Promu en Fédérale 1, le Stade Langonnais a "le cul entre deux chaises"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Martin Boissereau
Stade langonnais
Les joueurs du Stade langonnais s'avancent vers l'élite du rugby amateur, en Fédérale 1 | Stade Langonnais rugby

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Après une belle saison en Fédérale 2, le Stade Langonnais retrouve l’élite du rugby amateur français, la Fédérale 1, ce dimanche face à Beauvais. Une récompense atténuée par les longs et coûteux déplacements qui attendent les Girondins. Dans la poule 1, ils côtoieront trois équipes situées à plus de 500 kilomètres de leur stade Comberlin.

"Quand on a vu la poule, on s’est un peu lamentés, se souvient Batiste Deffiet, l’entraîneur des trois-quarts du Stade Langonnais. On aurait aimé avoir une poule Sud-Ouest." Le club amateur de Langon, situé à un peu moins de cinquante kilomètres de Bordeaux, se retrouve en effet dans une poule nationale pour son retour en Fédérale 1. Parmi les dix équipes qui l'accompagnent, Rennes, Marcq-en-Barœul et Beauvais, situées à plus de 500 km de son chaleureux stade Comberlin.

Lorsqu’ils ont accepté la montée à l’issue d’une saison de Fédérale 2 réussie (15 victoires en 18 matches), les Langonnais savaient pourtant que "le risque était de repartir dans le Nord", admet Batiste Deffiet, masseur-kinésithérapeute de profession. "En Fédérale 1, c’est normal que l’on se déplace car c’est le plus haut niveau amateur, soutient son président, Julien Perrot. Ce qui me fait râler, c’est le déséquilibre entre la poule 1 et la poule 4." Plusieurs villes du Sud-Ouest, dont une majorité de Nouvelle-Aquitaine, se retrouvent en effet dans la poule 4. Parmi elles, Anglet, Auch ou Bagnères-de-Bigorre, mais aussi Castelsarrasin et Fleurance, que Langon a affronté lors de ses deux matches de pré-saison (une victoire puis une défaite).

Une poule régionale devenue nationale 

Pour comprendre l’injustice dont se sentent victimes les Girondins, il faut remonter au printemps dernier. Puisque le "Stade" était premier de sa poule lorsque la pandémie de Covid-19 a arrêté la saison de Fédérale 2, la Fédération française de rugby lui a proposé de monter à l’échelon supérieur. "Au moment où on nous a posé la question, la poule nationale n’était pas encore d’actualité, rembobine Julien Perrot, à la présidence depuis 2017. On nous parlait de cinq poules avec des facilités régionales plus importantes donc on pensait vraiment ne pas faire de grands déplacements."

L’ensemble des dirigeants, du staff et des joueurs, tous favorables à la montée, ont donc été surpris lorsqu’ils ont découvert l’emplacement de leurs adversaires sur la carte de France. À l’instar de Yann Dessis, capitaine de l’équipe première et figure du club langonnais, qu’il a rejoint à l’âge de dix ans : "J’ai côtoyé la Fédérale 1 donc je savais qu’il y aurait au moins une ou deux équipes dans le Nord mais de là à choper Marcq-en-Barœul ou Beauvais… (Rire) Non, je ne m’y attendais pas." Le troisième ligne aux près de 200 matches de Fédérale 1 accepte toutefois la situation, sans se plaindre : "On a trois quatre week-ends dans l’année où ça va être long, c’est comme ça." Quoi qu’il en soit, "on n’est pas du style à déclarer forfait donc on ira quand même", conclut Bastien Triat, troisième ligne aile de Langon.

Beaucoup de temps et d’argent 

Le premier de ces longs voyages aura lieu dans une semaine. Le Stade Langonnais se rendra alors dans les Hauts-de-France pour jouer Marcq-en-Barœul, le 19 septembre. Batiste Deffiet, qui compose le duo d’entraîneurs avec Jean-Luc Faure, en charge des avants, détaille : "On part le samedi matin et on rentre le dimanche à midi donc il n’y a pas trop trop d’incidences par rapport au boulot. Par contre, on joue à vingt heures là-bas et on repart à 6h de Lille donc il nous faut des chambres d’hôtel." Le déplacement à Beauvais se fera également en TGV, sur une journée. Celui à Rennes, en revanche, annonce six pénibles heures d'autobus à l'aller puis au retour. Au programme de cette saison 2020/21, donc, du train à grande vitesse et de bus pour déplacer quelque soixante membres de l’équipe première et des Espoirs, en plus des dirigeants.

Julien Perrot a en effet poussé pour que les jeunes du club disposent des mêmes adversaires et du même calendrier que leurs aînés. "C'était une grosse bataille de Julien, résume Batiste Deffiet. Il a appelé tous les présidents parce que c’était indispensable financièrement. On sera un des plus petits budgets de la Fédérale 1 alors si on avait dû payer double bus et double déplacement… Au niveau logistique, commander soixante repas, ce n’est pas le même prix que de commander deux fois trente repas."

Les joueurs du Stade Langonnais à l'échauffement, dans leur stade Comberlin
Les joueurs du Stade Langonnais à l'échauffement, dans leur stade Comberlin © Stade Langonnais rugby

Plus de frais de déplacements, un recrutement moins important

Malgré tout, le déplacement à Marcq-en-Barœul se chiffre à "un peu plus de 10 000 €" selon le président langonnais. Une somme colossale pour ce club amateur, dont le "petit budget" oscille entre "600 000 et 650 000 €" pour la saison à venir. D’autant que ce déplacement à plus de 800 kilomètres ne sera pas le seul, cette année. Beauvais (plus de 700 km), Rennes (500 km), Limoges (260 km), Niort (220 km), Trélissac (170 km), Périgueux (160 km), le Bassin d’Arcachon (90 km), Floirac (46 km) et Marmande (47 km) sont les prochaines destinations. Même si le Stade Langonnais bénéficiera d’indemnités kilométriques, versées par la FFR en début de saison suivante, et de tarifs "plutôt avantageux" grâce à un partenariat avec la SNCF, ces dépenses vont le pénaliser.

Conséquence, le recrutement a été limité. "L’impact est évident, regrette Julien Perrot. Par rapport à une poule Sud-Ouest, je pense qu’on a deux joueurs en moins dans l’effectif à budget constant. Quand les poules sont sorties, on avait potentiellement encore deux joueurs à aller chercher mais compte tenu du coût des gros déplacements, le recrutement a été clos." Batiste Deffiet se souvient des mots de son président, qui ne l’a "pas laissé s’enflammer" sur les recrues, un brin nostalgique : "On a eu des appels du pied de pas mal de joueurs auxquels on a été obligé de dire qu’on ne pouvait pas assumer leur venue. C’est dommage, on aurait bien aimé, mais si c’était pour les payer trois mois et ne pas enchaîner…"

Le président, polo blanc, un rang en-dessous du capitaine et entouré de son effectif 2020-2021
Le président, polo blanc, un rang en-dessous du capitaine et entouré de son effectif 2020-2021 © Stade Langonnais rugby

Boulot, rugby, (peu de) dodo

Le Stade Langonnais a toutefois "recruté sur les deux trois postes qu’il fallait" et "compte sur les joueurs de l’année dernière", poursuit l’entraîneur des trois-quarts. Sur les quinze hommes qui débuteront face à Beauvais, dimanche, seulement deux n’étaient pas dans l’effectif l’année passée. Parmi eux, "des maçons, des charpentiers, des plombiers, liste le capitaine Yann Dessis, policier municipal. Nous sommes amateurs." Autant de joueurs qui ont dû s’organiser avec leur employeur pour se libérer du samedi au dimanche, lorsque les déplacements l’exigent.

Certains, comme Bastien Triat, l'ont même prévu dans leur contrat de travail : "Normalement j’ai des astreintes mais je n’en fais pas parce que, avec le rugby, quand on part en déplacements, c’est tout un week-end." Les autres ont dû anticiper le calendrier afin de s’organiser, avec plus ou moins de difficultés. Et tous devront "assumer d’aller travailler le lundi, rappelle Yann Dessis. Ce qui est dur, c’est d’enchaîner la semaine d’après. Quand on se tape dix ou douze heures de bus dans un week-end, il faut aller travailler le lundi et être le mardi à l’entraînement donc les organismes sont sollicités." Bastien Triat, qui se souvient des longues heures où il a essayé de trouver une position pour dormir dans le bus, acquiesce : "Quand tu rentres, tu es éclaté. Et quand tu as une vie de famille… tu ne fais rien."

Bastien Triat, troisième ligne langonnais, vêtu de rouge et blanc depuis ses quinze ans
Bastien Triat, troisième ligne langonnais, vêtu de rouge et blanc depuis ses quinze ans © Stade Langonnais rugby

À la frontière entre les mondes professionnel et amateur

C’est toute la complexité de l’élite du rugby amateur. "De nos jours, en Fédérale 1, tu as le cul entre deux chaises, continue Bastien Triat, vice-champion de France de Balandrade en 2012-2013. Tu n’es pas professionnel, tu travailles à côté et tu fais des déplacements comme les professionnels." En équipe première, les joueurs touchent un somme d’argent fixe, mais ne peuvent pas s’en contenter pour vivre : "Ce n’est pas un salaire, complète Batiste Deffiet. Je ne suis même pas sûr qu’il y ait trois ou quatre joueurs qui touchent un Smic."

Les Langonnais travaillent donc le jour et s’entraînent le soir, trois fois par semaine, pendant une heure et demi. "Je ne pense pas que tous les joueurs bossent là-bas (dans certaines équipes de la poule), ajoute le kinésithérapeute. Même Niort, je pense qu’en une journée le mardi ils s’entraînent plus que nous la semaine. Donc sur le papier, on ne se bat pas avec les mêmes armes." Le Stade Langonnais va toutefois "tenter de faire ch... ses adversaire" cette saison, selon ses mots.  Une envie partagée par Bastien Triat : "On est considérés comme le petit poucet parce qu’on vient de monter mais on est une équipe avec du mental et on ne se laissera pas abattre, c’est sûr et certain."

Avant de rejoindre l'équipe première, Batiste Deffiet entraînait les Espoirs du Stade Langonnais.
Avant de rejoindre l'équipe première, Batiste Deffiet entraînait les Espoirs du Stade Langonnais. © Crédits photo : Stade Langonnais rugby.

Objectif maintien, option phase finale

Bastien Triat espère ainsi éviter les retours délicats en terre girondine. "L’aller, dans le bus, c’est bien. On passe des moments ensemble, on joue aux cartes, c’est sympathique, on déconne. Le retour, en fonction des résultats, ce n'est pas pareil." Pour cela, les Langonnais s'appuieront sur un jeu de vitesse basé sur le mouvement, qui a fait des merveilles en Fédérale 2, même si la Fédérale 1 propose un tout autre rugby. L'entraîneur des trois-quarts, Batiste Deffiet, précise : "L’idée, c’est d’être dans la conservation, d’attaquer les zones au large, de ne pas systématiquement affronter une défense mais plutôt d’attaquer les zones si elles ont été laissées libres." "En tous cas, c’est ce qu’on va tenter, tempère le président. Si on fait comme les autres à vouloir défier physiquement, je serai inquiet."

Julien Perrot reste prudent, à l'approche de la saison : "L’objectif n°1 c’est le maintien. Et l’objectif n°2, c’est pourquoi pas aller jouer un ou deux tours en phase finale." Batiste Deffiet, en tous cas, ne se satisfera pas d'un maintien au plus haut niveau du rugby amateur : "En tant que joueurs, on ne peut pas se contenter de ça. On ne va jamais lâcher un match, on ira casser les c... à tout le monde. On ne se fait pas de bile, on sait très bien qu’on ne va pas tous les gagner mais je ne me vois pas faire une seule impasse. Même si les équipes mettent des grosses branlées à tout le monde, il va falloir qu’ils se grattent le truc." Le message est passé.