Saint-André
Saint-André parle à ses joueurs | LANGLOIS / AFP

Saint-André irrité par le rugby français

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L'entraîneur du XV de France Philippe Saint-André a de nouveau dénoncé dimanche les conditions de préparation de l'équipe nationale et a pointé le nombre insuffisant de joueurs sélectionnables dans le Top 14, après la défaite face à l'Argentine (23-20) samedi à Cordoba. Un peu gonflé car Il oublie qu'en tant entraîneur de Toulon il a lui même privilégié des joueurs étrangers, plutôt vieillissant. Au lieu de pleurer, il faut qu'il se retrousse les manches.

"Attention: ce match-là, on doit le gagner quand même. C'était la fête des pères avant l'heure", a déclaré Saint-André avant de pointer le fossé entre la France et les autres nations majeures en terme de mise à disponibilité des internationaux. "Les Argentins, ça fait trois semaines qu'ils étaient ensemble. Défensivement, ils étaient hyper organisés et même s'ils ont subi, ils s'en sont sortis. Sur les neuf derniers matches, on doit perdre huit fois (six, NDLR). Il faut quand même arrêter de se croire supérieurs", a-t-il poursuivi. Un discours qui est ressorti lors de défaites françaises.

Les Argentins "sont en train de travailler. Leurs juniors sont en demi-finale de la Coupe du monde (les Français vont jouer pour la cinquième place, NDLR). Leur équipe B joue avec les Saxons (équipe A anglaise, NDLR), les Canadiens, etc.. Ils ont 20 à 25 joueurs qui vont faire une préparation de Coupe du monde avant le Four Nations. Et ce qui est étonnant, c'est qu'ils vont faire cela payés par les clubs français !", s'est-il exclamé dans une allusion à la mise à disposition des joueurs argentins évoluant en France pour le Rugby Championship, qui débute le 18 août. A croire que Saint-André découvre les conditions de travail du XV de France et les incohérences du rugby français.

Des contraintes qui pèse sur les Bleus

Le poste de sélectionneur du XV de France a tendance à transformer de brillants entraîneurs (Laporte, Lièvremont) en pleureuse. "Il faut trouver une solution pour que les internationaux soient physiquement au top lorsqu'ils jouent, que ce soit avec leurs clubs ou avec l'équipe de France", expliquait Bernard Laporte à l'AFP en... mars 2001. "On veut être consensuel mais le Top 14 est long, il crève les mecs, il ne prépare absolument pas au niveau international. Il est médiocre au niveau des intentions de jeu", renchérissait sept ans plus tard Marc Lièvremont un soir de déroute en Australie.

C'est encore le cas avec Philippe Saint-André qui s'étonne des conditions de préparation du XV de France. Le rugby français est d'abord un rugby de club, qui ont les pleins pouvoirs, et relègue l'équipe de France au second plan malgré un statut de vice-champion du monde. Alors que l'équipe nationale est la vitrine du rugby de toutes les puissances mondiales (Nouvelle-Zélande, Australie, Irlande, Pays de Galles), en France ce n'est pas le cas. Saint-André incarne à merveille les contradictions du rugby français qui ne veut pas changer. Pourquoi changer puisque l'équipe de France a failli être championne du monde (défaite 8-7 en finale face à la Nouvelle-Zélande).

Licence à point, mise à disposition des internationaux

Et pourtant, Saint-André continue d'ignorer les contraintes qu pèse sur le XV de France Le faible nombre de joueurs sélectionnables dans le Top 14 à des postes stratégiques est un problème. "Le rugby français... Sur la finale du Top 14 (Toulouse-Toulon, NDLR), les piliers droit et les piliers gauche, des deux côtés: étrangers. Les demis d'ouverture, des deux côtés: étrangers. Point final", a relevé l'entraîneur du XV de France, ancien directeur sportif de Toulon. A qui la faute? Aux entraîneurs du Top 14, dont il faisait parti jusqu'en septembre et à des mentalités qui préfère le résultat au jeu. A Toulon, un des deux piliers (Lewis Roberts, plus Carl Hayman qui était suspendu) et l'ouvreur (Jonny Wilkinson), tous "étrangers", ont été recrutés par... ses propres soins, lorsqu'il était directeur sportif du club varois.

Il faudra s'inspirer du système anglais, très proche du système français. Il a su s'organiser en instaurant notamment le principe de la licence à points, qui restreint d'autorité le nombre de matches disputés par les internationaux, y compris en club. Un rêve pour Saint-André.Les conditions de mise à disposition des internationaux sont définies par la convention entre la Fédération française de rugby et la Ligue nationale, représentante des puissants clubs professionnels. Ce texte s'applique jusqu'à la fin de la saison prochaine. A cette date, le problème sera identique: Saint-André devra organiser deux départs pour la tournée en Nouvelle-Zélande en juin 2013; le second avion décollera au lendemain de la finale du Top 14.

Mathieu Baratas