Quand le rugby rapporte des points sur son permis de conduire au pays basque

Publié le , modifié le

Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
Une affaire de corruption autour des permis de conduire notamment dans le milieu du rugby au pays basque
Une affaire de corruption autour des permis de conduire notamment dans le milieu du rugby au pays basque | AFP

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Trois personnes ont été mises en examen depuis fin janvier à Bayonne, dans une affaire de corruption au permis de conduire, qui voyait depuis des années des personnalités locales bénéficier de faveurs, comme des restitutions de points ou de nouveaux permis. D'anciens joueurs des clubs de l'Aviron Bayonnais et du Biarritz Olympique en auraient bénéficié, en échange de maillots, dédicacés ou pas, ou de places en tribunes.

Ça "sent bon" l'ancien temps, celui du rugby amateur et du rugby de clocher, où les joueurs locaux étaient des stars à qui on rendait des services. Mais ce temps est révolu. Le professionnalisme est passé par là, la modernisation de la vie publique également. C'est ce qu'ont appris à leurs dépens trois personnes soupçonnées de corruption après la découverte d'un système aussi simple qu'efficace.

Un maillot rapporte des points

Le principe : en échange de maillots, dédicacés ou pas, de places en tribunes ou de repas dans des restaurants, certains bénéficiaient d'une récupération de points sur leur permis de conduire, voire d'un nouveau permis. Le système durerait depuis dix ans. Au total 47 cas de fraudes et autant de bénéficiaires ont été mis au jour par une enquête qui a commencé à faire tomber des têtes à la fin du mois de janvier. C'est ainsi le cas d'un adjoint au service des permis de la sous-préfecture bayonnaise, âgé de 49 ans, mis en examen le 24 janvier pour corruption passive et condamné à trois semaines en détention provisoire. Il vient d'être placé sous contrôle judiciaire selon le parquet de Bayonne.

Vendredi, un fonctionnaire sexagénaire de la sous-préfecture de Bayonne a été mis en examen pour "corruption active" et placé sous contrôle judiciaire. Et le même jour, un élu municipal, Michel Poueyts, avait été mis en examen pour corruption active et placé sous contrôle judiciaire. L'élu, qui conteste les faits, entend porter plainte pour "violation du secret de l'instruction", estimant que la publication de son nom relève "d'une volonté de (lui) nuire" dans un contexte électoral bouillonnant. Il était en effet un soutien du ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, éphémère candidat à la mairie de Biarritz comme un autre membre du gouvernement, le secrétaire d'Etat au Tourisme et au commerce extérieur, Jean-Baptiste Lemoyne. Les deux hommes ont finalement dû se retirer après l'intervention du président de la République, Emmanuel Macron.

Des joueurs aux chefs d'entreprise, les "pardessus" locaux dans le viseur ?

Selon Me Emmanuel Zapirain, avocat du premier fonctionnaire mis en examen dans cette affaire, les bénéficiaires de ces largesses locales seraient "des anciens internationaux de rugby, d'anciens joueurs de l'Aviron Bayonnais et du Biarritz Olympique, mais aussi des représentants de l'institution judiciaire, des hauts gradés de la police, des chefs d'entreprises et même un responsable des renseignements", affirme-t-il. Il présente son client comme une victime, "un peu naïve", de "l'aura" de "célébrités locales".

Le Biarritz Olympique a annoncé se constituer partie civile. "Ce que l'on espère, c'est qu'il n'y ait personne dans cette liste en contrat avec le club", a commenté son avocat, Me Olivier Couleau, à l'AFP. "Le club se dissocie totalement de ce genre de comportement".

Avec AFP