La révolution de l'équipe de France en quatre points après les Samoa

La révolution de l'équipe de France en quatre points après les Samoa

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Pour la première fois depuis qu'il est aux commandes de l'équipe de France, Guy Novès a eu du temps pour préparer un match, et l'ensemble de son groupe. Cela s'est vu samedi au Stadium de Toulouse, contre les Samoans. Reste à confirmer ses progrès dès samedi contre l'Australie (au Stade de France, en direct sur France 2 à 20h50).

De la continuité

Durant les quatre années de l'ère Saint-André, on a souvent peiné à trouver un fil conducteur dans le jeu de l'équipe de France. Et les sept premiers matches de Guy Novès n'avaient pas totalement effacé les approximations et l'impression de manque de continuité. Ce samedi, en cette fin d'après-midi, dans un Stadium qui a souvent accueilli le "beau jeu" à la Toulousaine  qu'il a prôné durant quarante ans, le sélectionneur a vu un collectif huilé.

Vidéo: Ollivon à la conclusion d'une relance de 90m

Une volonté de jouer les ballons à la main, des tentatives de déséquilibrer la défense par le mouvement, de se faire des passes debout pour faire vivre le ballon, il y avait un goût de Stade Toulousain dans ce XV de France. Mais Guy Novès n'est pas devenu l'entraîneur français le plus titré de l'histoire en se contentant d'une large victoire contre la 15e nation mondiale. "En première période, avec un peu plus de vigilance, d'assiduité et d'application, on doit marquer peut-être trois essais de plus. Quand on va attaquer le niveau au-dessus ça ne pardonnera pas", a-t-il averti après le match.

De la vitesse

Face à des défenses de plus en plus renforcées et bien organisés sur le premier rideau, l'élément clé d'une victoire, c'est la vitesse. Les All Blacks mettent ce principe en application depuis longtemps. Face aux Samoans, les Bleus ont beaucoup joué, mais surtout, ils n'ont pas autant gâché que par le passé. D'abord, ils ont pu compter sur un pack dominateur. Cela facilite tout. Mais en plus, ils n'ont pas commis autant d'erreurs de passes, d'en-avants, ou simplement d'incompréhensions dans des lancements de jeu. Tout cela a contribué à donner au jeu tricolore une dimension trop rarement vue depuis très longtemps.

Vidéo: Le premier essai de la France, collectif et plein de vitesse

Témoin, la statistique dévoilée par L'Equipe, sur les mètres gagnés ballon en main. La France a fini la rencontre avec un total de 602m, loin de la Nouvele-Zélande qui a étrillé (68-10) l'Italie (1079m) mais nettement devant l'Irlande (506m), pourtant facile vainqueur du Canada (52-21), ou de l'Angleterre (451m), qui a prolongé sa série de victoires aux dépens de l'Afrique du Sud (37-21).

De la percussion devant

En décidant de titulariser trois N.8 en 3e ligne (Louis Picamoles, Loann Goujon, Kevin Gourdon), Guy Novès et ses adjoints tentaient de régler un problème récurrent chez les Bleus depuis longtemps: le manque de percussion du pack. Lors du dernier Tournoi des 6 Nations, la blessure de Picamoles après France-Italie, a été un boulet traîné durant toute la compétition. Car les Tricolores n'avançaient que rarement sur les impacts. L'ancien Toulousain est passé maître en la matière, et personne n'avait pris la relève.

Vidéo: La pénétration de Gourdon pour servir Fickou

Avec une abondance de talent dans ce secteur de jeu, et des joueurs capables de passer sur le côté de la mêlée (Gourdon, Goujon, Ollivon), sans oublier une opposition très physique en face, l'équipe de France a donc joué avec trois N.8. Et elle a retrouvé de l'allant, de la force de pénétration. Yoann Maestri et Julien Le Devedec, en 2e ligne, ont également apporté leur impact, tout comme Uini Atonio, très mobile et toujours massif, comme Guirado et Poirot, le 8 de devant a mis toute l'équipe dans le bon sens.

Des trois-quarts créatifs

Du talent, l'équipe de France n'en a jamais manqué dans sa ligne de trois-quarts. Mais à force de ne pas avoir de résultats, à mesure que les mouvements s'arrêtaient loin de l'en-but adverse, ou simplement par manque de ballons ou l'obligation de créer seul des brèches, on l'avait presque oublié. Sur les 7 derniers matches (avant France-Samoa), soit depuis la prise de fonction de Guy Novès, l'équipe de France avait inscrit 11 essais, dont 6 par des trois-quarts. Avec la bagatelle de 7 essais marqués face aux Samoans, la France a fait un bond en avant. Pas que sur le plan statistique.

Vidéo: Le deuxième essai spectaculaire de Vakatawa

Bien sûr, il y a le triplé de Vakatawa, qui a confirmé les prémices aperçus lors du Tournoi des 6 Nations. Mais il y a surtout la manière, comme cet essai inscrit par le joueur du Seven, suite à une passe acrobatique de Wesley Fofana (65e). Ou cette action du même Clermontois qui va arracher le ballon dans les mains d'un samoan pour envoyer Huget en terre promise (29e). Régulièrement tancé pour son faible taux de passes chez les Bleus, le trois-quarts centre de l'ASM est le symbole de ce renouveau des trois-quarts tricolores. Son entente avec son coéquipier de club Rémi Lamerat a été un modèle. Des combinaisons qui tombent "juste" (dans le bon tempo), des courses rentrées qui percent le rideau adverse, des relances qui touchent au but (l'essai d'Ollivon à la 33e), l'équipe de France a déployé son beau jeu. Ne parlons pas de "french flair", plus d'application de schémas de jeu. Reste à les réaliser face à un adversaire d'un autre niveau. 

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze