Lièvremont au début de la construction

Publié le , modifié le

Joueur, il avait disputé la Coupe du monde 1999. C'est la première (et sans doute la dernière) qu'il disputera en tant que sélectionneur. Marc Lièvremont, au début de la préparation du XV de France, fixe le cap: "Il faut un investissement de tous les instants. (...) J'attends une forme d'exemplarité du groupe en interne, mais aussi vers l'extérieur et surtout du plaisir." Et de glisser: "Même si on a essayé de tout planifier, on n'est pas à l'abri de petits aléas."

Trente-trois joueurs, des blessés, des conditions physiques différentes, un amalgame à trouver, une cohésion à créer, une performance à viser, une confiance à donner. Voilà une partie des préoccupations de Marc Lièvremont dans les trois prochains mois. De la préparation collective débutée mardi au premier match du XV de France le 10 septembre contre le Japon, il n'aura pas de temps à perdre pour affiner ses choix, trancher, et tout mettre en place pour sublimer le travail commencé voici près de quatre ans. "Quand on démarre ce type d'aventure de trois ou quatre ans, on n'est pas forcément au fait de la difficulté, et je pense que cette difficulté est allée crescendo", estime-t-il. "Ca fait pas mal de temps que j'attendais ce moment-là, le début de cette aventure. Il y a un peu de tout, de l'excitation, de la concentration, de la vigilance aussi, car on n'a pas envie de rater le départ. C'est ma première Coupe du monde, c'est la première pour beaucoup de joueurs autour de moi. On travaille sur ce cadre de planification depuis plusieurs mois, mais malgré tout, même si on a essayé de tout planifier, on n'est pas à l'abri de petits aléas."

Les aléas n'ont pas manqué depuis sa prise de fonction, et ils n'ont pas manqué non plus ces derniers mois. Les blessures, les contre-performances, les conflits, rien ne lui a été épargné, et ce début de stage se fait avec un groupe de valides et beaucoup de blessés (Domingo, Servat, Rougerie, Barcella, Szarzewski, Harinordoquy, Ouedraogo, Mermoz, Traille). "Il y a un programme adapté en concertation avec le staff médical", explique le sélectionneur. "Tout le monde bosse, c'est ce qui est intéressant. Evidemment, en fonction de la nature des blessures, on adapte le travail. Pour certains, en piscine, en musculation pour tous en fonction des membres inférieurs ou supérieurs touchés. Ce qui est intéressant, c'est qu'on est globalement en avance. Ce qui est contraignant, c'est qu'on a des joueurs qui sont arrivés encore un petit peu abîmés après leur saison de Top 14." A un moment, tous devront être sur le même rythme, tous devrons être au même niveau. Et le programme est bien précis: "Il y a un premier cycle de trois semaines. La trame, c'est vraiment un gros travail de développement de puissance et de force musculaire. Il y a un gros travail aussi en terme énergétique. Mais déjà, on a souhaité très vite toucher au ballon, faire du rugby plutôt sous la forme de la technique individuelle: ateliers de passes, jeu dans la défense, attitude au contact, jeu au pied. Déjà un peu de conquête aussi. Après ce cycle de trois semaines, les tendances vont un peu se croiser, il y aura un peu moins de charge physique, on développera plutôt la puissance et la vitesse et on travaillera sur l'organisation rugbystique. Avant le troisième stade qui concernera toujours le développement des qualités athlétiques des joueurs mais avec les deux matches de préparation contre l'Irlande (13 et 20 août). Et presque une quatrième phase avec les 10 derniers jours avant les premiers matches (de la compétition)."

Gérer cette montée en puissance logique, faire en sorte que tout le monde soit concerné et mobilisé, voilà l'une des tâches de Marc Lièvremont. Avec son staff, il doit presque effacer tout ce qui s'est passé ces derniers mois, un Tournoi des VI Nations terne, une claque historique en novembre dernier contre les Wallabies... "Il faut se dire que, même si on a eu une saison compliquée, c'est autre chose qui démarre", dit-il. "Tout ceux qui ont déjà vécu une Coupe du monde iront dans mon sens. C'est une nouvelle aventure qui a démarré il y a deux jours, il faut un investissement de tous les instants. Il ne faut pas se dire que la Coupe du monde débute le 10 septembre (date du premier match France-Japon) ou à partir des quarts de finale, mais maintenant. Il faut donner du sens à ce que chacun fait dans son quotidien, pour lui, pour son développement personnel physique mais aussi intérieur, et pour les autres aussi. J'attends une forme d'exemplarité du groupe en interne, mais aussi vers l'extérieur et surtout du plaisir. On est partis pour quatre mois d'une aventure sportive et humaine qui, je l'espère, va être magnifique."