Le sacre d'Alu Wyn Jones et des Gallois, auteurs du Grand Chelem en 2019
Le sacre d'Alu Wyn Jones et des Gallois, auteurs du Grand Chelem en 2019 | AFP - Paul ELLIS

6 Nations - Les Gallois au top, l'Irlande et l'Angleterre sur courant alternatif, la France à la cave, le bilan de l'édition 2019

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Le Tournoi des 6 Nations 2019 s'est achevé samedi sur le 12e Grand Chelem de l'histoire du pays de Galles, au prix d'une victoire en forme de démonstration contre l'Irlande (25-7). Cinq matches et cinq victoires, la dernière campagne de Warren Gatland s'est soldée par un triomphe, sur un mode diesel. L'Angleterre, qui semblait être la seule à pouvoir rivaliser avec le XV du Poireau, n'a pas tenu le choc. Malgré sa 4e place, l'équipe de France finit exsangue, sur une pauvre victoire (25-14) sur l'Italie qui n'a plus gagné le moindre match depuis 2015 dans le Tournoi.

Le pays de Galles: 1er impressionnant

Quiconque aurait assisté à la première mi-temps de France-Galles, en ouverture du Tournoi 2019, et se réveillerait aujourd'hui, croirait à une blague. Comment imaginer ces Gallois, menés (16-0) à la pause par des Bleus qui avaient maîtrisé le jeu comme rarement depuis plusieurs années, s'imposer en réalisant le Grand Chelem ? Mise à part cette première période décevante, le reste du Tournoi du XV du Poireau a été bien gérée.

Le calendrier a pu leur offrir une montée en puissance avec deux premiers déplacements en France et Italie, puis le premier coup d'éclat à domicile contre l'Angleterre (21-13), avant d'enchaîner en résistant face à la horde écossaise en 2e période à Murrayfield (18-11), pour conclure par une copie presque parfaite à domicile contre l'Irlande (25-7). Un essai concédé dans les arrêts de jeu a privé les hommes de Warren Gatland de laisser le Trèfle fanny, alors même qu'ils jouaient le titre dans un match à 3 avec les Irlandais et les Anglais. L'entraîneur no-zélandais termine donc son dernier Tournoi à la tête de cette formation sur un 3e Grand Chelem.

En cette année de Coupe du monde, un doux rêve a refait surface, symbolisé par ces mots de l'ancien capitaine gallois, Sam Warburton, dans le Sunday Times: "La dernière équipe à avoir réalisé le Grand Chelem une année de Coupe du monde fut l'Angleterre en 2003, et regardez ce que ça a donné..." C'est la seule fois qu'une équipe de l'hémisphère Nord a conquis la coupe Webb-Ellis. 

Le premier essai gallois contre l'Irlande dans la "finale" du Tournoi 2019

L'Angleterre: 2e sur courant alternatif

Aller s'imposer en Irlande, tenante du titre et seule équipe capable de battre les All Blacks en 2018, et concéder un nul (38-38) à Twickenham contre l'Ecosse après avoir mené 31-0. Tel est le paradoxe du XV de la Rose dans ce Tournoi. Capable de laminer la France (44-8) pour l'une de ses plus grandes victoires contre son irréductible ennemi, mais aussi de dilapider 31 points d'avance face aux Ecossais alors qu'ils avaient le match gagné et déjà le bonus offensif acquis, l'Angleterre a montré de belles choses, et de la suffisance. Une impressionnante vitesse d'exécution à certains moments, et une incapacité à tenir le ballon à d'autres, ce qui lui a aussi coûté un avantage de sept points à Cardiff contre le futur lauréat (10-3 puis 13-9 jusqu'à la 68e minute).

A six mois de la Coupe du monde au Japon où les Anglais seront dans la même poule que l'Argentine et la France, Eddie Jones, le sélectionneur australien, sait qu'il a encore du pain sur la planche. Mais les Slade, Daly, Nowell ou May forment une base tellement prometteuse, que les mois qui lui restent sont plutôt des opportunités de se perfectionner plutôt qu'un compte-à-rebours pour trouver des solutions à ces maux.

L'essai du bonus des Anglais contre l'Ecosse avec une chistera pleine de confiance, et peut-être de suffisance de Slade

L'Irlande, 3e vieillisant

A l'aube de ce Tournoi 2019, l'Irlande s'avançait en grand favori. Auteur du Grand Chelem en 2018, seule nation à avoir battu les All Blacks en cette même année, 2e équipe dans la hiérarchie mondiale, tous les voyants semblaient au vert. Sauf que le XV du Trèfle a presque enterré ses espoirs d'entrée, en s'inclinant face à la vitesse anglaise à domicile (32-20). A Murrayfield comme à Rome, les Irlandais ont été bousculés. Ils se sont bien vengés à domicile contre la France en livrant une 1re période comme Joe Schmidt, leur expérimenté sélectionneur, n'en avait jamais vu à haut niveau. 

Mais à Cardiff, malgré toute leur hargne, leur combativité, ils n'ont trouvé aucune solution face aux Diables Rouges. Comme les autres équipes, ils se sont heurtés à la "rush-defense" galloise. Les trentenaires Sexton (33 ans), Kearney (32 ans), O'Brien (32 ans), Earls (31 ans), Best (36 ans), Healy (31 ans), cadres de cette équipe, ont accusé leur âge dans ce match à haute intensité.  "Au lieu d'être chasseurs, ils sont chassés et c'est différent", a analysé Steve Hansen, le sélectionneur de la Nouvelle-Zélande, à propos des derniers résultats moins flamboyants du XV du Trèfle.

La démonstration irlandaise contre les Bleus

La France, 4e sans certitude

Depuis 2012, c'est le deuxième meilleur résultat de l'équipe de France dans le Tournoi. Comme l'an dernier, la France a fini à la 4e place. C'est moins bien que la 3e conquise en 2017 sous le court règne de Guy Novès. Depuis 8 années, le XV de France ne brille plus. Cette année, c'est probablement le pire contenu. Hormis la victoire à domicile contre une Ecosse diminuée par les blessures (27-10), celle en Italie sans avoir maîtrisé grand-chose (25-14), l'équipe de France a coulé. Enfin, pas tout à fait puisque sa première période contre le pays de Galles s'est révélée être sans doute sa meilleure depuis très longtemps. Mais cela ne suffit pas. Les deux humiliations en Angleterre et en Irlande ont montré une équipe sans plan de jeu, sans allant, sans fil conducteur et sans leader. 

A six mois de la Coupe du monde, les Bleus n'ont aucune certitude. Les cadres (Guirado, Vahaamahina, Picamoles, Parra, Huget) n'ont pas été irréprochables. Les jeunes ont du talent mais dans une équipe sans confiance, difficile de surfer sur une vague. En interne, des tensions sont apparues (capitanat de Guirado, mise à l'écart de Lopez...). Et que dire des critiques de la presse à l'encontre du sélectionneur Jacques Brunel, qui avivent les rumeurs d'une arrivée de Fabien Galthié pour renforcer le staff ?

La maigre consolation bleue en Italie

L'Ecosse, 5e encourageant

L'Ecosse peut avoir des regrets dans ce Tournoi 2019. Des regrets sur sa première période contre le pays de Galles (menée 15-3 à la pause), à Twickenham (menée 31-7 à la pause). Des regrets aussi au Stade de France où, sans notamment Russell ni Hogg, ils n'ont pas livré une grande prestation.

Mais sinon, Gregor Townsend, le sélectionneur, peut se réjouir d'avoir une équipe joueuse, talentueuse incarnée par Kinghorn (21 ans), auteur d'un triplé contre l'Italie, ou de Graham (21 ans), auteur d'un doublé contre l'Angleterre. Un collectif qui est parvenu à faire douter les Gallois, les Anglais et même les Irlandais, soit les trois meilleures équipes du Tournoi. Reste plus qu'à se montrer plus réalistes, et à ne pas rater une période entière avant de trouver la bonne carburation. Le XV du Chardon peut en tout cas de réjouir d'avoir réalisé l'un des plus beaux come-back de l'histoire en Angleterre, échouant dans les arrêts de jeu à remporter une victoire renversante (38-38).

Le résumé d'Angleterre-Ecosse, le match le plus renversant

L'Italie, 6e habituel mais pas résigné

Depuis un succès en Ecosse en février 2015, l'Italie na pas décroché la moindre victoire dans le Tournoi des 6 Nations. Deux petites victoires depuis le début de l'année 2018, cela fait très peu pour cette formation. Et pourtant, il y a des motifs d'espoir. Hormis en Angleterre, la Squadra a presque toujours bien résisté à ses adversaires cette année. Mais les maux sont toujours les mêmes: manque de réalisme, manque de précision.

Comme ils l'ont montré contre la France lors de son dernier match, les Italiens n'ont pas baissé les bras. Mais en récupérant une 4e Cuillère de Bois de suite, les prochains mois s'annoncent délicats.