Saint-André: "Un calendrier différent pour les 35 meilleurs joueurs"

Saint-André: "Un calendrier différent pour les 35 meilleurs joueurs"

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L'entraîneur du XV de France Philippe Saint-André n'entend pas "galvauder" le Tournoi des six nations, sa première échéance qui débute contre l'Italie le 4 février, et prône un "calendrier différent pour les 35 meilleurs joueurs français." "On sait que pour le haut niveau, il faut de la compétition, de la récupération et de la préparation", a-t-il encore dit.

Q: Comment avez-vous vécu les quatre années de Marc Lièvremont à la tête du XV de France et le Mondial-2011 ?
R: "Marc a eu les mêmes problématiques que ses prédécesseurs et que j'ai actuellement, à savoir très peu de temps pour préparer l'équipe. Tu es en compétition avec d'autres pays qui ont énormément de temps. Tu fais des tests en novembre avec des joueurs qui ont déjà fait douze matches de Top 14 et de Coupe d'Europe et qui sont sur les rotules. Il y a eu des temps forts, comme le Grand Chelem (2010), d'autres plus difficiles mais on a encore pu voir que tous les quatre ans, quand tu as du temps et une préparation cohérente, tu es capable de rivaliser avec les meilleurs du monde. C'est d'une logique horrible car c'est le cas depuis 1995, depuis que le rugby est pro. J'ai aussi vu que le rugby avait pris une énorme importance médiatiquement, qu'il est rentré dans la vie de tout le monde. Quand tu fais des pics à 18 millions de téléspectateurs à dix heures du matin (lors de la finale du Mondial All Blacks-France), ce n'est plus notre époque, celle du Tournoi des cinq nations où notre famille venait voir les matches. La France entière te suit et toutes tes paroles, toute la communication autour de l'équipe de France sont très, très importantes."

Q: Pourquoi Patrice Lagisquet et Yannick Bru étaient-ils vos premiers choix en tant qu'entraîneurs à vos côtés ?
R: "Je connaissais Patrice, on a joué ensemble. On a entraîné l'un contre l'autre aussi. Je connais son niveau d'exigence, sa compétence. C'est un perfectionniste sur le détail, le pied, le geste du trois-quarts, etc... Le haut niveau a énormément évolué. Si tu veux donner à +becqueter+ aux joueurs, il faut l'association des compétences. Yannick Bru, pour être honnête, je ne le connaissais pas. Mais on a vu à quel point il a fait évoluer le Stade Toulousain au niveau de la conquête, la qualité du ruck, la qualité du nettoyage. Il faisait l'unanimité autour de lui, ce qui est rare dans ce métier. Et puis, Patrice est une demi-génération avant moi, Yannick une demi-génération après moi, un vient de Biarritz, un de Toulouse, moi du Sud-Est et de l'Auvergne... J'ai aussi une expérience anglo-saxonne et je pensais que ça formerait une bonne complémentarité. Avec des titres aussi: Yannick champion de France et d'Europe, Patrice champion de France et finaliste européen, et moi, champion d'Angleterre."

Q: Quels objectifs vous fixez-vous, en termes de jeu et d'effectif ?

R: "On est là pour quatre ans a priori mais on est surtout là pour gagner des matches. On débute par une belle compétition, on va essayer de ne pas la galvauder. Et ça commence par l'Italie, avec une revanche contre une équipe qui nous a battus en 2011. Ces trois jours de stage (23-25 janvier) vont être importants pour rencontrer les joueurs, les connaître, faire des entretiens collectifs et individuels, mettre en place les premiers systèmes, en sachant que les joueurs doivent être partie prenante du projet."

Q: Que manque-t-il au XV de France pour être champion du monde ?
R: "On a fait trois finales et on en a perdu trois. Je ne sais pas si ça va pouvoir se faire pendant mes quatre ans mais j'aimerais que la France, tous les ans au mois de novembre, joue l'Afrique du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, plus un quatrième test contre une autre nation. Etre champion du monde, c'est enchaîner trois matches de très, très haut niveau. (un quatrième test ?) Ce serait faire une mini Coupe du Monde toutes les années. Après, est-ce possible ? Il y a les Assises du rugby français (20-22 mars), des renégociations à venir. Ce sont des choses que je ne maîtrise pas. Mais l'équipe de France reste la vitrine du rugby français et on est la seule grande nation mondiale à n'avoir jamais été championne du monde."

Q: Ce sera votre contribution à ces Assises ?

R: "Un quatrième test en novembre et ensuite... Le Top 14 est important, je viens du Top 14, mais il faut essayer d'avoir un calendrier différent pour les 35 meilleurs joueurs du rugby français. On sait que pour le haut niveau, il faut de la compétition, de la récupération et de la préparation. Et nous, hélas, nos joueurs de haut niveau sont dans la compétition onze mois et demi sur douze. Le stage de trois jours, c'est très bien, mais le vendredi et le samedi suivant, il y a un match de Top 14... des mecs peuvent se blesser. Il faudrait essayer de faire des choses plus cohérentes, que les matches de Top 14 avant les rassemblements aient lieu en semaine, par exemple."

Q: Les conditions de préparation du XV de France ne sont pas encore fixées pour les deux saisons à venir...
R: "Il y a des choses à faire, par exemple une licence à points... mais c'est à la Fédération et à la Ligue de se mettre d'accord. On doit créer un système +à la française+. En France, la structure nationale n'est pas importante par rapport aux autres pays. On est derrière l'Afrique du Sud, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Angleterre, l'Irlande, Galles, Ecosse et maintenant l'Argentine, qui intègre le Four Nations. On est au même niveau que l'Italie, qui est d'ailleurs en train de se structurer avec ses deux provinces."

Q: Vous énoncez clairement un objectif de victoire pour votre premier Tournoi, ce qui diffère de votre prédécesseur...
R: "Je ne vais pas envoyer un bristol aux mecs pour leur faire plaisir. L'équipe de France, ça se mérite. Il faut déjà qu'ils soient titulaires en club. On a commencé à faire rentrer quelques mecs compétents du Top 14. Il y aura peut-être une autre brassée pour la tournée de juin en Argentine. Les mondialistes auront joué pratiquement deux saisons non-stop. On étudiera les temps de jeu. Je ne suis pas là pour péter quatre ou cinq mecs en Argentine."

AFP