Teddy Thomas, l'énième retour d'un génie inconstant

Publié le , modifié le

Auteur·e : Martin Boissereau
Teddy Thomas
Teddy Thomas à l'entraînement avec le XV de France, à Marcoussis | FRANCK

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

Annoncé titulaire contre le pays de Galles en test-match ce samedi, Teddy Thomas est de retour dans le XV de France huit mois après en avoir été écarté. Alors qu’il est retenu pour ses "points forts" offensifs selon Fabien Galthié, le sélectionneur des Bleus, l’ailier du Racing 92 a souvent été critiqué pour ses lacunes défensives. En résulte une inconstance et une incapacité à se maintenir au plus haut niveau, tant en club qu’en équipe nationale, pour celui qui est toujours considéré comme l’un des plus grands talents de sa génération.

L’éternel retour. À 27 ans, Teddy Thomas va connaître sa 20e sélection avec le XV de France. La dernière datait du 22 février dernier, un soir où il avait connu sa troisième titularisation de suite dans le tournoi des 6 Nations et autant de rencontres compliquées. Les Bleus avaient pourtant remporté leur troisième victoire consécutive face au XV du Poireau (27-23) mais les nouvelles erreurs défensives du Ciel et Blanc, laxiste dans son placement et fébrile sur les ballons hauts, ont été celles de trop. Conséquence, il a été écarté du groupe pour le match face à l’Écosse, quelques jours plus tard, lors duquel les joueurs de Fabien Galthié ont connu leur première défaite de la compétition (28-17).

Alors qu’il était vivement critiqué, notamment sur les réseaux sociaux, Thomas avait trouvé du soutien au sein du Racing et de l’équipe de France. Laurent Travers, entraîneur des Franciliens, avait notamment estimé que c'était "allé un peu loin" et qu’"il fallait arrêter". L'ancien talonneur de Brive était alors convaincu de la résilience de son joueur : "Teddy, c'est quelqu'un qui aime les défis et contrairement à ce qui peut être écrit ou dit, il va relever le défi et bien le relever. Il est capable de faire des choses que personne ne peut faire." Même argumentation pour le demie de mêlée du Racing, Teddy Iribaren, selon lequel l'ailier formé au Biarritz Olympique "est d'une autre planète, tellement fort." Avant d’ajouter, agacé : "Il est capable du meilleur comme du pire. Quand c'est le meilleur tout le monde l'adule et quand il est moins bon… Les gens aujourd'hui ont la critique un peu facile, ils se défoulent sur les réseaux sociaux."

Des erreurs de placement et une fragilité sur les ballons hauts

Son partenaire en équipe nationale, Gaël Fickou, trouvait quant à lui une explication tactique aux mauvaises prestations de Teddy Thomas avec le XV de France : "Le problème pour Teddy, c’est que le système est totalement différent au Racing", précisait le centre du Stade Français dans les colonnes du Midi Olympique. "Les Racingmen sont plus dans le contrôle." Force est de constater que le système "rush défense" des Bleus, une technique de défense en zone où chaque joueur défend dans la sienne sans se préoccuper de celle de ses équipiers, n’a pas toujours rendu service à l'ailier aux appuis de feu, moins à l’aise avec les tâches défensives. Sans deuxième rideau, il est davantage exposé.

Pour autant, ses lacunes n’apparaissent pas seulement lorsqu’il joue avec la France et ne sont pas uniquement dues à son organisation tactique. En équipe nationale ou en club, Teddy Thomas a des difficultés à réceptionner les ballons hauts. Ce fut le cas face au pays de Galles, ce fameux soir de février, puisque les Gallois utilisent beaucoup le jeu au pied offensif. Une telle situation s'est également produite contre les Saracens, cette fois avec le maillot du Racing, en demi-finale de coupe d’Europe, fin septembre.

"Qu’il soit mauvais sous les ballons hauts ne m’a pas échappé. Mais quel talent, ce gosse..."

Une autre victoire de son équipe au cours de laquelle le musculeux Racingman (1,85 m, 98 kg) avait été mis a mal. Pourtant, encore une fois, il a trouvé du soutien. Parmi eux, Richard Dourthe, qui a "adoré Teddy Thomas" : "Qu’il soit mauvais sous les ballons hauts ne m’a pas échappé, le phénomène n’est pas nouveau"a poursuivi l’ancien centre international (31 sélections, 183 points). "Mais en demi-finale, il a eu deux ballons à négocier face à la meilleure défense d’Europe et à chaque fois, il la rend chèvre. Quel talent, ce gosse…"

à voir aussi France - Pays de Galles : Teddy Thomas, Julien Marchand et Vincent Rattez titulaires France - Pays de Galles : Teddy Thomas, Julien Marchand et Vincent Rattez titulaires

Des performances éclipsées par ses lacunes défensives

Cette contre-performance contre le club anglais lui a également valu d’être écarté du groupe, une nouvelle fois, puisqu’il n’a pas été retenu lors de la finale de coupe d’Europe perdue par le Racing contre Exeter (31-27). Comme si ses erreurs défensives faisaient peser trop d'incertitudes sur ses performances. Dans un entretien accordé au Midi Olympique début février 2020, Teddy Thomas avait pourtant annoncé s’être amélioré en défense : "J’ai progressé dans ce secteur avec Chris (Masoe) et Ronan (O’Gara). Ronan s’est d’ailleurs arraché les cheveux avec moi au départ. Il ne comprenait pas que je ne monte pas fort, vite, avec la ligne. Moi, je laissais faire le porteur de balles. Je me disais qu’avec ma vitesse, je parviendrai toujours à le rattraper. En tribunes, j’entendais Ronan hurler : "Teddy ! Putain !" Il avait raison. Mes décrochages créaient des déséquilibres."

"Il est ciblé comme s'il avait tué quelqu'un."

Cette non-convocation en finale de Champions Cup était d'autant plus surprenante que l'homme aux dreadlocks réalisait la meilleure saison européenne de sa carrière. Il en était le deuxième meilleur marqueur d’essais (6), à égalité avec son équipier Juan Imhoff. Il avait également réalisé quinze franchissements, juste derrière deux autres joueurs du Racing 92, Virimi Vakatawa (17) et l’Argentin Imhoff (19), encore lui. Insuffisant pour compenser ses lacunes, donc, au grand dam de Gaël Fickou. L’ancien joueur du Stade Toulousain regrettait en effet que ses errements éclipsent parfois son apport offensif, après le match contre le pays de Galles : "Les gens oublient tout ce qu’il apporte à l’équipe sur le plan offensif. Il ne faut pas nier qu’il a commis quelques erreurs en défense. Il le sait, il travaille pour gommer ces carences. Mais l’acharnement dont il est parfois victime est quand même incroyable. Teddy est ciblé comme s’il avait tué quelqu’un. Arrêtons de déconner. Il a raté quelques plaquages, c’est arrivé à d’autres et ça arrivera encore."

Une force offensive presque sans égal

Adulé pour ses exploits offensifs et désapprouvé pour ses errances défensives. Tel est le récit de la carrière de Teddy Thomas. Gaël Fickou le résume par ces mots : "Teddy est un joueur qui ne laisse personne indifférent. Tout simplement. Un jour, il est le meilleur ailier du monde, le joueur le plus incroyable parce qu’il a marqué trois essais. Le lendemain, on l’enterre parce qu’il a raté deux plaquages. C’est profondément injuste. Ce mec ne mérite pas ça." Ces "trois essais" ne sont sans doute pas cités par hasard. Pour sa première sélection en Bleu, lors d’un test match de 2014 face au Fidji (40-15), il avait inscrit un retentissant triplé tout en vitesse.

Crochets ravageurs grâce à une grosse qualité d’appuis, rapidité, foulée fluide et étincelante, les qualités offensives de l’ailier du Racing sont nombreuses. En (seulement) 19 sélections avec l’équipe de France, elles lui ont permis de marquer onze essais. 41 autres avec les Ciel et Blanc, en 82 matches, soit un essai toutes les deux rencontres. 

Son manque de rythme n’inquiète pas Raphael Ibañez 

Si les blessures qui ont jalonné sa carrière n’expliquent pas toutes ses défaillances, ni qu’il ait été écarté de l’équipe de France par Philippe Saint-André, Guy Novès puis Jacques Brunel, ce dernier le privant du Mondial au Japon, elles permettent toutefois de prendre du recul sur certaines de ses performances. En ce début de saison, s'il a été épargné par les pépins physiques, Teddy Thomas n'a toutefois disputé qu'un des trois matches du Racing en Top 14. Pour autant, Raphael Ibañez, manager du XV de France, ne craint pas un éventuel manque de rythme de l'ailier, alors que certains joueurs ont disputé cinq journées : "Au vu de l'entraînement d’hier (mercredi), nous n'avons aucun doute sur sa forme physique."

"Nous l'avons sélectionné pour ses points forts."

Le sélectionneur, Fabien Galthié, a quant à lui expliqué pourquoi il a décidé de titulariser "un être humain et un jeune joueur fragile, comme nous, que nous essayons d’accompagner" face au pays de Galles: "Il a fait une très très bonne semaine (d’entraînement). Nous le suivons depuis notre prise de fonction, on connaît son parcours. Il a des points forts, beaucoup de choses à amener pour cette équipe de France, et nous l'avons sélectionné pour ses points forts." Espérons pour elle et son ailier qu’ils soient plus visibles que ses points faibles.