Philippe Saint-André
Philippe Saint-André | AFP - Franck Fife

Saint-André, aux prémices de son règne

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Officiellement, Philippe Saint-André devient aujourd'hui le sélectionneur de l'équipe de France. Dans huit jours, il effectuera sa première conférence de presse et y présentera l'encadrement du XV de France. C'est d'ailleurs le principal feuilleton de sa prise de fonction. Avec théoriquement Bru et Lagisquet pour adjoints, qui resteront dans leurs clubs lors des doublons Top14-Tournoi, son chantier est immense, malgré la place de finaliste de la Coupe du monde.

Cela fait cinq mois que Philippe Saint-André gravite autour du XV de France. Mais ce n'est qu'aujourd'hui qu'il en devient le sélectionneur. Depuis les premières rumeurs de son arrivée à l'issue de la Coupe du monde, à la confirmation, puis aux rumeurs concernant ses adjoints, il a déjà été pris plusieurs fois dans le coeur des débats. Capitaine du XV de France à 34 reprises, il connaissait cette pression liée aux Bleus. Et ce n'est pas fini.

Un groupe et un staff à construire pour 2015

Malgré sa place de finaliste lors de la dernière Coupe du monde, il doit en effet reconstruire un groupe, une image, un jeu, un avenir. Un groupe, car beaucoup de joueurs ont dépassé la trentaine (Nallet, Poux, Mas, Servat, Papé, Pierre, Bonnaire, Harinordoquy, Yachvili, Traille...) et que la prochaine Coupe du monde en 2015 pourrait être bien lointaine pour eux. Ce qui ne devrait pas les empêcher de postuler lors des prochaines échéances, et peut-être ainsi assurer une transition dont Marc Lièvremont s'était détachée lors de sa prise de fonction. Une image parce que celle des Bleus a été largement écornée au terme d'une campagne très tendue avec la presse, notamment avec le dernier sélectionneur. Un jeu car en quatre ans, celui de la France a beaucoup fluctué, passant du "tout à la main" au "tout en défense" pour finir par un Mondial raté sur ce plan lors de la première phase et réussi à partir des quarts de finale. Un avenir car c'est une période de quatre ans qui s'ouvre, avec comme chaque fois, des étapes intermédiaires que sont les Tournois des VI Nations et les tests-matches contre les nations du Sud, le tout devant mener vers le premier sacre mondial tricolore en 2015 en Angleterre. 

Pour y parvenir, Philippe Saint-André, dont le seul échec en tant qu'entraîneur remonte à son passage à Bourgoin (2002-2005) qu'il a quitté limogé, a cherché à s'entourer de références. Comme à son habitude depuis ses premières armes outre-Manche, il conçoit son rôle comme celui d'un manageur, et s'entoure de spécialistes des avants, des lignes arrières, voire du jeu au pied. Les problèmes sont déjà apparus dans ce secteur. Lui-même recruté en pleine saison alors qu'il était en poste à Toulon, il a dû faire face à la même problématique pour constituer son entourage.

Yannick Bru (Toulouse) et Patrice Lagisquet (Biarritz) devraient donc être ses adjoints, à temps partiel pour cette saison et notamment le Tournoi des VI Nations, puisqu'ils restent en poste dans leur club. Gonzalo Quesada, qui s'occupait des buteurs mais pas seulement sous l'ère Lièvremont, était l'une de ses cibles, mais il a préféré se lancer le week-end dernier au Racing-Métro. Le 9 décembre prochain, au centre du rugby de Marcoussis, il mettra fin au suspense lors de sa première conférence de presse en tant que sélectionneur. Les choix des préparateurs physiques seront aussi scrutés.

L'entraîneur à l'image du joueur qu'il était

Dans la philosophie, PSA, le technicien, ressemble au joueur qu'il était. Capable des relances les plus folles bien dans la lignée du French Flair (l'essai du bout du monde à l'Eden Park en 1994, l'essai de 80m à Twickenham en 1991...), il n'était pas l'ailier le plus élégant du monde, mais les déblayages, les tâches ingrates, il ne les laissait pas aux autres. Son surnom du "goret" n'a jamais été démenti sur le terrain. Très marqué par Pierre Berbizier, son sélectionneur de 1991 à 1995 qui l'a fait capitaine, il compose ses équipes avec une énorme dose de puissance physique, une rigueur et une discipline extrême notamment en défense, sans oublier des joueurs de talent, capables de renverser le match à tout moment au prix de belles initiatives. Sans oublier un ouvreur expert dans la gestion du jeu, à l'image d'un Jonny Wilkinson qu'il a fait venir à Toulon, ou d'un Christophe Deylaud, qui portait le N.10 en Bleu à son époque.

De la minutie et des initiatives, voilà le cocktail qui prédomine au travers des différentes équipes qu'il a dirigées (Gloucester, Bourgoin, Sale, Toulon). Habitué à la presse, et notamment à celle d'outre-Manche autrement plus virile, il s'est forgé une belle expérience de communicant en travaillant sur RMC ou lors de son passage à Toulon sous la houlette du très médiatique Mourad Boudjellal. Sa voix éraillée portant vers les aigus tranchera avec celle de son prédécesseur, mais il n'est pas certain qu'il se livrera autant que lui. Un mal pour un bien ?

Reste que Philippe Saint-André devra composer avec la variable la plus pénalisante en équipe de France: le peu de temps pour préparer les joueurs. Tous les sélectionneurs ont pesté contre ce fait, tous ont dû faire avec. Mais cela a souvent coûté bien des victoires. La défaite, l'approximation, Philippe Saint-André n'aime pas ça. Il devra faire avec, le moins possible s'il le peut.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze