Tournoi des Six Nations : les Bleues sont "en train de passer un cap", estime Lenaïg Corson avant d'affronter le pays de Galles

Publié le , modifié le

Auteur·e : Célia Sommer
Lenaïg Corson
Lenaïg Corson, ici face à l'Angleterre le 10 février 2019, et les Bleues veulent remporter le Tournoi des Six Nations. | LINDSEY PARNABY / AFP

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L'équipe de France féminine de rugby a parfaitement débuté son Tournoi des Six Nations samedi 3 avril, face aux pays de Galles. La deuxième ligne des Bleues, Lenaïg Corson, qui a pu assister à ce festival en tribunes, a fait le point sur les ambitions de l'équipe avant leur entrée dans la compétition qu'elle espère bien remporter.

Comment vous sentez-vous avant le début du Tournoi Six Nations ? 
Lenaïg Corson : "Nous sommes très impatientes de débuter la compétition ! Il y a beaucoup d’excitation, avec l’envie de montrer ce que l’on sait faire et surtout que l'on en veut sur le terrain. Malgré le contexte compliqué en raison de la crise sanitaire, on s’est bien préparées et on a fait de très bons stages durant les mois de janvier et février. Les choses évoluent dans le bon sens au sein de l'équipe, on communique davantage entre nous. Le groupe vit très bien en-dehors des plages d’entraînements. Notre projet commun avance, chacune a envie de le faire progresser, donc c’est quelque chose de très positif. Malheureusement, je manquerai le premier match face au pays de Galles. J’ai eu une petite alerte au mollet lundi 29 mars pendant l’entraînement. Je préfère me soigner, plutôt que de prendre le risque d’aggraver ma blessure et d’être forfait durant toute la durée du tournoi. Normalement, je reprendrai la course dès le lundi 5 avril. J’ai très hâte de revenir sur les terrains."

Cette année, la formule du tournoi est modifiée. Deux poules sont formées : la poule A avec l’Angleterre, l’Écosse et l’Italie, la B avec la France, l’Irlande et le pays de Galles. Quel est votre objectif dans la compétition ? 
LC : "Notre objectif est clair : on veut remporter le tournoi ! L’année 2020 a été courte à cause de la Covid, mais il y a eu des matches compliqués, ainsi que des matches nuls où on n'est pas parvenues à montrer de très belles séquences de jeu. Il y a aussi eu la rencontre face aux Anglaises, où on a perdu à la dernière minute. Nous avons très envie de renouer avec la victoire. Et ça commencera dès le premier match, face au pays de Galles ! La formule est spéciale cette année, mais on est conscientes que peu de gens ont la possibilité de jouer au rugby en France. Nous avons envie de procurer des émotions aux gens à travers le petit écran. Surtout que les garçons nous ont régalé ces derniers temps ! Ils ont fait preuve d’un engagement et d’une solidarité sur le terrain qui a fait plaisir à voir. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu l’équipe de France comme ça. À notre tour, désormais, de montrer que les filles aussi sont présentes !"

Autre particularité cette année : votre Tournoi n'a pas lieu en même temps que celui des hommes...
LC : "Ça peut être le moment opportun de davantage mettre en avant le rugby féminin. D'habitude, il y a trois équipes de France (avec les U20) qui ont match les mêmes week-ends sur toute la durée du tournoi. Comme les gens sont en manque de sport et que les hommes ont déjà joué, j'espère sincèrement qu’ils vont nous suivre. Je pense que le public a envie de se régaler devant du sport, qu’il soit féminin ou masculin. Les années où les hommes perdaient, on entendait beaucoup plus parler du résultat des féminines. Ces derniers temps, la lumière a été mise sur les garçons car ils gagnent leurs matches. Je me réjouis bien évidemment de cette dynamique autour de l’équipe. C’est super qu’on les médiatise ! Mais j’aimerais qu’on n’en oublie pas pour autant les femmes. C’est dommage de ne pas bénéficier de la même visibilité."

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En France, le rugby à haut niveau pratiqué par les femmes est entièrement amateur. Seules 50 joueuses françaises peuvent en vivre et ont signé des contrats fédéraux…
LC : "Lorsque j’ai commencé le rugby, en 2009, je n’avais jamais vu de rugby féminin à la télévision. Le premier match de l’équipe de France a été diffusé un an après. Les gens se sont alors davantage intéressés à la compétition et se sont rendus compte que les femmes aussi savaient jouer au rugby. Ils ont cessé de nous faire des réflexions, du genre : 'Ah vous êtes des garçons manqués' ou 'Mais t’as pas un look à jouer au rugby toi'. Il faut l'admettre : l’histoire a fait que les femmes ont pris beaucoup de retard dans le sport. On le paye d'ailleurs aujourd’hui. Mais les choses évoluent. La Fédération nationale des associations et syndicats de sportifs (FNAS) a réuni douze athlètes de haut-niveau dans les sports collectifs afin d’aborder, entre autres, les problématiques liées à la professionnalisation. Il y a des athlètes comme Eugénie le Sommer, Kadidiatou Diani, ou encore Endy Miyem. Avec Safi N’Diaye, on représente le rugby. Au rugby, on est encore très loin du compte, puisqu’il n'y a aucune rémunération dans notre sport. Beaucoup de femmes doivent faire le choix entre une carrière professionnelle et une carrière sportive, car il est très difficile de s’investir à 100% dans les deux. Cela n’aide pas à faire augmenter le niveau des clubs. En fait, c’est un peu le serpent qui se mord la queue. Si on n’a pas de visibilité, les sponsors ne viennent pas à nous, car ils n’en retirent aucune retombée économique positive. Mais d’un autre côté, on a besoin de moyens comme les hommes pour faire progresser notre sport. 

Quelques mois après les Six Nations, un second défi de taille vous attendait : la Coupe du monde. Elle a finalement été décalée à 2022. Quelle a été votre réaction par rapport à cette décision ? 
LC : "Nous avons été à la fois très déçues et surprises. Nous ne nous y attendions vraiment pas et l’avons d’abord découvert dans la presse. Ça nous a mis un coup de froid. Mais on s’est rapidement reconcentrées sur les Six Nations. On est une équipe qui est en train de se construire et de passer un cap. Ce report nous laisse le temps d’être encore meilleures et de gagner en maturité. Nous allons mettre ce temps à profit pour nous préparer à soulever la Coupe du monde ! Mais chaque chose en son temps. D’abord, nous allons chercher la première place aux Six Nations."

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