Marine et Romane Ménager, les jumelles du XV de France, racontent leur confinement

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Marine et Romane Ménager
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57 sélections ! C’est ce que « pèsent » à elles deux, Marine et Romane Ménager au sein de l’Equipe de France de rugby féminin. Les jumelles sont sans doute les sœurs les plus connues de la discipline. Et pour cause, au rugby, les sœurs font tout ensemble. Joueuses en élite 1 avec Montpellier et championnes de France en titre, elles font partie du groupe des Bleues qui ont disputé le tournoi des Six Nations cette année. Seul leur poste les différencie, Marine au centre et Romane en troisième ligne. Pour nous, les jumelles reviennent sur leur confinement et leur colocation à temps plein.

Comment allez-vous et comment se passe votre confinement à deux ?
Marine Menager :
"Ça se passe plutôt bien. Je suis avec Romane, sur Montpellier, et une amie du club qui est venue habiter chez nous, parce qu’on a un appartement assez grand avec une terrasse. C’est toujours plus facile d’être confinée ici que dans un petit studio."

Romane Menager : "Ça va bien, on essaie de trouver des choses à faire pour s’occuper, faire passer le temps. On prend un peu notre mal en patience. C’est long, mais on s’y fait."

Comment se passe votre cohabitation à plein temps ?
Romane  :
"On habite ensemble depuis pas si longtemps. En général, soit nous sommes chez nos parents, soit en sélection avec l’Equipe de France et donc entourées par les filles du XV. Quand on est chez nous, à Montpellier, on a toujours une amie à la maison, alors ça fait bizarre d’être aussi souvent ensemble, rien qu’à deux quasiment, mais ça se passe plutôt bien. On vit très bien ensemble. Ce qui est chouette c’est qu’on se connait par cœur. Parfois, il y a des jours où il ne faut pas que je parle à Marine, je le vois, alors on fait notre petite journée chacune de son côté, notre appart est assez grand pour ça [rire]. Et ça se passe plutôt très bien !"

Marine : "Les quatre premières semaines ont été plutôt faciles, nous avons réussi à mettre un rythme de vie en place, mais depuis la deuxième annonce du Président de la république nous avons eu un peu plus de mal. Nous avons eu un passage à vide nous disant « qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? », nous avions l’impression d’avoir fait le tour des choses à faire. Alors, il faut se réinventer pour trouver de nouvelles activités, sachant qu’on avait déjà bousculé nos habitudes pendant les quatre premières semaines, pour changer les choses et ne pas tomber dans la routine. C’est vrai que depuis la deuxième annonce, ça n’a pas été évident."

A-t-il été difficile de passer d’un quotidien très rythmé avec un planning cadré par le rugby à des journées « sans » repère à cause du confinement ?
Marine :
"C’est tout nouveau pour nous, nous avons toujours nos calendriers et nos créneaux d’entrainement bien définis. Dans un sport collectif, comme le rugby, c’est le même emploi du temps pour tout le monde. Là on essaie d’avoir un schéma de vie plutôt habituel depuis le début du confinement. Nous sommes de bonnes dormeuses, donc on met le réveil 9 heures et on se lève tout doucement. On prend le temps de faire des choses qu’on n’avait pas l’habitude de faire. Par exemple, le matin on se pose devant la télé pour prendre notre petit déjeuner calmement. D’habitude, on a une vie à 300 à l’heure : on se lève, on s’habille, on part en cours ou alors direction l’entraînement et on n’a pas le temps de cogiter. Là, c’est vrai qu’on a peut-être même trop de temps [rires]. En tout cas, on essaye de garder toujours le même rythme."

A quoi ressemble une journée type chez vous ?
Romane
: "Le matin, après notre petit déjeuner, on bosse un peu nos cours ou alors on s’occupe de l’appartement. Ensuite, tous les après-midi on fait au moins une séance de sport, que l’on adapte en fonction de ce qu’on a fait avant dans la journée et de notre état de fatigue."

Marine : "Le soir, en général, c’est stretching ou yoga. On essaie de s’organiser les mêmes journées, sauf le week-end ou c’est un peu plus light." [rires]

"Qu’on soit isolées ou non, nous sommes toujours à deux"

Ça vous permet d’éviter de trouver le temps long ?
Marine :
"Malgré tout, le temps est super long ! Ce qui nous manque le plus, à nous, c’est de voir des gens. Dans un sport collectif, on a l’habitude de voir du monde tous les jours. Je me suis rendue compte aussi que chez nous, avec Romane, il n’y a pas une semaine où nous n’invitons pas quelqu’un à manger. Là, on n’a plus ce rythme, on ne voit plus les filles à l’entraînement, on a perdu notre vie d’avant. Ne pas voir de monde, c’est ça le plus dur à gérer. Nous avons toujours été habituées à vivre en groupe, alors se retrouver à 3, c’est le plus gros changement de vie de notre confinement. Le groupe, le collectif ne rythme plus nos journées. On s’est rendu compte qu’on avait vraiment besoin de cette vie de groupe pour être totalement épanouies."

Justement, se retrouver avec sa sœur jumelle, joueuse internationale de rugby, est-il un atout ?
Marine : "Oui, carrément. Après avec Romane, qu’on soit isolées ou non, nous sommes toujours à deux. C’est toujours plus facile, parce que nous avons les mêmes manques, par rapport à la famille notamment. Nous sommes pareilles toutes les deux ! Nous pouvons parler facilement, même si nous ne sommes pas très démonstratives sur nos sentiments dans la famille. On sait comment on fonctionne et c’est toujours plus simple, on ne se prend pas la tête, on est plutôt tranquille quand on est avec sa sœur jumelle."

Romane  : "Oui ! Nous on se ressemble sur plein de choses et on se comprend bien. C’est assez facile de pouvoir discuter, se changer les idées à chaque fois que ça ne va pas très bien. […] Tous les joueurs et joueuses de rugby, peu importe le niveau, on va tous dire que ce qu’on aime dans le rugby c’est le jeu, certes, mais aussi le fait d’être ensemble, avec nos coéquipiers et de pouvoir partager des moments enrichissant ensemble. Là, le fait de passer de grands moments à rester chez soi enfermées, ce n’est pas toujours évident et parfois ça met quelques coups au moral."

Plusieurs joueuses et joueurs de rugby nous ont dit que la solitude était difficile à gérer notamment au sujet de la motivation nécessaire pour s’entraîner tout(e) seul(e). Vous ressentez la même chose ou le binôme que vous formez l’une avec l’autre est votre motivation ?
Romane  :
"Je pense que c’est un atout, complètement. Nous avons l’habitude de nous entraîner avec des gens. Être en groupe ça te motive, surtout quand, toi, tu n’as pas vraiment envie. Ça booste, en étant seule c’est plus compliqué. Moi quand j’ai pas trop envie, je sais que Marine est là et qu’elle me pousse, et vice versa. Je pense que c’est vraiment cool qu’on puisse être ensemble en confinement et qu’on puisse s’aider sur ce point-là. Toute seule, ça aurait été compliqué de s’entraîner."

Marine : "Ça nous aide vachement ! Nous, joueurs et joueuses de rugby professionnels ou amateurs, en général, quand on fait de la préparation physique c’est parce qu’on a un objectif derrière et qu’on se dit « je me prépare pour telle date ». Maintenant, ce qui se passe et qui est hyper dur à vivre, c’est qu’on fait de la prépa physique sans objectif. C’est ça qui est compliqué pour se motiver. En général, ce qu’on aime dans le rugby ce n’est pas s’entraîner mais les matchs et les jours-J. La relation qu’on a avec Roro ça aide pour se motiver. Quand j’ai un coup de moins bien un jour et bien elle est là pour me motiver, ou l’inverse. C’est beaucoup plus facile et ça motive bien plus d’être ensemble."

Est-ce qu’il y en a une qui motive plus l’autre ?
Marine  :
"Romane me motive peut-être un peu plus. Moi, si j’aime le rugby c’est parce que je joue. J’ai un peu de mal à voir la préparation physique comme un jeu. Je sais que c’est bien pour mon corps, mais Romane aime plus ça que moi."

Romane : "La préparation physique et l’alimentation sont deux choses qui m’intéressent, et je pense que ça motive Marine de me voir faire. Elle m’accompagne sur les séances de physique et je pense qu’elle prend quand même du plaisir à les faire avec moi."

"Vivement le moment où ça reprendra"

Vous savez depuis plusieurs semaines que votre saison est terminée, que le retour aux entraînements risque d’être compliqué, comment appréhendez-vous les prochains mois ?
Romane :
"On va devoir s’habituer à la frustration de ne pas pouvoir s’entraîner avec nos coéquipières. Actuellement, ça fait depuis le mois de mars qu’on a arrêté, le plus dur c’est qu’on ne sait pas quand nous pourrons reprendre notre rythme de vie habituel. On se tient au courant, on essaye de partager des petits moments au téléphone avec les filles du club et ça nous aide à tenir. Après on attend vivement le moment où ça reprendra."

Marine : "Après, nous n’avons qu’une hâte : c’est de pouvoir se déplacer au-delà des 100km, pour pouvoir aller voir notre famille ! Ils sont tous à Lille, à l’autre bout de la France. Ce n’est pas évident d’être loin, et ça a sans doute été pour nous l’annonce la plus dure de ne pas pouvoir se déplacer au-delà de cette limite. Ça fait un petit bout de temps que nous n’avons pas vu notre famille, nos parents. Nous allons manquer les un an de notre filleule. Ce sont des détails, mais qui jouent beaucoup. Au final, ça ne changera pas trop de chose à notre vie d’avant le confinement parce qu’on ne pourra peut-être pas aller voir notre famille dans les prochains mois qui arrivent."

Votre quotidien est également rythmé par vos études : comment gérez-vous cette période en tant qu’étudiante ?
Romane :
"Moi, je suis un cas particulier parce que je vais me réorienter, au niveau de mes études. Je suis en pleine période de réflexion sur ce que je voudrais réellement faire. Actuellement, je suis en lien avec quelqu’un qui m’aide à trouver ce que je voudrais faire et à chercher des formations pour la suite. Je suis en pleine réflexion et le fait d’être en confinement me donne le temps d’y penser vraiment." 

Marine [étudiante en psychologie] : "Pour moi le confinement a facilité les choses. En étant sélectionnée pour le Tournoi des Six Nations, je savais que je n’allais pas pouvoir retourner en cours pendant plusieurs semaines. En général, quand cette compétition est terminée, je dois rattraper les semaines ratées et, en plus, suivre celles qui arrivent. C’est un rythme très soutenu à la fin du tournoi. Cette année, je dois rattraper les cours et préparer mes examens mais uniquement sur les six premières semaines du semestre. Le 11 mai, à la sortie du confinement, j’aurai des examens à distance, c’est très particulier.[…] C’est pas facile de trouver la motivation pour les cours. Le plus dur c’est de me plonger dans les cahiers et préparer mes partiels mais c’est une formation qui m’intéresse vraiment et j’ai envie de réussir ! J’ai commencé un peu sur le tard, je ne suis qu’à ma deuxième année alors que je vais avoir 24 ans cet été. Je me motive comme je peux en me disant que cette formation est très importante pour ce qui m’arrivera après ma carrière dans le rugby."

Dernière question, quelle serait la première chose que vous souhaiteriez faire à la fin du confinement ?
Marine :
"J’irai voir les copines du club, parce qu’elles ne sont pas loin de chez nous et qu’elles nous manquent beaucoup. On se voyait quasiment tous les jours avant le confinement. C’est ça l’une des premières choses que je souhaiterai faire."

Romane [Rires] : "Je savais que cette question allait arriver et je ne sais pas s’il y a quelque chose de spécial que j’aurai envie de faire à part retrouver mes ami(e)s et passer des moments avec eux. Aller marcher dehors, me promener, faire des randonnées, prendre l’air et voir des gens. C’est tout ce qu’il me faut à la sortie du confinement. Rien de plus."

Revoir ce reportage TLS datant de 2017 :

Inès Hirigoyen InesHrg