Mourad Boudjellal RC Toulon portrait 2010
Mourad Boudjellal, le président du Rugby Club Toulonnais | AFP - Patrick Valasseris

Boudjellal proteste contre les JIFF

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Le président de Toulon Mourad Boudjellal défie une nouvelle fois la Ligue nationale de rugby (LNR), en dénonçant des règlements "passés en force" par des dirigeants "racistes" et "sectaires". Mardi, le comité directeur de la LNR avait modifié la règle des "Joueurs issus des filières de formation" (JIFF), qu'elle veut promouvoir pour renforcer le répertoire français. Actuellement fixé à 55% d'un effectif de Top 14, ce quota a été imposé sur les feuilles de chaque match, accompagné d'un dispositif financier à la fois incitatif et répressif. Bravade ou authentique menace, il a même évoqué le boycott par son club, champion d'Europe en titre, du projet de nouvelle Coupe d'Europe voulue par la LNR, avant de couvrir celle-ci de noms d'oiseaux.

Coup de bluff ?

Pour protester contre ce règlement "passé en force", il a affirmé que son  équipe ne prendrait pas part au projet de Rugby Champions Cup (RCC) lancé par  la LNR et son homologue anglaise pour 2014-2015, face au blocage de leurs  demandes de réforme de la compétition organisée par l'ERC. "Nous irons jouer la Coupe d'Europe (sous sa forme actuelle) la saison  prochaine puisque l'ERC n'exige pas de quotas de joueurs étrangers", a-t-il  déclaré. Si elle dépasse le banal coup de bluff, cette déclaration fissurera  l'unanimité affichée par les clubs autour du projet de compétition européenne.

Contesté notamment par les fédérations celtes et italiennes ainsi que par  la Fédération française, le projet se verrait en outre cruellement privé du  champion en titre et de sa constellation de stars (Giteau, Botha, Williams,  Michalak, Habana...) Reste que les propos de Boudjellal, tenus hors conférence de presse, n'ont  encore guère fait réagir. Comme si le milieu prenait ses distances avec son  trublion. Joint par l'AFP, le président de la LNR Paul Goze n'a pas souhaité  commenter.

Le président de Toulouse Jean-René Bouscatel est tombé des nues en  apprenant la position d'"un des plus fervents défenseurs" de la nouvelle coupe  d'Europe. Quant à René Fontès, ex-président de Clermont aujourd'hui en charge au sein  de la ligue des négociations sur la coupe d'Europe, il a minimisé les "propos  outranciers" de Boudjellal. "Il n'y a rien à dire, plus qu'à attendre que ça passe", a-t-il ironisé.  Interrogé par l'AFP sur ses craintes que le Toulonnais mette sa menace à  exécution, il a répondu: "quand on tient ce genre de propos, on peut s'attendre  à tout".

Allusion au FN

En revanche, les déclarations fracassantes de Boudjellal sur le sectarisme  présumé de la ligue, prononcées en conférence de presse devant caméras et  journalistes, relèvent bel et bien d'une nouvelle ruade contre l'ordre établi  du rugby français. Français d'origine algérienne, il revendique de ne pas être issu du sérail  (il a fait fortune avec les éditions de bandes dessinées Soleil) et d'avoir  bâti le succès du club qu'il a repris en 2006 sur des joueurs étrangers. "Dire que si le rugby français perd, c'est la fautes des étrangers, c'est  puant. Si les droits télé vont augmenter, si le rugby a une visibilité  exceptionnelle, c'est grâce aux étrangers", a-t-il souligné. "Le mot quota est  puant, historiquement. Les mots ont un sens, même dans le sport".

"Je pense que le mot "national" va bien à la Ligue et cette loi correspond  bien aux tendances du moment. Le rugby démontre à travers ces règlements qu'il  est un sport réactionnaire et sectaire, qui passe son temps à compter les  noirs, les blancs, les Français et les étrangers", a-t-il insisté. "Le rugby un sport raciste et j'assume mes mots. Déjà dans le mot Jiff, si  on avait un peu de culture politique, on aurait pu voir l'amalgame que ça  aurait pu faire en rajoutant un U. Cette loi sur les Jiff qui consiste à se  demander si un joueur de rugby, avant de savoir s'il est bon, mauvais, si c'est  un mec bien ou un salopard, s'il est Français ou étranger est insupportable". "Le rugby est déjà prêt peut-être pour les prochaines échéances  politiques", a-t-il lancé. Une allusion implicite au Front National alors que  se profile les élections municipales de 2014.

AFP