Affaire Laporte-Altrad : le doute s'accentue

Affaire Laporte-Altrad : le doute s'accentue

Publié le , modifié le

Dans son édition du jour, le quotidien L'Equipe révèle deux documents appuyant l'hypothèse d'une intervention de Bernard Laporte en faveur d'un changement de la décision de la commission d'appel de la FFR. Le but : infléchir la dureté de la sanction prononcée contre le club de Montpellier, dirigé par Mohed Altrad, et révoquer le sursis de la suspension du terrain pour un match infligé au club héraultais en première instance.

Rappel : Le 29 juin dernier, la Commission d’appel fédérale, qui dépend de la FFR, doit se prononcer sur des sanctions prononcées par la LNR à l’encontre du club de Montpellier. En cause : des banderoles hostiles à la Ligue brandies dans les tribunes de l'Altrad Stadium. Le MHR avait écopé de 70.000 euros d’amende et de la suspension d'un match dans son antre. Le 30 juin, jour de décision : l’amende passe de 70.000 à 20.000 euros, et le stade n’est plus suspendu.

Le Journal du dimanche révèle à la suite des liens étroits entre Bernard Laporte, président de la FFR, et Mohed Altrad, président du MHR. Après que de nombreux membres de la commission d'appel aient démissionné, le Ministère des Sports s'empare de l'affaire et ouvre une enquête le 30 août.

Le 20 septembre, le journal L'Equipe révèle une entrevue Laporte-Altrad à la mi-juin en vue d'atténuer les sanctions lors de la commission d'appel, réunie le 29 juin.

La nouveauté : L'Equipe dévoile ce matin deux nouveaux documents : la synthèse préparatoire et le décision de la commission d'appel qui lui fait suite.

La synthèse préparatoire a été rédigée le 28 juin par les juristes de la FFR à l'attention des trois juges en charge de l'affaire en appel. On peut y lire "Elle (la commission) prononcera alors la révocation de ce sursis". Traduction : la peine initialement prévue devra être exécutée en raison du déploiement des banderoles le 22 avril 2017 dans l'Altrad Stadium. Les juristes de la FFR préconisent donc la levée du sursis et une amende allant de 20 000 à 80 000 €.

Deuxième document : la notification finale de la commission d'appel. Selon le quotidien sportif, elle est quasiment identique à la synthèse préparatoire, mais conclut étonnamment à une amende de 20 000 € et aucune suspension de terrain. Une sanction largement amoindrie par rapport à la sanction initiale : 70 000 € d'amende et une suspension de terrain d'un match. Un adoucissement de la peine rendu uniquement possible, selon L'Equipe, par une demande de Bernard Laporte à Jean-Daniel Simonet, président de la commission d'appel, de modifier la décision.

Le quotidien précise que la décision, concluant à "une forte amende assortie d'une suspension de terrain serait une mesure disproportionnée quand bien même cette suspension résulterait de la révocation d'un sursis", lui parait "incompréhensible et incohérente". Il brandit l'article 46 du règlement et barèmes disciplinaires, qui indique qu'un sursis doit être révoqué lorsqu'une nouvelle sanction est prononcée dans un délai imparti de trois ans.

Ce qui est effectivement le cas : le 30 juin 2017, la commission d'appel a prononcé une sanction de 20 000 € au MHR (voir plus-haut), largement inférieure à l'amende initiale, alors que le MHR était sous le coup d'un sursis pour des premiers faits commis en février 2015, soit moins de trois ans.

La conclusion : Pour L'Equipe, la commission d'appel aurait donc légalement dû révoquer le sursis infligé à Montpellier. Une absence de révocation due selon le quotidien à une intervention de Bernard Laporte en faveur du MHR, dont la président Mohed Altrad,est un proche du président de la FFR. Si aucune preuve matérielle d'une telle intervention ne ressort de ces documents, la décision étrange de la commission d'appel ne va pas manquer d'alimenter la suspicion sur un possible arrangement à trois : Laporte - Simonet - Altrad.

Théo Gicquel @@theoogicquel