6 Nations : Ce XV de France est hermétique à la pression

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De notre envoyé·e spécial·e Thierry Tazé-Bernard
Charles Ollivon France pays de Galles
La joie de Charles Ollivon et de ses coéquipiers | GEOFF CADDICK / AFP

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Après des années de fébrilité en attaque comme en défense, l'équipe de France s'est découvert des nerfs solides. Pour ce premier test à l'extérieur, à Cardiff, dans un Principality Stadium qu'aucun Bleu n'avait fait tomber depuis dix ans, les hommes de Fabien Galthié ont encore réalisé un match énorme (27-23). Ils ont même longtemps éteint les choeurs gallois, alors qu'on leur prédisait la fièvre rouge.

La pression semble glisser sur eux. Depuis un mois, on leur parle de leur jeunesse, de leur inexpérience. Pendant des années, ils ont perdu des matches par manque de sérénité. On leur avait promis l'enfer de Cardiff, après leur avoir déjà annoncé une explosion face aux Anglais et une rechute face aux Italiens. Mais cette nouvelle équipe de France n'en a cure. Vendredi, après les premiers pas de sa carrière dans le Principality Stadium,  Charles Ollivon, le capitaine, disait simplement au sujet de l'ambiance de feu prévue : "Ça ne me perturbe pas plus que ça. " Cela s'est vu sur le terrain.

Toit fermé, bruit amplifié

Ils savaient que ce dernier entraînement, dans le silence de l'enceinte, était un prélude à une tempête. Mais ce samedi, elle était d’abord dans le ciel, avec un vent renversant et une pluie toute britannique. Heureusement, les Français avaient demandé à jouer avec le toit fermé. En contre-partie : un bruit encore plus assourdissant lorsque les chœurs gallois montent dans les travées. A leur arrivée, 1H30 avant le coup d’envoi, les commentaires du match Italie-Ecosse, diffusé sur les écrans géants, leur offrait un petit aperçu de ce qui les attendait.

Car dehors, des milliers de personnes s’échauffaient autour de l’enceinte, dans des pubs bondés où il fallait faire la queue pour entrer. Premiers en action (moins endurant dans les intempéries ou dans les pubs ?), les supporters tricolores entonnaient un « allez les Bleus » à 50 minutes du match. Fort, puissant, retentissant. Avant de pousser un meuglement à l’entrée du pack pour son échauffement, dix minutes après.

Et quoi de mieux pour faire monter la tension et le vacarme que la chorale des choeurs gallois, soutenus par la fanfare, pour entonner des chants durant l'échauffement ? Dans un stade alors totalement rempli, les supporters bleus, en nombre, avaient bien du mal à se faire entendre lors du retour aux vestiaires de leur protégé. Pas les Gallois.

Obélix, Astérix et Idéfix appelés à la rescousse pour résister aux Gallois à Cardiff
Obélix, Astérix et Idéfix appelés à la rescousse pour résister aux Gallois à Cardiff © DR

Mais comme l'avait dit Ollivon, "c'est la vérité sur 80 minutes qui comptera." Les 5 premières pouvaient laisser imaginer que le contexte avait eu des conséquences. Un coup d'envoi pas maîtrisé, un ballon aérien cafouillé alors qu'Ollivon, François Cros et Grégory Alldritt étaient seuls (2e), une pénalité concédée dès la 3e minute, une perte de balle sur la première action offensive, bref, cela ne tournait pas rond. Une fausse impression.

Car l'essai inscrit par Anthony Bouthier entre les perches (7e), après une chandelle parfaite de Romain Ntamack, était un véritable coup de fouet pour le collectif tricolore. Les montées défensives se faisaient plus rageuses, les duels se gagnaient de plus en plus, les interventions de Bouthier de plus en plus tranchantes, celles d'Antoine Dupont de plus en plus marquantes, l'alternance de Ntamack de plus en plus juste. A la 13e minute, la Marseillaise retentissait dans un stade dont les choeurs gallois s'étaient tus. Jusqu'à ce que l'essai de Gaël Fickou à la 27e minute soit refusé par la vidéo. Mais ce réveil ne paralysait pas les Bleus, qui inscrivaient un essai, valable, deux minutes après, par Paul Willemse (17-6). D'autres collectifs auraient tangué après cet essai refusé. Pas eux. 

La fin de la 1re période comme un symbole

Alors, oui, la pression a été énorme dans les dernières minutes de la première mi-temps. Sur le terrain et dans les tribunes, dans un temps additionnel interminable passé sous les poteaux français, avec un joueur en moins. Mais ils ont tenu, pendant plus de cinq minutes, y laissant l'épaule de Cyril Baille, mais pas de points (17-9). Au bout de cet effort collectif, un grondement des supporters bleus, et un capitaine qui venait taper dans les mains de ses troupes. Il avait prédit la veille que "ce sont ces moments-là qui construisent un groupe". Les fondations sont solides.

Et quand les Gallois sont revenus à un point, Romain Ntamack a sorti une interception et un contre de 50m pour aller en terre-promise (24-16, 52e), déclenchant des "allez les Bleus" assourdissants. Et quand les mêlées se sont multipliées à 5m de leur ligne, que Mohamed Haouas a écopé d'un carton jaune pour laisser ses copains pendant dix minutes, ils ont encore redressé la tête, inversé la pression pour obtenir à leur tour une pénalité (69e).

L'équipe de France n'est pas devenue la meilleure équipe du monde. Mais ce groupe montre à chaque match que ce n'est plus lui qui cédera sous la pression de l'événement.

De notre envoyé·e spécial·e Thierry Tazé-Bernard thierrytaze