Pauline Bourdon : "Le coté humain du rugby me manque"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Bourdon edf france rugby féminine
La demi de mêlée du XV de France Pauline Bourdon | GAIZKA IROZ / AFP

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Elle n’a peut-être que 24 ans, mais la demi de mêlée Pauline Bourdon est devenue l’une des figures incontournables de l’Equipe de France de rugby. En 2019, la joueuse de l’AS Bayonne a reçu de multiples distinctions dont l’Oscar de la "Meilleure joueuse Française", décerné par le Midi Olympique, et le Prix de "la Meilleure joueuse Française" lors de la Nuit du rugby. La même année, Pauline fait partie des nominées pour le titre de "Meilleure joueuse de rugby à XV du monde", pour la deuxième fois de sa carrière. Aujourd’hui, elle revient pour nous sur ses conditions de confinement et sur son envie de reprendre le rugby.

Pauline, cela fait maintenant un peu plus de quatre semaines que le confinement a débuté, comment ça va de votre côté ?
Pauline Bourdon :
"Ça va plutôt bien ! J’essaye de m’adapter comme je peux, ce n'est pas toujours facile, mais j’ai la chance d’être dans un petit village à la campagne, alors je peux sortir un peu et profiter de faire des activités à l’extérieur, en famille. Par rapport à certaines filles du club qui sont dans des appartements, je ressens moins le confinement et l’enfermement."

C’est important d’être en famille  ? 
PB : "Oui, c’est toujours mieux d’être entourée par sa famille, mais dans tous les cas je ne me voyais pas rester toute seule dans mon appartement à Bayonne, confinée. Si j’y avais été obligée, je l’aurais fait, mais je préfère être avec eux." 

Que faites-vous de vos journées ? Avez-vous besoin de faire des plannings pour vous donner des repères ? 
PB : "Je n’ai pas forcément créé de planning, mais par exemple tous les matins je me lève vers 9h30 - 10h00 Une fois que j’ai déjeuné, je fais mon sport jusqu’à 12h00 - 12h30. Ensuite, pour le reste de la journée, ça dépend de ce que je dois faire ici : soit il faut tondre et je tonds, soit il faut peindre et je peins. Le planning se fait sans le vouloir, je sais que le matin c’est sport, l’après-midi c’est activité et le soir c’est faire à manger et ensuite dormir. [rires] Malheureusement, il n’y a pas plus à faire en confinement."

"Le plus pénible ça reste quand même d'être seule"

Avec votre club l’AS Bayonnaise ou avec l’Equipe de France vous avez un emploi du temps à respecter, est-ce qu’au début du confinement vous avez été déboussolée de ne plus avoir de cadre ? 
PB :
"Au début, cela n’a pas été forcément facile. J’ai mis une semaine à trouver mon rythme et à savoir comment j’allais occuper mes journées. Je ne savais pas non plus à quel moment j’allais faire mon sport, ce qui me convenait le mieux alors j’ai essayé le matin, puis l’après-midi et finalement je préfère le matin." 

Faire du sport dans une maison ce n’est pas forcément commun, surtout en période de confinement, avez-vous spécialement aménagé un espace chez vous ? 
PB : "Alors ça change, soit c’est dehors, soit je le fais dans le salon. Ça change en fonction des séances que j’ai à faire et aussi du temps qu’il fait dehors, surtout. […] Ce n’est pas gênant, mais le plus pénible ça reste quand même d’être seule. Quand on fait les séances seule, on a moins envie et surtout on n’a pas la motivation du groupe. Après on sait que ça va être long donc il faut s’adapter et on se doit d’être sérieuse sur ça, pour ne pas être à la ramasse au mois de septembre quand on va reprendre." 

"Ce qui me manque aussi c’est de ne plus voir les copines"

En attendant la reprise, avez-vous de nouvelles habitudes ou de nouvelles activités pour pallier le manque du rugby ? 
PB : "[Rires] Euh…je fais beaucoup plus la sieste et je ne me serai jamais autant reposer que maintenant, donc ça c’est une bonne chose ! Je me mets à cuisiner davantage et j’espère que ça me restera pour l’après confinement. Mais sinon comme tout le monde je regarde des séries et je tente de m’occuper comme je peux. Il faut trouver de nouvelles occupations mais c’est pas forcément facile, on tourne vite en rond malgré tout. [rires]."

Qu’est-ce qui vous manque le plus actuellement ? 
PB : "Forcément de toucher au ballon. J’essaie de me mettre quelques exercices de passe, mais ça n’a rien à voir avec les vrais entraînements. Ce qui me manque aussi c’est de ne plus voir les copines et de ne pas pouvoir rigoler avec elles, aller à l’entrainement avec la banane et sortir deux ou trois blagues. [rires]. Le coté humain du rugby me manque. Je veux jouer, plaquer et m’amuser avec les copines." 

L’arrêt du Tournoi des VI Nations a été assez brutal pour vous, est-ce qu’il y a malgré tout un moment particulier que vous gardez en mémoire ?
PB : 
"Nous étions en Ecosse, tout le monde était appliqué, et nous savions que nous allions faire un bon match. La veille du match, il y a la remise des maillots, extraordinaire, et puis on nous annonce qu’on ne jouera pas le match parce qu’il y a des filles de l’équipe d’Ecosse qui ont été contaminées par le coronavirus. Il est 21h30 veille de match, et on nous apprend qu’on ne jouera pas cette rencontre. C’est quelque chose qui m’a marqué. […] Sur le coup, tout le monde est un peu affolé parce qu’on ne sait même pas si on va pouvoir rentrer. Et puis le dimanche nous sommes rentrées et nous étions soulagées d’être en France. A un an de la Coupe du Monde ça aurait été intéressant de jouer un tournoi en entier mais malheureusement c’est la vie qui veut ça, à ce moment là on subit la situation." 

Suite à l’arrêt du Tournoi, vous apprenez également que votre saison en Top 16 [Elite 1, chez les féminines], ne reprendra pas, comment avez-vous réagi ? 
PB : "Forcément c’est toujours dur, on a fait notre préparation juillet - août pour pouvoir faire une saison complète, donc c’est toujours compliqué d’apprendre que la saison en cours est terminée. Maintenant, il faut se préparer pour la prochaine, on va repartir et essayer de trouver des améliorations pour être plus performantes et repartir de plus belle en septembre." 

"Il ne faudra pas subir à la reprise en club"

Comment appréhendez-vous les prochains mois qui arrivent ? 
PB : "Déjà on va repartir au travail une fois le confinement levé, j’espère qu’on pourra reprendre les entraînements le plus tôt possible pour revoir du monde, rejouer avec les copines et si on ne peut pas et bien on continuera à s’entraîner individuellement. Peut-être aurons nous le droit de nous entraîner en petit groupe, programmer des jours pour faire du physique ensemble. Mais tout va vite s’enchaîner. J’ai vu qu’il y allait avoir un changement de calendrier et de poule, donc la saison prochaine sera différente et plus compliquée, il ne faut rien lâcher. L’objectif maintenant c’est de toutes se maintenir physiquement pour ne pas subir à la reprise en club."  

Comment vivez-vous cet éloignement forcé de vos coéquipières ? 
PB : "On a la chance d’avoir les téléphones portables et les réseaux sociaux. [rires] On communique pas mal et on essaye de s’appeler le plus souvent possible pour avoir des nouvelles, savoir si tout le monde vit bien la situation et s’assurer qu’aucune fille ne soit mal chez elle par rapport au confinement. C’est important de garder le lien que nous avons tout au long de l’année, même maintenant." 

Avez-vous déjà pensé à ce que vous souhaiteriez faire une fois le confinement terminé ?
 PB : "[Rires] J’y ai réfléchis oui et non, mais au moins j’aimerais me retrouver avec quelques copines autour d’une petite bière, ça ferait plaisir.  Après, je suis contente, parce qu’il y a une possibilité pour que je puisse reprendre le travail, le 11 mai *. Ce qui veut dire que j’aurai un autre rythme de vie. […] Actuellement, je suis arrêtée, je n’ai pas encore été réquisitionnée donc j’attends. Ma vie quotidienne me manque aussi, être entourée par d’autres personnes que mon entourage actuel en confinement, voir mes collègues, tout ça me manque.Pour le moment, je garde mes habitudes de confinement : faire du sport, cuisiner, faire la sieste, regarder des séries, bricoler. [Rires] Et puis dès qu’on pourra repartir au travail et bien je serai plein gaz."

*Pauline Bourdon est salariée à mi-temps de la Fédération de Rugby mais aussi de la Mairie de Bayonne dans le secteur périscolaire. 

Inès Hirigoyen InesHrg