Tournoi des Six Nations - Dimitri Yachvili : "Ne pas penser trop vite à la victoire finale"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Gicquel
Dimitri Yachvili, consultant rugby pour france.tv sport.
Dimitri Yachvili, consultant rugby pour france.tv sport. | Benjamin Cremel / AFP

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Le XV de France va lancer son Tournoi des Six Nations samedi (15h15) en déplacement à Rome, face à l'Italie. Séduisants et efficaces en 2020, les hommes de Fabien Galthié entament cette édition avec un nouveau statut à assumer. Etat des lieux des ambitions tricolores dans le tournoi avec notre consultant et ancien demi de mêlée international Dimitri Yachvili.

Quelles sont les chances françaises dans ce Tournoi ?
Dimitri Yachvili :
"C'est une année compliquée pour nous, comme toutes les années impaires, car il y aura trois déplacements sur cinq matches. La France est en confiance après l’édition 2020, la Coupe d’Automne des Nations avec ce match en Angleterre (défaite en finale 22-19). Il y a pas mal d’espérances : au vu de ce qu’on a proposé depuis un an et demi, on peut jouer le podium, c’est certain. La France a les moyens et les chances de remporter le Tournoi, mais cela va être compliqué."

A quel match doit-on s’attendre samedi face à l’Italie en ouverture ?
DY
: "Ce ne sera pas une tâche facile. Historiquement, les matches face à l’Italie sont toujours compliqués car les Italiens arrivent à faire déjouer les équipes : ils sont assez bons défensivement, ils jouent en réaction, ils sont agressifs. Comme c’est le premier match, ils sont plein d’espoirs, donc ce n’est jamais évident. Ils proposent depuis quelques années un jeu qui est aussi plus offensif. C’est le match piège par excellence."

"La France est attendue désormais"

La France avait été la sensation de 2020 avec sa fraîcheur, sa jeunesse, son innocence. Désormais, elle est beaucoup plus attendue. La voyez-vous franchir ce cap ?
DY
: "La France reste une équipe jeune. Ce n’est que depuis la Coupe du monde 2019 qu’on trouve pas mal de joueurs de l’équipe actuelle. Le Tournoi 2020 a été un peu l’effet surprise puisqu’elle n’avait pas enchaîné de telles performances de haut niveau depuis longtemps : le match face à l’Angleterre, aller gagner au Pays de Galles dans un contexte difficile pour une jeune équipe. Elle a pourtant passé cette étape-là. Mais c’est certain que la France est attendue désormais. Les équipes vont craindre les Bleus, elles savent qu’il y a du talent et du potentiel. Psychologiquement, il ne faut pas trop se poser de questions, et rester sur ce qu’elle fait depuis un an et demi."

Matthieu Jalibert lors du dernier match face à l'Italie le 28 novembre dernier.
Matthieu Jalibert lors du dernier match face à l'Italie le 28 novembre dernier. © Anne-Christine POUJOULAT / AFP

On a l’impression que malgré son peu de vécu, ce groupe a déjà des bases solides dans le jeu et dans la tête. Comment l’expliquez-vous ?
DY
: "Il y a un gros travail de la part de Fabien Galthié et du staff : ils ont mis tout le monde au diapason, ils ont mis des règles claires. Ils ont remis à l’ordre du jour la fierté et l'honneur de porter ce maillot. Tout ça fait que, quels que soient les hommes, et on l’a vu à la Coupe d’Automne des Nations, l’état d’esprit reste le même. C’est aussi un gros travail des joueurs en équipe de France mais également avec leurs clubs respectifs."

Plusieurs cadres manquent à l’appel : Camille Chat, Demba Bamba, Cros, Ntamack, Vakatawa, Thomas Ramos... Est-ce préjudiciable ?
DY
: "C’est dommageable car ce sont des joueurs importants. Mais on a pu voir en Angleterre que les suppléants ont rivalisé face aux vice-champions du monde. Cela crée aussi de l’émulation, ça permet à des joueurs peu expérimentés d’avoir du temps de jeu et pourquoi pas de gagner leur place dans l’avenir."

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La France aura trois déplacements dont deux pour débuter. Ce désavantage est-il réel ou sera-t-il atténué en raison du Covid ?
DY
: "Ca nivelle un peu plus les valeurs car il n’y a plus le 16e homme. A des moments clés du match, quand la pression est à son maximum, le public apporte des ondes positives aux équipes qui reçoivent. C’est pour ça qu’on voit aussi plus de victoires à l'extérieur, notamment en Top 14, c’est parce qu’il n’y a plus l’appui du public. C’est du 15 contre 15 et non du 16 contre 15."

Le XV de France se déplacera lors du 4e match en Angleterre, c’est le match à ne pas manquer ?
DY
: "Je souhaite que ce match soit décisif. Les Anglais vont recevoir trois fois cette année, dont les deux premiers matches. On peut imaginer qu’ils seront invaincus. J’espère que ce sera le cas pour la France également : ce serait alors presque une demi-finale avant l’heure puisqu’il restera une journée ensuite (l’Angleterre ira en Irlande et la France recevra le pays de Galles). J’espère que cela sera un temps fort dans la course à la victoire pour le Tournoi. Ce sera de toute façon un moment fort comme tous les Crunch."

"Ne pas remporter le Tournoi ne sera pas dramatique"

Quels joueurs français voyez-vous sortir du lot ou se révéler pendant ce Six Nations ?
DY
: "Je pense qu’il y aura plus de confirmations que de révélations. Je pense à la renaissance d’un Brice Dulin, qui a fait une grosse Coupe d’Automne des Nations et qui semble avoir pris le dessus sur Anthony Bouthier, ce dernier jouant plus demi d’ouverture qu’arrière avec Montpellier. Matthieu Jalibert performe aussi avec Bordeaux. On attend la confirmation comme pour pas mal de joueurs de cette équipe."

Si la France venait à échouer une nouvelle fois tout près du but, cela peut-il jouer dans la tête pour la suite ?
DY
: "Cela fait juste un an et demi que l’on retrouve des résultats, il ne faut pas aller trop vite. Bien entendu, avant la Coupe du monde, il faudra gagner un Tournoi et s’imposer face à une nation du Sud. Être 2e, 3e ou 4e jusqu’à la Coupe du monde, ça ne suffira pas pour moi. Cette année, avec trois déplacements pour la France, ne pas remporter le Tournoi ne sera pas dramatique, mais il ne faut pas qu’il y ait trois ou quatre défaites. Il ne faut pas penser trop vite à la victoire finale, on se remet juste à niveau. La France n’est pas au-dessus des autres."