLEU

Cent ans et toutes ses dents ! L'ASM Clermont-Auvergne célèbre sa réussite de vendredi à dimanche avec en apéritif le match de H Cup face à la province italienne des Aironi, et en point d'orgue la diffusion sur nos antennes d'un documentaire destiné aux amoureux du rugby en général et aux fans des "Jaunards" en particulier (les 100 ans de l'ASM, France 3 Auvergne, dimanche à 12h45).

Principal rival du Stade Toulousain depuis cinq ans, Clermont n'a pas toujours été à la fête. Le palmarès des Auvergnats reste d'ailleurs à des années lumières de la référence française (un Bouclier de Brennus contre 18 et aucune Coupe d'Europe contre 4). Longtemps, et malgré sa présence sans discontinuée dans l'élite, l'ASM –appellation préférée des supporters avec le terme Montferrand, pour les plus vieux- a fait figure d'éternel battu, de dauphin magnifique, de loser incapable de franchir le cap du beau jeu pour l'efficacité. 

10 finales perdues

Dès les années 30, les "Bougnats" ont perdu leurs deux premières finales (6-3 contre Narbonne en 1936, 13-7 face à Vienne en 1937, les deux fois à Toulouse). Ils se sont donc octroyés contre leur gré une image de club "poissard" au possible. Deuxième grande époque, les seventies: en 1970, Montferrand perd 3-0 contre la Voulte une finale qui lui semblait promise au départ. En 1978, malgré un pack redouté, le fameux "monstre à mille pattes", le club jaune et bleu s'incline lourdement contre le grand Béziers (31-9) au Parc des Princes. C'est l'époque du "Gaulois" Jean-Pierre Romeu et de sa moustache arverne, des frères Dubertrand et de Michel Droitecourt.

Dans les années 80 et 90, le club auvergnat grandit encore et dispute trois finales en sept ans contre le maître toulousain: pour trois échecs plus ou moins mérités. En 1994, Philippe Saint-André, Jean-Marc Lhermet et cie sont battus 22-16 au Parc. En 1999, ils perdent de peu (15-11) tandis qu'ils repartent bredouilles en 2001 (34-22), toujours au Stade de France, victimes de la botte d'un certain Frédéric Michalak. De grand joueurs comme Tony Marsh, Olivier Merle, Olivier Magne ou encore Gérald Merceron évoluent sous le maillot jaune mais ça ne suffit pas.

La délivrance, enfin

Après quelques années plus mitigées, Clermont revient sur le devant de la scène à l'arrivée de Vern Cotter. L'entraîneur néo-zélandais inculque la haine de la défaite, propre aux plus grandes équipes. Malgré la mise en place d'un jeu complet, efficace et précis, il attendra pourtant sa quatrième tentative pour hisser son club au sommet du rugby français. En 2007, l'ASMCA finit par lâcher à quelques minutes de la fin contre un Stade Français très heureux (23-18). L'année suivante, les "Jaunards" se réveillent trop tard pour revenir au score face à Toulouse (26-20). Le 6 juin 2009, contre toute attente, l'USA Perpignan renverse la vapeur et inflige à Clermont sa dixième défaite en finale du championnat de France (22-13). 

Le club de toute une région

La déception est immense, le club anéanti. Il aurait pu ne jamais s'en remettre mais c'était compter sans l'opiniâtreté de Vern Cotter qui remobilise tout son groupe tout en accordant davantage de liberté à ses joueurs. Et le triomphe arrive le 29 mai 2010, de nouveau contre les Catalans, dans un Stade de France rempli jusqu'à la gueule d'Auvergnats venus des "quatre coins de France" saluer la réussite d'un club qui a pris son temps mais qui est parvenu à ses fins. Le bonheur est immense pour le club qui n'avait conquis que des accessits (le Challenge Yves-du-Manoir à quatre reprises, la Coupe de France trois fois et le Challenge européen en 1999 et 2007). Le sacre récompense surtout un club atypique dans le paysage français, populaire et beaucoup plus ouvert qu'avant. 

Les internationaux d'aujourd'hui (Aurélien Rougerie, Thomas Domingo, Julien Pierre, Julien Bonnaire, Morgan Parra) ou d'hier (Laurent Pardo, Arnaud Costes, Christophe Juillet, Pierre Mignoni) gardent pour leur club les yeux de Chimène. Si le centenaire se porte aussi bien aujourd'hui, c'est parce qu'il a su développer des valeurs propres. Des valeurs communes à bien d'autres clubs de rugby, mais aussi une singularité qui a fait de l'ASM Clermont-Auvergne le fleuron du centre de la France, de la Bourgogne à Saint-Etienne et de l'Allier au Cantal. Joyeux anniversaire Madame l'Association !

Grégory Jouin @GregoryJouin