Clermont - Stade Français
Rafael Lakafia charge Alexandre Lapandry | AFP - THIERRY ZOCCOLAN

Clermont-Stade Français: la finale des revenants

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Si elle n'était pas vraiment considérée comme improbable, la finale du Top 14 entre Clermont et le Stade Français ne se situait pourtant pas parmi les cas de figure les plus souvent exposés. C'est que les Auvergnats n'ont plus foulé le Stade de France depuis 2010 et leur unique sacre, alors que les Parisiens n'y étaient plus venus en finale depuis 2007. C'était justement contre Clermont. Le fil de l'histoire se renoue donc avec le réveil de ces deux grosses machines du rugby français qui ont su surmonter leur lot de désillusions pour prétendre à nouveau aller chercher le Bouclier de Brennus samedi soir à partir de 20h45 (sur F2 et sur les applications de francetvsport).

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Un mois après avoir été balayé par Toulon en finale de Coupe d'Europe, Clermont a su se remettre en selle. Les Jaunards vont disputer leur première finale depuis 2010, ce qui est à signaler car, depuis cinq ans, ils étaient retombés dans ces travers qui leur avaient valu le surnom de "perdants magnifiques", après avoir cédé dans 12 finales sur 13. La malédiction va-t-elle se poursuivre ?. A Clermont, on ne le pense pas, l'entraîneur Franck Azema en premier qui estime que son équipe a du caractère et du mental. Et puis ses hommes sont trop près maintenant d'une consécration, ils ont fourni trop d'efforts pour cela, pour s'écrouler. Comme le dit d'ailleurs Wesley Fofana: "aller en finale pour aller en finale, j'ai déjà donné". Dont acte, les Clermontois y croient.

Mais évidemment, à Paris, on veut y croire aussi. Même si selon la vieille habitude de bien des coachs, on préfère rester le plus humble possible, ne pas se présenter dans la peau du favori pour renvoyer la pression sur l'adversaire, comme on renverrait le ballon aux 22 m. Gonzalo Quesada reste prudent mais reconnaît avoir été bluffé par ses joueurs. "C'est génial de voir comment ce groupe franchit les étapes et se donne les moyens d'atteindre les objectifs. Et désormais certains rêves" déclare l'entraîneur du Stade Français.

La politique de la formation

Les deux équipes ont donc connu un regain quasi parallèle, en revenant à des recettes historiques, hors des sentiers battus. A défaut de pouvoir continuer à empiler les joueurs de renom aux CV ronflants, comme Toulon par exemple, à cause de difficultés et de limitations financières, les deux équipes se sont attelées à puiser dans leur terroir et plus largement dans la formation pour repartir du bon pied. Entre Clermont, qui a aligné 11 joueurs sortis de son centre de formation en demi-finale de Top 14, et le Stade Français, porté par ses anciens Espoirs, la finale de samedi aura une saveur de fabrication maison. Il faut dire aussi que ces centres sont devenus des enjeux cruciaux avec le durcissement de la réglementation sur le nombre de joueurs issus des filières de formation (Jiff) dans les effectifs professionnels, à hauteur de 55% cette saison.

Place aux jeunes

Alors, autant façonner soi-même sa jeune garde, après avoir fait son marché dans un rugby internationalisé: de moins en moins d'éléments sont biberonnés dans la ville-même et jeunes géorgiens, fidjiens, anglais ou portugais se côtoient ainsi dans le nid auvergnat où l'on regrette toutefois de ne pas trouver suffisamment de locaux à faire éclore. Mais ceux que l'on a fait grandir au centre de formation, sont considérés à jamais comme des enfants des volcans. Le vivier est évidemment plus conséquent en Île -de-France, et le Stade Français a su en profiter. Son renouveau correspond d'ailleurs à l'émergence d'une génération dorée "dont l'ossature est de 1989 et a été championne de France cadets, comme Alexandre Flanquart, Rabah Slimani et Djibril Camara", rappelle Julien Combes, responsable sportif du centre parisien.

"Depuis, chaque année on a réussi à sortir des joueurs talentueux comme  Hugo Bonneval, Jules Plisson, Jonathan Danty", renchérit-il. Les pousses parisiennes ont aussi profité des difficultés financières du club: dans un effectif peu étoffé, elles ont rapidement eu du temps pour s'exprimer. De quoi accélérer le processus de maturation. Le défi est désormais de développer une véritable identité, tant sur le jeu que l'état d'esprit, pour faciliter la transition des catégories jeunes à l'équipe première. 

Cette identité de plus en plus affirmée doit être l'ADN du club, tant à Clermont qu'à Paris. Avec un gros travail de sape devant de part et d'autre, une hyper-présence défensive, et beaucoup d'enthousiasme dans le jeu d'attaque. L'opposition entre les deux formations devaient donc être une promesse de jeu. Bien sûr, l'enjeu de la finale risque de restreindre certaines ambitions mais le Stade Français clame depuis plusieurs semaines qu'il ne compte pas trahir sa philosophie, basée sur la prise de risque et l'expression d'un gros volume de jeu. Comme Clermont ne veut pas être en reste, attendons-nous donc à une finale ouverte et engagée, idéale pour des retrouvailles. 

Christian Grégoire