Mourad Boudjellal
Mourad Boudjellal n'a jamais sa langue dans sa poche | JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Boudjellal : "Je ne suis pas d'accord avec l'économie du Top 14"

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Le président toulonnais Mourad Boudjellal n'aime pas la nouvelle règle du "salary cap" (plafond salarial). Si le RCT va en finale, "je fais comment?" demande-t-il dans un entretien à l'AFP où il évoque également son admiration pour Matt Giteau et son aversion pour le FN.

QUESTION: Vous continuez votre politique de recrutement de stars, mais vous  avez payé moins cher Ma'a Nonu que d'autres par le passé. Le modèle a changé?
REPONSE: "A mes débuts on avait un handicap sportif, les conditions  n'étaient pas les mêmes. Aujourd'hui on a un vrai projet sportif où ils  viennent gagner des titres, des compétences, toutes les conditions sont réunies  pour payer un peu moins cher que les autres clubs, et les joueurs le savent."
   
Q: Avez-vous attiré de cette façon François Trinh-Duc?
R: "Oui. Lui, je le voulais depuis deux ans. C'est l'exemple type. Il va  trouver ici de la sur-compétence à son poste avec (les entraîneurs) Jonny  (Wilkinson) et Diego (Dominguez). S'il retrouve l'équipe de France, cela  compensera nettement une baisse de salaire, je pense."
   
Q: Vous avez comparé Matt Giteau à Messi.
R: "C'est simple: 75% de victoires avec Giteau, 35% sans lui. Il a  l'oreille de tout le monde, c'est un patron, comme Jonny. Il a de l'influence  et son absence nous a coûté cher. Giteau c'est le relais de Bernard (Laporte)  avec le groupe. A la mi-temps, dès qu'il y a un problème technique, Giteau  vient en parler à Bernard, en tête à tête, et il a immédiatement une réponse  technique, et il s'en satisfait. Il y a beaucoup de respect mutuel entre eux."
   
Q: L'inclusion des primes de finales au salary cap ne risque-t-il pas de  poser problème au RCT, qui paie jusqu'à 50% des salaires en primes?
R: "J'ai pris des engagements avant et ils (la Ligue, NDLR) ont changé les  règles en cours de partie (le 20 avril dernier, ndlr). Si on va en finale je  fais comment? J'ai écrit au président de la Ligue (Paul Goze) il y a quelques  mois, j'ai dit que j'étais d'accord pour tout respecter, mais j'ai pris des  accords oraux avec mes joueurs avant, et si je ne peux pas les respecter  j'aurai le +bordel+ chez moi. Est-ce qu'il faudra faire un référé d'heure à  heure pour savoir si la loi peut être rétroactive ou pas? On verra si on est en  demi-finales."
   
Q: Vous en voulez à la LNR (Ligue)?
R: "Moi, je respecte Paul Goze. Je ne suis pas d'accord avec sa notion de  l'économie du Top 14, mais ça ne veut pas dire que je suis contre les idées de  l'homme. Je trouve que Paul Goze est un mec bien. Mais je reproche à l'économie  du Top 14 de ne pas tenir compte de l'essentiel: ce n'est pas la masse  salariale qui est importante, c'est comment elle est faite. Le salary cap a été  mis en place pour empêcher un milliardaire de fausser l'économie du rugby, pas  pour empêcher un entrepreneur de grandir. Si la masse salariale est alimentée  par l'économie du rugby dans sa ville, cela veut dire qu'on crée de la richesse  pour tout le monde. Regardez: quand on parle de déplacer le match à Bordeaux,  (le président de l'UBB) Laurent Marti dit qu'il va perdre 500.000 euros. La  réception du RCT lui rapporte un demi-million, il gagne ça à chaque match? Ceux  qui râlent devraient dire merci à Toulon."
   
Q: Vous êtes également descendu sur le champ politique, comprenez-vous que  votre ralliement à la liste Christian Estrosi (Les Républicains) ait surpris?
R: "Je pense que ne pas voter ou voter à gauche, c'est voter Marion  Maréchal-Le Pen. Le PS n'a aucune chance de gagner (en Paca). Et voter FN,  c'est aussi voter Daech aujourd'hui. Daech veut diviser les communautés. Et  qu'est-ce qui les divisera plus que l'arrivée du Front national? Si le Front  national prend le pouvoir, Daech aura gagné. Et puis je suis séduit non pas par  l'intégralité de ses idées, ce serait mentir que de dire ça, mais (...) séduit  par la sincérité de Christian Estrosi."

Propos recueillis par Emmanuel BARRANGUET

AFP