Tournoi des Six Nations : pourquoi l'Empire anglais est tombé à Twickenham contre l'Écosse pour la première fois depuis 1983

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Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
L'explosion de joie des Écossais, le 6 février 2021, après leur première victoire à Twickenham depuis 1983
L'explosion de joie des Écossais, le 6 février 2021, après leur première victoire à Twickenham depuis 1983 | AP - Alastair Grant

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Tenante du titre et victorieuse de la Coupe d'automne des nations, l'Angleterre a très mal débuté le Tournoi des Six Nations 2021 en s'inclinant à Twickenham contre l'Écosse (6-11). Pour la première fois depuis 1983 (et la 15e fois de l'histoire), le XV du Chardon s'impose dans ce stade, lors du 150e anniversaire de la Calcutta Cup, le plus ancien trophée de l'histoire du rugby.

Parce que l'Écosse ne cesse de progresser

La France avait chèrement payé les progrès du XV du Chardon la saison passée, lors de son déplacement à Murrayfield (défaite 28-17). Depuis le passage du Néo-Zélandais et ancien entraîneur de Clermont Vern Cotter, la sélection s'est trouvée de plus en plus d'arguments à faire valoir. Autour des talentueux Stuart Hogg, Finn Russell ou Jonny Gray, elle s'est offert quelques résultats majeurs, depuis que Gregor Townsend, son ancien emblématique ouvreur, l'a prise en mains en 2017.

En 2018, elle avait notamment fait tomber coup sur coup à Édimbourg la France et l'Angleterre, pour finir à la troisième position du Tournoi. L'année suivante, les Écossais avaient ramené de Twickenham un nul extraordinaire (38-38) au terme d'un match complètement fou. Et l'an dernier, il n'y avait eu que sept points d'écart lors des revers en Irlande et contre l'Angleterre, pour trois succès en Italie, au pays de Galles et contre la France. Des joueurs mobiles et habitués à évoluer ensemble dans les équipes écossaises, un pack qui a retrouvé du poids et du répondant, les Écossais sont redevenus une équipe redoutable. 

Parce que les cadres de l'Angleterre sont passés à côté

Pour la deuxième année de suite, les hommes d'Eddies Jones débutent par une défaite. Tout le monde se souvient de l'avant-match contre la France, et des propos du sélectionneur de l'Angleterre au sujet de Bleus bien trop inexpérimentés à son goût : "Ils vont être mis à rude épreuve parce qu'ils n'ont jamais expérimenté l'intensité et la violence physique qu'on va leur proposer dimanche." Sur le terrain, les Français avaient répondu en s'imposant (24-17), ce qui avait fait dire à Gaël Fickou que les Anglais les avaient "peut-être pris un peu pour des enfants". Le XV de la Rose aurait-il fauté une deuxième fois de la même manière ?

En tous cas, les habituels cadres sont passés au travers de ce match. Le choix de placer Owen Farrell à l'ouverture plutôt qu'au centre pour laisser George Ford sur le banc n'a pas été une réussite. Le troisième-ligne centre Billy Vunipola, habituel perforateur de tous les coffres, n'a pas été à la hauteur et a même écopé d'un carton jaune dès la 24e minute, participant au creusement de l'écart entre les deux équipes puisque les Écossais ont inscrit le seul essai de la rencontre six minutes après, lorsque l'Angleterre était à 14. Et la ligne arrière, habituellement si talentueuse autour des Watson, Slade, Daly ou encore May, n'a pas fait de différences.

Parce que les Anglais ont été totalement dominés

D'ordinaire, même avec un jeu balbutiant, le XV de la Rose parvient toujours à se sortir des mauvais pas. La recette ? Les fautes adverses, punies par le pied du métronome Owen Farrell. De tout temps ça a marché. Mais ce samedi, les 6 pénalités obtenues n'ont pas pesé lourd pour faire pencher la balance du bon côté. Incapable de pousser l'Écosse à la faute, c'est au contraire l'Angleterre qui s'est mise hors jeu en concédant la bagatelle de 15 pénalités dans toute la rencontre. Un peu plus tôt, l'Italie en avait concédées 12. Et la France, championne de l'indiscipline dans le Tournoi 2020, avait atteint son "sommet" avec 17 pénalités à Cardiff l'année dernière.

Une statistique terrible pour une formation peu habituée à être autant sanctionnée, et qui a vu tous les voyants passer au rouge : moins de 87% de plaquages réussis (contre 92% aux Écossais) avec presque le double de plaquages à effectuer (173 contre 95), seulement 35% de possession du ballon, 30% d'occupation du terrain, deux touches perdues sur son propre lancer (aucune pour le XV du Chardon) et enfin un total de huit adversaires battus dans un duel (contre 27 aux Écossais). Et encore, la pilule aurait pu être plus difficile à avaler si la réussite au pied de Finn Russell et Stuart Hogg (seulement 40% de réussite) avait été meilleure face aux perches.

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Parce qu'un Twickenham sans spectateurs n'impressionne plus autant

En 2019, au terme d'un match complètement fou, l'équipe d'Écosse avait arraché un match nul dans l'antre des Anglais (38-38). Un nul qui aurait pu prendre des airs de déculottée, lorsque la Rose menait (31-0) après la demi-heure de jeu, mais qui aurait également pu se transformer en plus incroyable retournement de situation de l'histoire lorsque les Écossais menaient (38-31) à la 77e minute du match.

Les célèbres "swing low, sweet chariot", entonnés par cette foule de Twickenham chauffée à blanc, auraient peut-être pu remettre les Anglais à l'endroit. Mais Covid-19 oblige, point de spectateurs, point de bruits, points de "16e homme" en ce samedi. 

Comme cela se voit dans tous les sports et tous les championnats, recevoir n'est plus forcément un avantage en période de huis-clos. Eddie Jones l'a vérifié à ses dépens. Il n'y a pas eu de supplément d'âme pour les Anglais. Pour l'équipe de France, cela pourrait ressembler à une bonne nouvelle dans cette année impaire, traditionnellement défavorable aux Bleus avec trois déplacements au programme...