Arthur Vincent (de dos) réconforté par Stuart Hogg
Arthur Vincent (de dos) réconforté par Stuart Hogg | AFP - Bruce White / COLORSPORT / DPPI

6 Nations : Blessures, cartons, polémiques... La journée noire du XV de France en Ecosse

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Portée depuis le début du Tournoi des Six Nations par une vague d'enthousiasme, de travail et de réussite, l'équipe de France a connu son premier accroc, sa première défaite, lors de son voyage en Ecosse (28-17). Une chute qui a pris sa source dans une multitude de micro-événements. Retour sur une journée noire.

"Ce n'était pas notre jour." Gaël Fickou, l'ailier de l'équipe de France, ne cherche pas à rejeter la responsabilité de la défaite en Ecosse sur autre chose que les joueurs. Il fait simplement le constat que rien n'a tourné dans le bon sens pour lui et ses coéquipiers. "C'est une accumulation d'erreurs. Tout s'enchaîne : des pénalités, des points au pied, un carton rouge qui ne nous aide pas." Paul Willemse avouait dans un sourire : "Il y a beaucoup de choses qui n'étaient pas pour nous. On a fait beaucoup d'erreurs en début de match. Ce n'était pas notre match. Cela arrive."

C'est vrai, du début jusqu'à la fin, et avant même l'entame de la rencontre, certains éléments sont venus contrarier l'avancée tricolore. Mais le 2e ligne d'origine sud-africaine le promet : "On va mettre la même énergie cette semaine. On sait que ce n'était pas nous. Si on avait perdu en jouant à 100%, cela serait un problème. Mais dans ce match, il y a tellement de choses à revoir..."

Les blessures

Jusqu'à ce dimanche, l'équipe de France avait su (et pu) jouer la continuité. Jamais plus d'un blessé par un match, et donc jamais plus d'un changement de joueur d'une rencontre à l'autre, sauf avant d'aller en Ecosse avec le remplacement voulu de Teddy Thomas par Damian Penaud. Mais en un match, cette réussite s'est violemment écrasée.

Lors de l'échauffement, Camille Chat, touché à Cardiff, a rechuté. Au dernier moment, Peato Mauvaka l'a remplacé au talon sur le banc. A la 7e minute, le maître à jouer, Romain Ntamack, subissait un choc à la tête, et le protocole commotion qu'il effectuait ne lui permettait pas de revenir. Et en fin de match, Antoine Dupont s'est à son tour blessé sur une action, touché à l'épaule. En à peine plus d'une heure, les Bleus ont autant rempli leur infirmerie que lors des trois précédents matches. Et les trois hommes (dont les deux titulaires de la charnière) ne seront pas là le week-end prochain face à l'Irlande. "C'était un match rugueux", estimait Grégory Alldritt.

L'indiscipline

Jusqu'à ce déplacement en Ecosse, la France avait déjà pris le leadership des équipes les plus "cartonnées". Deux jaunes à Cardiff, c'était déjà plus que l'Italie (1) et l'Irlande (1). Le carton rouge récolté samedi par Manu Tuilagui avec l'Angleterre avait remis le XV de la Rose dans le "match". Mais le jaune pris par François Cros dès la 5e minute de jeu, puis le rouge de Mohamed Haouas à la 37e, pour un coup de poing qui pourrait lui coûter très cher en semaines de suspensions, ont remis la France sur le trône. Mais ce n'est ni le plus glorieux, ni celui que les Bleus recherchaient.

Ce sont surtout les symptômes d'une équipe toujours en construction, et pas toujours maîtresse de son sujet, ni de ses actes en ce qui concerne les deux cartons du jour. "C'est une faute collective, on n'a pas su être froid à ce moment-là, et c'est Momo qui en paye les frais", soulignait Arthur Vincent. Avec le pilier montpelliérain, c'est donc un troisième joueur qui manquera le prochain match. Ils étaient 11 à avoir participé aux quatre premières rencontres, il n'en reste plus que 7. 

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La fébrilité

Contrairement aux précédentes équipes de France, celle-ci avait démontré une énorme capacité à jouer juste, à ne pas trembler lorsqu'il fallait marquer les points. En un match, les fantômes du passé ont resurgi du placard malheureusement pas fermé à double tour. Des passes mal ajustées comme celle entre Antoine Dupont et Charles Ollivon en 1re période, des mêlées sanctionnées (deux bras cassés), des ballons gardés au sol... L'impression de voir ces Bleus sans solution s'est faite tenace. Jouer à 14 durant 45 minutes n'aide pas. Mais plus que tout cela, c'est cette incapacité à marquer dans les temps forts, à prendre le score, à se muer en animal à sang froid comme ils avaient pu le faire notamment à Cardiff qui marque. "On n'a pas su imposer notre jeu. On n'a pas su appuyer sur certaines séquences qui étaient intéressantes de notre part. Et on a perdu les ballons importants. Ça a été une des clés du match", analysait Arthur Vincent.

La pénalité de Ntamack à 45m et dans le vent (2e) aurait pu donner l'avantage aux Français. Cela n'a pas été le cas, alors que les Ecossais redoutaient d'être menés. Lorsqu'ils ont marqué leur premier essai, par Damian Penaud, les joueurs de Fabien Galthié ont pris les commandes, mais ont aussitôt commis une faute sur le renvoi. Cette erreur s'est payée par une domination adverse dans les 22m, puis par le carton rouge du pilier de Montpellier. Et quand on a cru à une rébellion au retour des vestiaires, avec une action magistrale, elle s'est finie par une pénalité contre la France, à 5m de l'en-but adverse, pour un ballon gardé au sol. "On est passés à côté de ce match", reconnaissait Gaël Fickou. "On n'a pas été à la hauteur."

L'arbitrage

Comme dans toute défaite, le regard se tourne vers les éléments défavorables. Alors oui, l'arbitre, le Néo-Zélandais Paul Williams, a examiné scrupuleusement les images envoyées par la réalisation concernant le coup de poing de Haouas, omettant de passer autant de temps sur le coup de poing envoyé par l'Ecossais au Français quelques secondes avant. "Ca n'a pas été juste de part et d'autre, mais c'est la vie", disait rapidement Gaël Fickou après le match. "Tout ce qui se passait sur le terrain, c'était vraiment contre nous", avançait Paul Willemse dans un sourire qui en disait long. Oui, les Ecossais ont souvent traîné dans les zones de rucks, ils ont souvent été au-delà, sans que l'arbitre ne les sanctionne. Mais jouer à l'extérieur, c'est aussi cela. Et les plus grosses fautes, ce sont les Français qui les ont commises.

De manière générale, lorsqu'une équipe avance, lorsqu'elle montre une belle agressivité, l’œil des directeurs de jeu se porte plus naturellement vers ceux qui défendent. Le corps arbitral avait parfois été clément avec les Bleus depuis le début du Tournoi. Ca n'a pas été le cas ce dimanche en Ecosse. "Il faut assumer, on ne se cherche pas d'excuses. On est tombé sur une grosse équipe écossaise", souligne Arthur Vincent. "Il faut garder la tête haute, se servir de cette défaite et passer au prochain match."