France Fidji Yachvili Ouedraogo Lapandry 11 2010
Les Français Yachvili, Ouedraogo, Lapandry et Harinordoquy mettent la pression sur un Fidjien | AFP - Franck Fife

Le XV de France ne progresse plus

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Il ne faut pas s'y tromper. Les deux succès acquis en tests-matches contre les Fidji (34-12) à Nantes et l'Argentine (15-9) à Montpellier ne lèvent pas pour autant les doutes sur le niveau réel d'une équipe de France dont on ignore toujours le potentiel. A 10 mois de la Coupe du monde, il n'y a pourtant plus de temps à perdre.

Après le Grand Chelem réalisé cet hiver, beaucoup d'observateurs pensaient le XV de France enfin lancé à toute allure vers le Mondial 2011 en Nouvelle-Zélande. Une tournée d'été complètement ratée puis deux prestations très moyennes pour un candidat déclaré au sacre planétaire plus tard, le constat est accablant. Les Bleus ne jouent presque pas. En tous cas, trop peu pour susciter l'enthousiasme des supporters qui en ont assez de voir Thierry Dusautoir et ses coéquipiers engoncés dans un rugby restrictif en totale contradiction avec le rugby séduisant prôné par le staff tricolore.

Nous avions déjà tiré la sonnette d'alarme en mars dernier lorsqu'une victoire ric-rac sur l'Angleterre avait offert un neuvième Grand Chelem à la France. Un Grand Chelem en trompe l'œil face à des équipes en reconstruction (Angleterre, Écosse) ou en fin de cycle (Irlande, Galles). Peut-être le Grand Chelem le moins beau et le moins probant de l'histoire du XV de France. Une performance acquise au forceps, grâce à un pack dévastateur et la botte de Morgan Parra. Pas avec une farandole d'essais. D'ailleurs, le rappel à l'ordre est arrivé en juin avec deux déroutes en Argentine (41-13, record historique) et en Afrique du Sud (42-17). Une tournée d'été indigne du statut d'une équipe qui souhaite développer un jeu attractif. 

Trop irrégulier, peu emballant

Les deux premiers matches de novembre viennent corroborer les analyses tenues à l'époque. Que ce soit face aux Fidji ou contre les Pumas, les hommes de Marc Lièvremont ont livré une prestation très moyenne. Globalement bons sur les fondamentaux (défense, mêlée, touche, ballons portés), les Français ont peiné dès qu'il a fallu envoyer la balle aux ailes. Peu de franchissements, des initiatives trop rares et mal calibrées, des fautes de main, des approximations tactiques… Que de scories ! Certes, la pluie n'a rien arrangé mais il ne faut pas s'attendre à ce qu'il fasse très beau à l'automne 2011 au pays du long nuage blanc. A seulement huit matches du début de la Coupe du monde, le style de l'équipe de France ne semble toujours pas vraiment défini.

Par rapport aux promesses faites en janvier 2008 d'un jeu tout feu tout flamme, le bilan reste fade. Hormis quelques belles agapes -hélas sporadiques (un succès chez des All Blacks amputés de nombreux joueurs, une copie superbe devant les Springboks en 2009), que de rencontres ternes quand il ne s'agissait pas de purge (les matches de l'automne contre l'Argentine ou certains duels avec Italiens et Écossais en premier chef). Le constat est cruel mais il ne faudrait pas faire croire aux fans des Bleus que tout va se régler comme par enchantement avec la préparation finale du Mondial qui commencera en juillet prochain. Le potentiel joueurs (Jauzion, Dusautoir, Rougerie, Mas, Parra) semble assez costaud pour amener les Bleus dans le dernier carré de la compétition.

Mais penser qu'on peut enchaîner trois victoires de suite contre des nations majeures (Angleterre ou Argentine en quarts, Australie en demie et Nouvelle-Zélande en finale selon le tableau prévu) et devenir champions du monde en continuant à balbutier notre rugby, ce sont des fadaises. Même si le XV de France arrive préparé comme jamais, affûté, plein d'envie et doté d'un huit de devant qui a peu d'égal au monde, l'absence d'un vrai fond de jeu peut s'avérer fatal quant on sait les qualités collectives affichées par les Blacks et les Wallabies pour ne citer que les meilleurs. Il est grand temps que les joueurs comme l'encadrement en prennent conscience sous peine d'une grave désillusion. Dès samedi contre la redoutable Australie.