XV de France

Pourquoi jouez-vous au rugby ? Une chronique de Cédric Beaudou

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Ce vendredi, dans le Midol, le vert, je tombe sur cette phrase de Wayne Smith, l’entraîneur des All Blacks à l’origine de la reprise en main des néo-Zélandais, quand ils furent confrontés aux dérives comportementales de certains joueurs, dans les années 2000 : « De meilleures personnes font de meilleurs joueurs. »  C’est sur cette conviction que s’est construite la renaissance des All Blacks : de meilleures personnes, de meilleurs joueurs… N’y a-t-il pas là de quoi interpeller le rugby français ? N’y a-t-il pas là de quoi remédier à la crise d’identité qui le mine depuis une dizaine d’années ?

Les problèmes actuels du XV de France, tant sur le terrain qu’en dehors, ne sont que les symptômes d’un mal profond qui s’est immiscé dans toutes les strates de ce sport. Je me rappelle cette question posée en 2001 par Attitude Rugby à quelques légendes : « Pourquoi jouez-vous au rugby ? »
J’avais été frappé par la richesse des réponses. Il y était question de passion, d’enfance, de nostalgie, de convivialité, de don de soi, de respect, de solidarité, d’intelligence, de combat, de compétition, d’émotions, de rencontres, de copains… Et de jeu.

Pourquoi jouez-vous au rugby ? Une question simple peut générer des trésors de réponses. Mais on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise :  je n’ose imaginer ce qu’elles seraient aujourd’hui tant j’ai le sentiment qu’il est impossible d’évoquer les valeurs fondamentales de ce sport sans se faire tancer ou être l’objet de moqueries.
 
Elle est sans doute là, la plus grande défaite du rugby français : dans l’incapacité à empêcher les dérives consécutives à l’avènement du professionnalisme. De cela, c’est Fabien Pelous qui parle le mieux : « Tout à coup, la machine s’emballa avec l’arrivée du professionnalisme ; toute notre tradition rugbystique était remise en cause. Les grandes aventures humaines inhérentes aux grands exploits de ce sport étaient en passe de disparaitre au profit d’échanges mercantiles de joueurs. Le temps passe et toutes ces valeurs restent. Le rugby évolue dans ses structures mais il reste des valeurs incontournables pour le pratiquer. »
 
À la lumière de ce témoignage, se révèle la pertinence de quelques questions laissées en suspens au moment où le rugby français passait d’un monde à l’autre. Quels garde-fous ? Quel développement ? Comment attirer de nouveaux licenciés ? Comment les accompagner ?
 
Aujourd’hui, présidents et dirigeants sont plus médiatiques que leurs joueurs. Le marché des transferts singe celui du foot. Les joueurs sont détectés et recrutés de plus en plus jeunes. Pour quel résultat ? Il est temps de se rappeler qu’un joueur de rugby n’est pas un salarié comme les autres, que sa singularité fait sa richesse. Il est temps de se rappeler qu’un joueur de rugby, c’est autre chose, ce doit être autre chose : une meilleure personne. Parce que « les meilleures personnes font les meilleurs joueurs. »