Tournoi des Six Nations - Comment le pays de Galles a ressuscité pour jouer le Grand Chelem contre la France

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Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
L'ailier Louis Rees-Zammit, ici congratulé par ses coéquipiers le 13 février 2021, le symbole du renouveau gallois
L'ailier Louis Rees-Zammit, ici congratulé par ses coéquipiers le 13 février 2021, le symbole du renouveau gallois | PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

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Au fond du trou en 2020 avec une seule victoire dans le Tournoi des Six Nations, le pays de Galles a ressuscité en 2021. Invaincus après quatre rencontres, les hommes du XV du Poireau joueront le Grand Chelem la semaine prochaine contre la France au Stade de France. En cas de succès, ce serait le treizième de leur histoire, soit autant que le recordman anglais. Explications de ce retour inattendu.

2020, très loin des sommets

2020 a été une annus horribilis. Des cinq victoires dans le Tournoi 2019, le pays de Galles était tombé de très haut l'année suivante pour finir avec un seul succès (contre l'Italie) et quatre défaites. La Coupe d'automne des nations n'avait pas relevé le niveau avec deux défaites (Irlande, Angleterre) et deux victoires (Géorgie et Italie). Successeur au poste de sélectionneur de Warren Gatland, l'homme qui avait mené les Gallois à trois Grands Chelems et deux demi-finales de Coupe du monde, Wayne Pivac était déjà sur un fauteuil éjectable. Certains pariaient même sur un départ du Néo-Zélandais, car au-delà des résultats, le niveau et le contenu de ses rencontres étaient loin d'être à la hauteur. Mais tout a changé en un match.

Le Trèfle et la chance

Le 7 février, Galles-Irlande en ouverture du Tournoi 2021. Que se serait-il passé si l'Irlande n'avait pas disputé près de 70 minutes à 14 contre 15 ? Que se serait-il passé si Billy Burns n'avait pas raté sa pénaltouche dans les arrêts de jeu, qui aurait pu offrir une occasion franche d'essai victorieux au XV du Trèfle ? Personne n'en saura rien, mais ces deux coups du sort ont clairement aidé une équipe galloise, longtemps au niveau de 2020 et très souvent malmenée, à s'imposer (21-16). "Nous nous sommes rongés les ongles dans les dernières minutes", reconnaissait d'ailleurs l'expérimenté capitaine Alun Wyn Jones après cette victoire. La première dans le Tournoi depuis le 1er février 2020.

La chance ne s'est pas arrêtée là. Pour son deuxième match, direction l'Ecosse, face à un collectif qui sortait d'un succès historique à Twickenham (le 1er depuis 1985). Totalement dominés, bousculés, menés (17-8) à la pause, les Gallois ont rebondi sur trois faits majeurs consécutifs autour de la 50e minute. D'abord un 3e essai écossais  n'a pas trouvé la terre promise en raison d'une obstruction. Puis, les Diables Rouges ont réalisé un mouvement génial pour inscrire leur deuxième essai du jour par Liam Williams. Et enfin le pilier écossais Fagerson a écopé d'un carton rouge. A 14, le XV du Chardon finissait par s'incliner (25-24). Deux premiers matches terminés à chaque fois à 15 contre 14, ça aide pour gagner.

Une confiance revenue 

Revigorés par ces deux succès initiaux, les Gallois ont ensuite profité d'une Angleterre trop souvent pénalisée (40-24), et d'une Italie beaucoup trop faible (48-7) depuis si longtemps (la dernière victoire italienne dans le Tournoi remonte à 2015), pour enquiller deux autres succès et présenter un bilan immaculé.

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La défense a retrouvé son lustre disparu, elle qui, du temps de Shawn Edwards (désormais au chevet du XV de France), était présentée comme l'une des meilleures du monde avec sa fameuse "rush defense". Dans les chiffres, le changement est clair : 11 fois pénalisée contre l'Irlande (autant que les Irlandais), 12 fois en Ecosse (pour 11 aux Ecossais), 9 contre le XV de la Rose (pour 14 aux Anglais), 6 en Italie (contre 10 aux Transalpins). C'est devenu l'équipe qui passe le moins de temps dans les 22m adverses, tout en marquant le plus de points. Un réalisme frustrant pour les adversaires. Et trois bonus offensifs dans la besace en quatre matches.

Des individualités de retour et une jeune perle

Alun Wyn Jones semble avoir retrouvé une vigueur de jeune homme malgré ses 35 ans, et l'ouvreur Dan Biggar le fil du jeu. Avec George North replacé au centre, l'équipe a remis de la solidité dans son axe, et laissé les ailes à deux finisseurs de premier plan. Josh Adams, qui avait raté les deux premiers matchs pour n'avoir pas respecté le protocole Covid en mangeant avec sa famille, a retrouvé le chemin de l'en-but contre les Anglais et en Italie (il a inscrit 16 essais en 31 sélections).

Mais le monde du rugby a surtout découvert une nouvelle perle : Louis Rees-Zammit. Il n'a que 20 ans, et joue à Gloucester. C'est là qu'il a commencé à briller, inscrivant 15 essais lors de sa première saison avec les pros, en 2019-2020. Il aurait pu jouer avec l'Angleterre, il a choisi le pays de Galles, et a découvert la sélection contre la France le 24 octobre dernier, en tant que remplaçant. Depuis, il est resté sur le terrain. Son doublé en Ecosse et l'essai face à l'Irlande avaient pesé lourd dans les deux premiers succès de l'année, en se montrant décisif dans des moments importants (essai pour passer devant l'Irlande, l'essai victorieux en Ecosse).

Celui refusé pour en-avant après la demi-heure de jeu en Italie ne l'a pas empêché d'en inscrire un après l'heure de jeu. Le constat est là : il est le meilleur marqueur du Tournoi. Rapide (il court le 100m en 11"1), costaud, sans pression, il est devenu le symbole de cette résurrection galloise. Son présent et son futur.