6 Nations : trois commotions en cinq mois, Dan Biggar pourrait jouer face à la France... Normal ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Dorangeon
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Victime de trois commotions cérébrales en cinq mois, le Gallois Dan Biggar pourrait jouer face au XV de France samedi. Sa participation au match du Tournoi des 6 Nations n'est pas certaine, mais possible malgré la répétition des chocs à la tête. Cette situation pose question dans un contexte agité autour de la santé des joueurs.

Les coups se répètent pour Dan Biggar qui ne cesse de se retrouver au sol, sonné suite à un choc à la tête. Depuis plusieurs mois, l'ouvreur enchaîne les commotions cérébrales avec le pays de Galles. Trois en l'espace de cinq mois plus précisément. La première a eu lieu lors de la Coupe du monde 2019 au Japon. Face à l'Australie le 29 septembre dernier, le Gallois n'avait pas réussi le premier des trois tests HIA (Head Injury Assessment, examen de contrôle cérébral). Dix jours après (le 9 octobre), il était de retour sur le terrain. Face aux Fidji, le natif de Morriston avait été percuté violemment par le coude de son équipier, Liam Williams. Groggy, le joueur de 30 ans avait laissé sa place après quelques minutes au sol.

La situation avait interpellé car onze jours après, et un bref repos, Biggar était de nouveau présent face au XV de France, en quart de finale du Mondial. Aucune mise au repos automatique déclenchée malgré les deux chocs. Warren Gatland, alors sélectionneur du XV du Poireau, avait expliqué que Biggar "n'avait pas passé le protocole commotion. Il avait été évacué du terrain juste à cause du contact". Mercredi dernier, l'entraîneur adjoint Neil Jenkins est revenu sur l'épisode : "La Coupe du monde a été  une source d'inquiétude, je ne vais pas mentir à ce propos, vu les gros (chocs) qu'il (Biggar, ndlr) avait reçus là-bas."

"Dan est un joueur coriace"

Depuis, Dan Biggar a connu un nouveau cas de commotion. C'était le 8 février dernier face à l'Irlande, dans le Tournoi des 6 Nations. Ballon en main, le demi d'ouverture a subi une collision avec Robbie Henshaw à la 42e minute. Le visage contre l'herbe, il s'est relevé avec les soigneurs, un peu sonné. Deux minutes plus tard, il est sorti, temporairement pour passer le test HIA. Pas concluant. Biggar n'est donc pas revenu dans la partie.

L'ouvreur gallois Dan Biggar au sol après un choc à la tête.
L'ouvreur gallois Dan Biggar au sol après un choc à la tête. © REUTERS/Issei Kato

Alors forcément, avec ce passif, il semblerait normal, et logique, que Dan Biggar soit mis au repos. Pourtant, l'encadrement du pays de Galles envisagerait de le faire jouer samedi face au XV de France, soit deux semaines après sa commotion. "Dan va bien. Il fait les protocoles de retour au jeu, a déclaré Neil JenkinsCela prend un peu de temps, mais il est plutôt bien, il récupère bien. Dan est un joueur expérimenté et coriace. J'espère qu'il fera tout ce qu'il doit faire, et sera de retour, prêt pour la France." Dimanche, Dan Biggar n'a toutefois pas pris part au match de son club de Northampton dimanche à Bristol.

Alors "tout faire" pour revenir, là demeure le problème. Car la répétition de ces coups au crâne peuvent provoquer, à terme, de graves séquelles cérébrales. "C'est avant tout risqué pour sa santé. Au delà de penser aux résultats, à la performance, c'est surtout dangereux pour lui", pointe notre consultant Dimitri Yachvili. Malgré tout, "s'il a passé les protocoles et que la commission médicale l'autorise à jouer, il n'y a pas de débat. Physiologiquement et médicalement, il est jugé apte pour jouer, assure l'ancien international français. Mais c'est risqué pour sa santé. Il faut prendre en considération qu'il en a fait trois en cinq mois et que ça peut devenir problématique pour le futur."

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Le casse-tête du poste d'ouvreur au pays de Galles

Ainsi Wayne Pivac, le sélectionneur gallois, serait tenté de faire jouer son buteur, extrêmement précieux pour son équipe. Surtout, derrière Biggar, le poste de numéro 10 n'est pas fourni : Gareth Anscombe, Rhys Patchell et Owen Williams sont blessés. Jarrod Evans possède peu d'expérience (5 sélections). Enfin, il se pourrait que Rhys Priestland fasse son retour après deux ans et demi d'absence. Mais le joueur de 33 ans ne remplit pas les conditions de la Fédération galloise pour être appelé (jouer au pays et avoir plus de 60 sélections).

Si le cas de Dan Biggar était survenu en Top 14, le demi d'ouverture aurait été placé au repos forcé. Pour deux commotions (dans les douze mois), l'arrêt obligatoire est de 21 jours. Pour trois commotions (dans les 12 mois), la période de retrait des terrains grimpe à trois mois. Seulement, les règlements internationaux diffèrent. "Le staff est au courant des risques. Il est responsable, le joueur est responsable, la commission prend ses responsabilités", glisse Dimitri Yachvili. "Dan Biggar a 30 ans, il sait ce qu'il fait. Il est assez grand pour se dire s'il se sent bien ou pas. Et il ne va pas à l'encontre de la commission." 

"Si rien n'est fait, un joueur pourrait mourir pendant un match"

Dans son histoire récente, le pays de Galles a été confronté à ces situations de joueurs soumis à des commotions à répétition. Entre 2014 et 2016, l'ailier George North a connu cinq commotions. "Quiconque a eu trois commotions cérébrales devrait envisager de prendre sa retraite. George (North) doit faire face aux faits", indique le médecin Barry O'Driscoll, ancien membre de World Rugby. Tout ce que je peux lui dire, c'est de faire une longue pause. D'envisager les conséquences à moyen et long terme". Actuellement, North évolue toujours avec le pays de Galles.

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En revanche, l'ancien capitaine gallois Sam Warburton n'avait pas hésité pour mettre un terme à sa carrière à seulement 29 ans. Il avait ensuite lancer cet avertissement : "Si rien n'est fait prochainement, un joueur professionnel pourrait mourir pendant un match, devant les caméras de télévision, et c'est seulement à ce moment-là que des gens lèveront leurs bras au ciel pour exiger que des mesures soient prises".

Il est donc possible que les règlements ne soient pas assez stricts, alors que la tendance est à la prévention. Les commotions cérébrales sont au cœur de l'évolution du rugby. Lundi dernier, le joueur du Stade Français Rémi Bonfils en a pris conscience et a décidé de stopper sa carrière, sur "recommandation médicale". Dans l'Equipe, il a confié que son "cerveau ne tolérerait plus les chocs". 

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