Mourad Boudjellal
Mourad Boudjellal. | GERARD JULIEN / AFP

Boudjellal serait parti si Toulon avait gagné

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Quelques minutes après avoir vu son équipe s’incliner en finale contre Toulouse, Mourad Boudjellal s’est présenté devant la presse. Avec l’envie de redire toute sa colère autour de la suspension de Hayman, des dirigeants du rugby. Mais aussi préciser qu’il aurait sans doute quitté ses fonctions si le club avait été sacré. Et de reconnaître que Toulouse "était un beau champion", et qu'il était fier d'être vice-champion.

Mourad Boudjellal n’a pas sa langue dans sa poche. Tout le monde le sait, et il a profité des micros tendus après la finale pour redire toute sa colère contre un système, qui l’a notamment privé de son pilier néo-zélandais, Carl Hayman, pour cette finale, après l'avoir suspendu ainsi que Bernard Laporte. "C’est surprenant : on a changé le jour et l’heure de la finale cette année. La finale, elle s’est déroulée vendredi, tout le monde l’a vu (NDLR : le pilier Carl Hayman n’a pas été autorisé à disputer le match après sa suspension en Coupe d’Europe). L’accusation n’avait aucune preuve, mais on a handicapé la défense. Comment peut-on accepter qu’une personne en costume dans une tribune puisse dire que l’arbitre a tort, alors que c’est un des meilleurs arbitres ? Comment peut-on accepter que des joueurs qui ont un carton rouge puissent jouer et qu’un joueur qui a un carton jaune ne peut pas ? Cela fait six ans que je prends des coups. Mais que peut-on me reprocher ? J’entends des présidents qui se comparent. J’entends des présidents qui demandent pourquoi il est sur le terrain ? Mais je vais vous dire pourquoi : moi je mets du pognon, et si toi tu en mettais, tu ne serais pas dans le rugby. Investissez autant que moi, et vous pourrez me juger, juger mes attitudes, juger mes paroles. Voilà ce que je voulais vous dire, et aussi que Toulouse est un beau champion. Je leur souhaite plein de bonnes choses, même s’ils n’ont pas besoin de moi pour ça."

"Ils vont me supporter un an, peut-être plus"

Sa diatribe terminée, le président du RCT est revenu sur son avenir : "Malheureusement pour eux, ils devront me supporter un peu plus. Je pense que si j’avais été champion de France ce soir, je ne suis pas certain que je serais resté dans ce monde-là. Car j’essaye de m’entretenir, de faire du sport à 52 ans, et je n’ai pas envie de leur ressembler. Dans le rugby, ils ont décidé de ce qu’était la vérité. Dans le rugby, ils n’ont pas de visage. Tu peux les insulter, ils te font la bise. Je pense qu’ils vont encore me supporter un an, et peut-être plus."

Quant au match et au résultat, il refusait de s’apitoyer : "Je suis moyennement déçu. J’ai vu ce qui me manquait, ce qu’on a perdu vendredi. Avec Carl Hayman, ça aurait été beaucoup plus compliqué pour Toulouse. Devant, on a eu des soucis, alors que quand il est là, c’est un de nos points forts. Ca me fait de la peine de voir Carl en tribune. Carton jaune qui ne joue pas, carton rouge qui joue. Je ne suis pas vraiment déçu, car c’est beau d’être en finale. C’est beau le Stade de France. J’ai vécu un rêve pendant deux jours. Ca passe à pas grand-chose. Mais je ne sais pas si pour mon cœur, il ne valait pas mieux qu’on ne marque pas (sur la dernière action), car pendant une minute, sur la transformation de Wilkinson, ça aurait été terrible (rires). Je crois que c’était écrit. Pour gagner une finale, il faut en jouer plusieurs. Toulouse l’a fait. Nous, on va essayer de revenir plus fort la saison prochaine. Ca se joue à rien : si Hernandez ne tape pas le poteau en demi-finale, on ne voit même pas le Stade de France. Et Toulouse pourra se dire, si David Smith récupère le ballon, il n’est pas champion de France. On ne va pas être déçu, c’est déjà beau d’être vice-champion de France."

Et de conclure : "Je finis une saison qui a été difficile. J’ai l’impression d’être le fer de lance de tous les aigris du rugby. Je suis sûrement le seul président qui a baissé son niveau de vie pour son club."

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze