Ça s'est passé un 24 mai 1990 : le XV de France s'incline contre la Roumanie, première victoire des Chênes sur le sol français

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Auteur·e : Paul Giffard
Serge Blanco
Serge Blanco, arrière du XV de France. | STAFF / AFP

Dans des conditions dantesques, l’équipe de France de rugby à XV accueille la Roumanie pour un test-match le 24 mai 1990. Si cette rencontre devait être une simple formalité pour les vice-champions du monde en titre, la réalité fut tout autre. Les hommes de Jacques Fouroux vont subir la tempête à Auch (Gers) et s’incliner face aux Chênes : 6-12. Une défaite considérée comme une humiliation.

"Perdre contre la Roumanie quand même... Même si à l'époque, l'écart de niveau était moins grand qu'aujourd'hui, c'était une énorme surprise de les voir gagner chez nous. Une très mauvaise surprise." Ce sont les mots Jean-Patrick Lescarboura, dans une interview accordée à metronews, reprise par LCI. L’ancien ouvreur, qui fêtait son dernier match avec les Bleus, tout comme Philippe Dintrans, se souviendra de cet affront subit dans le Gers le 24 mai 1990.

La Roumanie n'est pas venu pour faire de la figuration

Jeudi après-midi à Auch. C’est sous une pluie torrentielle que le XV de France reçoit la Roumanie lors d’un un test match avant la tournée australienne. De retour sur ses terres, le sélectionneur Jacques Fouroux, doit faire sans les joueurs du Racing 92 et d'Agen en raison de la finale du championnat qui se joue le 26 mai. Pour cette raison, il décide de titulariser le jeune Philippe Saint-André, honorant ainsi sa première sélection. 

Les Chênes n’étaient pas venus pour faire du tourisme. Cette équipe avait un objectif en tête : intégrer le tournoi des V nations. Trois auparavant, ils avaient infligé un cinglant 69-0 à l’Italie, puis un 44-0 en 1989 face à la Squadra Azzurra. Réputés pour leur jeu physique et leur manière de détruire plutôt que de construire, les hommes de Viorel Morariu ont joué un très mauvais tour aux Bleus. 

Une défaite historique

Dès le coup d’envoi de la rencontre, le XV du Coq ne parvient pas à mettre son jeu en place en raison des conditions climatiques. "Au début, on a voulu envoyer du jeu et puis, avec le mauvais temps, on a un peu abandonné et on s'est fait prendre, voilà. Faut dire qu'à l'époque, les ballons n'étaient pas comme maintenant. Dès qu'ils étaient mouillés, c'était des savonnettes et donc on ne s'est pas trop amusé à se faire des passes", témoigne Lescarboura.

L’équipe de France n’a pas existé pendant la première période. Subissant l’impact de la Roumanie, ils retournent aux vestiaires avec un zéro pointé annonciateur de la catastrophe à venir : 0-9. Il faudra même attendre la 57e minute pour voir le score bouger sur une pénalité transformée par le numéro 10 tricolore. Baladés en mêlées, les Bleus parviennent tout de même à revenir au score (6-9) mais un drop de Gelu Ignat en fin de match va anéantir tout espoir des vice-champions du monde en titre. "Ils sont su profiter du contexte", selon l’ancien ouvreur de Dax.

Score final : 6-12. Il s’agit d’une défaite historique : c’est la première fois que les Chênes battent la France sur leur terrain. "Je me souviens que Philippe Saint-André n'a pas touché beaucoup de ballons le pauvre, car les conditions ne se prêtaient pas trop à jouer au large. Il a regardé le match depuis son aile", souligne l’unique buteur français de la rencontre. La passation de pouvoir entre les cadres et les nouveaux ne s’est pas passée comme le sélectionneur l’espérait. La partition, jouée ce jour-là, n’a donné guère satisfaction.

Une fête gâchée

Si les Bleus étaient abattus par ce terrible revers, du côté des tribunes, les supporters n’ont pas hésité à siffler leur sélection. Venus en nombre pour assister à ce match, les spectateurs ont été fortement déçus par la prestation qui leur a été infligée. 

Les jubilés de Philippe Dintrans (50 sélections) et Jean-Patrick Lescarboura (28 sélections) furent gâchés. Dans les vestiaires, Jacques Fouroux, enragé par cette défaite, pousse "une gueulante monumentale. Il nous a tous pris un par un, comme il le faisait si bien à l'époque, avec ses mots, qui blessaient souvent mais qui étaient très justes", se souvient Lescarboura.

La tournée en Australie se soldera par deux défaites et une victoire. Le sélectionneur démissionnera de ses fonctions le 3 septembre 1990 après une année compliquée, avec notamment une 3e place aux V Nations. Le succès historique des Chênes allait contribuer à lancement de jeunes pousses tricolores, futurs vainqueur du Tournoi en 1993.

Paul Giffard paul_gfrd