Safi N'Diaye : "L'avantage de ce confinement est de revenir à l'essentiel"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Safi N'Diaye
Safi N’Diaye | Andy BUCHANAN / AFP

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Elle fait partie de ces joueuses de rugby que l’on ne présente plus. Avec ses 74 sélections en équipe de France, Safi N’Diaye est la Française la plus capée du groupe des Bleues, ayant participé au dernier Tournoi des Six Nations. Triple championne de France en titre avec le Montpellier Rugby Club, cette année, la seconde ligne ne pourra pas remettre son titre en jeu. Et pour cause, l’Elite 1, le championnat de rugby féminin de 1re division, vient d’être définitivement arrêtée suite à une décision du Bureau Fédéral de la Fédération Française de Rugby. Pour France tv sport, Safi N’Diaye réagit à cette annonce et à l’arrêt de sa saison.

Après quasiment deux semaines de confinement, comment allez-vous ?  
Safi N’Diaye : "Et bien, ça se passe plutôt bien pour moi. J’ai la chance d’être à la campagne, d’avoir un bout de terrain et personne autour, donc je ne me sens pas enfermée, ni même emprisonnée. […] Je suis retournée dans ma famille dans un petit village à côté de Castres. À la base, j’étais venue après le tournoi [des Six Nations] pour voir ma famille, mais finalement avec le confinement j’ai dû y rester. C’est très important pour moi d’être avec eux et puis je suis mieux ici, que toute seule dans mon petit appartement à Montpellier. Pendant toutes ces années, ma famille a été très présente dans ma carrière sportive et là, je pense que c’est un bon retour des choses que de pouvoir m’occuper d’eux. Quand j’y pense, ça fait dix ans que je joue en Équipe de France et que je suis toujours à droite, à gauche et que je ne viens à la maison qu’un jour ou deux de temps en temps. Aujourd’hui, je suis en famille, ça me permet de prendre du temps et de profiter des miens.  J’arrive à m’entraîner aussi, mais pas comme d’habitude. Nous avons reçu un programme de notre préparateur physique pour qu’on puisse garder la forme, pas pour le rugby parce que la saison est terminée, mais pour notre santé en général."

Concernant vos entraînements, en quoi sont-il différents de vos séances habituelles ? Hormis le fait d’être toute seule, sans avec vos coéquipières. 
SND :
(rires) "Déjà ça, c’est une grosse différence ! Il faut se motiver toute seule à ne pas jouer au rugby, mais plutôt à courir et à faire des séances d’endurance, de vitesse, de fractionner. Ce n’est pas quelque chose de très ludique, c’est très différent d’un entraînement où l’on s’amuse avec les copines. Aujourd’hui, on met chacune notre GPS de notre côté et on s’entraîne, mais pas avec beaucoup de plaisir. Et puis, il faut dire que jusqu’à maintenant nous n’avions pas spécialement d’objectif, disons que nous n’avions pas de repère temporaire pour savoir quand nous allions reprendre et pour quel match. On se préparait, mais sans savoir pour quelle occasion, quelle compétition".

Hier [vendredi 27 mars] le Bureau Fédéral de la FFR a annoncé « l’arrêt définitif des championnats amateurs à tous niveau pour la saison en cours », une décision qui vous touche directement puisque pour votre saison est désormais terminée. Comment avez-vous réagi suite à cette décision et surtout l’envisagiez-vous ? 
SND : "Je m’y attendais, c’est une chose que j’avais envisagée. Une fois que c’est devenu réel, c’est différent, mais je m’y attendais et je la trouve logique. […] Hier soir, nous étions tristes avec les filles. La saison est terminée, nous ne pourrons pas remettre notre titre en jeu. Nous sommes dégoûtées de terminer la saison de cette manière : on se prépare depuis le mois de juin, on est partie en stage, on a fait beaucoup beaucoup d’entraînements quotidiens pour pouvoir jouer les phases finales et gagner encore un titre avec Montpellier, et au final, on se rend compte que ça n’aura pas servi. Mais malgré tout, je comprends cette décision.[…].Nous sommes dans une situation où la santé du plus grand nombre et beaucoup plus importante qu’un championnat de rugby. En cette période inédite, il faut que tout le monde se plie aux règles."

"Envie d'en profiter encore"

Comment envisagez-vous les six prochains mois ? Vous y avez pensé ? 
SND : "C’est un peu frais pour le moment, je n’y ai pas pensé. J’attends de voir avec les entraîneurs et les préparateurs pour la suite : est-ce que les entraînements sont terminés et on se retrouve en début de saison prochaine ? Est-ce qu’on va quand même revenir s’entraîner et faire des oppositions après le confinement ? Je n’en sais rien, mais ce qui est sûr, c’est que personnellement je suis plus à la fin de ma carrière qu’au début, donc j’ai vraiment envie d’en profiter, encore ! Cette saison me tenait à cœur, la saison prochaine aussi d’ailleurs. Avec l’Équipe de France, nous avions pas mal d’objectifs. Une petite tournée en Irlande cet été, mais surtout, nous avions en ligne de mire la Coupe du monde 2021. Alors maintenant ça va être long, mais il va falloir que chacune d’entre nous travaille pour ne pas être à la ramasse en septembre. Aujourd’hui, il ne faut pas penser qu’à nous, il faut penser à l’équipe. Tout le monde doit rester motivé pour la suite et se dire que la situation est exceptionnelle, inhabituelle. Nous devons rester hyper solidaires et hyper soudées pour que ça se termine le plus rapidement possible et qu’on puisse se retrouver très vite. […] D’ailleurs, je pense que quand tout ça sera terminé, nous [Safi et ses coéquipières du Montpellier Rugby Club] serons très contentes de nous retrouver et je pense même que nous ferons une grosse fête toutes ensemble."

A part le rugby, est-ce que de nouvelles activités rythment vos journées en famille ?
SND : "Oui, d’habitude je cours toujours et là, je prends le temps. Je fais des choses que je n’ai jamais eu le temps de faire : on s’est mis à faire des yaourts maisons, des soupes, on fait du tri avec ma maman et on a même classé toutes les photos de famille. Aujourd’hui, nous pouvons prendre le temps de se recentrer sur soi et je pense que c’est super important. En plus, avec le confinement, nous sommes moins dans la consommation inutile. Par exemple, je ne suis pas là à faire du shopping ou à me dire qu’il faut que j’aille au ciné ou au resto. Nous faisons des choses simples et en famille : regarder un DVD, jouer aux cartes, écouter de la musique. Tout ça, ce sont des plaisirs que nous avions peut-être oubliés ou pour lesquels nous n’avions pas le temps. J’espère que cette situation permettra aux gens de prendre conscience de certaines choses, et qu’on ne repartira pas comme avant dès que le confinement sera terminé. Il faut que tout ça nous serve de leçon pour se dire que la consommation à outrance c’est terminé et que les choses simples sont aussi hyper importantes et agréables. C’est l’avantage de ce confinement de revenir à l’essentiel ." 

Pas quelqu'un de très angoissé

Alors l’allongement du confinement ça ne vous angoisse pas, vous ? 
SND : "Non, quand il a été annoncé 15 jours de confinement, j’ai été étonnée, parce que je m’attendais déjà à une période plus longue, d’au moins un mois et demi. Je me suis dit que c’était une manière de ne pas affoler la population et qu’ils annonceraient un report du confinement plus tard. Pas d’angoisse de mon côté, en plus je suis bien entourée. Après, je comprends que pour ceux qui sont confinés dans des appartements, avec des enfants, la situation est différente et parfois qu’elle peut être difficile. Mais ici j’ai la chance d’avoir de l’espace, un jardin, j’ai des poules et des chevaux donc je m’occupe. Et puis, même si dans 15 jours, ils annoncent un nouveau report de deux semaines… je me suis faite à l’idée que ça allait durer. Je ne suis pas quelqu’un de très angoissée dans la vie, je suis plutôt très positive, donc ça m’aide ." (rires)

Plusieurs sportifs et sportives relaient les différents gestes à respecter durant ce confinement, est-ce là aussi l’un de vos rôles ? 
SND : "Oui ! Au-delà de notre mission sportive, nous avons aussi une mission de transmission des messages. Nous devons être des exemples. Beaucoup de jeunes nous suivent sur les réseaux sociaux et s’identifient à nous, alors nous devons montrer l’exemple et relayer ce type de messages. Nous devons être irréprochables sur les terrains, mais en dehors c’est pareil : nous devons montrer l’exemple en restant serein et solidaires."

Et pour finir, on vous laisse le mot de la fin, si vous avez un dernier message à faire passer aux Français confinés chez eux...
SND : "Je dirais à tout le monde de respecter les règles pour pouvoir revivre des moments exceptionnels, mais aussi pour revivre des moments de sport exceptionnels ! J’ai hâte de retrouver les filles et toutes les personnes qui nous supportent depuis des années. J’espère que tout ça nous servira pour plus tard, pour se demander « qu’est-ce qui est vraiment important dans nos vies ? ». J’espère que nous nous rendrons compte que les choses simples comme aller voir un match ou jouer au rugby sont de véritables moments de bonheur et que nous devons les savourer. Parce que c’est quand nous ne les avons plus qu’on se rend compte qu’ils nous manquent. Il me tarde de retrouver tout le monde très vite pour vivre de nouvelles aventures tous ensemble."

Inès Hirigoyen InesHrg