Rugby : Dominici, le feu follet de la Rade devenu légende de Paris et de l'équipe de France

Publié le , modifié le

Auteur·e : Théo Gicquel
Christophe Dominici en 2006.
Christophe Dominici en 2006. | AFP

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A seulement 48 ans, Christophe Dominici s’est éteint ce mardi. Avec son décès, c’est un acteur immense de l’histoire du Stade Francais et de l’équipe de France de rugby qui disparaît. Celui qui a bousculé les codes d’un jeu stéréotypé comme rugueux laissera l’héritage d’un joueur insaisissable, humain mais tourmenté par des plaies au cœur qui ne l’ont jamais quitté. 

Une crinière bicolore noire teintée de beige qui s’agite, un feu follet roublard qui anticipe le rebond avec malice, un homme qui délivre un pays. Pour beaucoup, Christophe Dominici, c’était ça : la chevauchée fantastique en Coupe du monde face aux All Blacks (en 1999) d’un homme que le physique ne destinait pas à devenir une légende du rugby. Ce mardi 24 novembre, Christophe Dominici s’en est allé, laissant à tous le souvenir mémorable de son essai face à la Nouvelle-Zélande, mais aussi tant d’autres choses.

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Dominici, c’est d’abord l’histoire d’un gamin de la Rade, né à Toulon au printemps 1972. Après s’être essayé au football dans le sillon du paternel, gardien de but à Hyères, l’héritier Dominici bifurque finalement vers le sport roi à l'endroit où il est né. La Valette, dans la banlieue toulonnaise, quatre ans dans l’antichambre du haut niveau au RCT (1993–1997), où il est stabilisé à l’aile après avoir été trimbalé trois-quarts centre et demi d’ouverture, puis au tournant de la professionnalisation du rugby, il monte à la capitale. Un appel à celui qui lui sera intimement lié jusqu’à la fin, Max Guazzini, fait basculer sa carrière. Les portes du Stade Français s'ouvrent, et il deviendra le président qui lui sera chevillé au corps. "C'est un joueur dont j'étais très proche. Je disais toujours aux autres que c'était mon joueur préféré. Domi, c'est quelqu'un de tellement humain, tellement généreux", lui a rendu hommage mardi l'ancien président de Stade Francais.

L’homme d’un club, le club d’un homme

En onze années passées à la capitale (1997-2008), Dominici a moissonné les trophées (5 titres de champion de France), dont celui en 2003 aux côtés de Fabien Galthié pour le seul Brennus de la carrière de joueur de l'actuel sélectionneur du XV de France, au point de devenir l’emblème des Stadistes. Dans un sport où la puissance brute de Jonah Lomu était à l'époque une condition sine qua non pour le très haut niveau, Dominici a dépoussiéré les principes. Il a su faire fructifier son gabarit de poche (1,72 m et 82 kg) pour illuminer son aile de fulgurances.

Il a aussi appris à utiliser sa roublardise innée pour extérioriser son agressivité :"Mais, maman, tu m’as fait nain ! Comment veux-tu que je sois en équipe de France quand il y a des types qui ont des bras comme des cuisses et des cuisses comme des arbres ?", se remémorait-il avec malice dans son autobiographie Bleu à l’âme (2007). Avec les Bleus justement, là où les légendes tricolores se gravent dans le marbre ovale, Dominici a marqué son époque : sa course face aux Blacks n’est que la partie émergée d’une carrière faste, conclue avec une finale de Coupe du monde cette année-là, et quatre victoires lors du Six Nations (1998, 2004, 2006 et 2007) dont deux Grands Chelems.

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Les maux de "Domi"

Le joueur était admiré, l’homme avait ses parts d’ombres. Sa première meurtrissure est intervenue à 14 ans, de celles dont on ne se défait jamais réellement. Sa sœur aînée, Pascale, décède brutalement dans un accident de voiture et le laisse seul sur le pas de la porte de l’adolescence. On pense "Domi" mûr quelques années plus tard, mais ses vagues à l’âme réapparaissent par séquences. "A sa mort, je me suis mis en autodéfense. J’en voulais à la terre entière. Je voulais prouver à mes parents que j’étais encore là, moi. Mais je ne savais plus faire autre chose que détruire", se confessera-t-il à Libération en 2001. Le jeune homme, qui n’a jamais manqué de rien, se contient mais on ne peut jamais dompter réellement un écorché vif. En 2000, il passe par la case hôpital pour une dépression nerveuse, enseveli par une pression médiatique précipitée. Il en sort différent, mais pas apaisé durablement. 

Dans sa Brasserie des Princes, à proximité du Parc éponyme, qu’il a rachetée en compagnie de deux joueurs du Stade Francais, Dominici remonte alors peu à peu la pente. "J’ai de la chance de jouer au Stade Français. C’est une seconde famille. Personne ne m’a laissé tomber, je me suis senti soutenu, aimé. Dans un autre club, je ne sais pas comment je m’en serais sorti", racontait-il à la sortie de l’hôpital. Jamais en paix avec lui-même jusqu’à ce funeste mardi, "Minik" avait ensuite connu plusieurs déboires conjugaux et personnels, écrivant en pointillés le parcours d’un homme tourmenté à l’ombre d’une carrière qui en a fait un modèle de pugnacité. Dominici, c'était une certaine idée du "French Flair" si cher au XV de France, en somme.

Mardi, celui qui avait récemment tenté en vain en début d'année de racheter le club de Béziers (2e division), a trouvé la mort dans le parc de Saint-Cloud. A 48 ans, l'annonce de son décès brutal a vu se multiplier les hommages envers celui qui avait su surmonter jusque-là les affres que la vie lui avait imposés, comme il le disait lui-même. "La vie est bien faite. Dans les drames que tu vis, quand tu décides d'aller chercher les choses, tu les atteins. Quand tu n'as plus envie d'aller les chercher, tu es fini."