L'ailière du XV de France Cyrielle Banet : "Ce qui est compliqué c'est d'être dans l'attente"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Cyrielle Banet France pays de Galles
Cyrielle Banet lors du dernier pays de Galles - France | Anne-Christine POUJOULAT / AFP

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Cyrielle Banet, ailière du XV de France féminin et notamment auteure de quatre essais en deux matchs face à l’Italie et au Pays de Galles, est désormais seule confinée dans son appartement à Montpellier. La joueuse du club Héraultais revient pour france tv sport sur cette période loin de sa famille et de ses ami(e)s.

Cyrielle, cela fait maintenant une dizaine de jours que les Français sont confinés chez eux, comment ça va pour vous ? 
Cyrielle Banet :
"Ça va, ça se passe bien pour l’instant. J’ai décidé de rester sur Montpellier au lieu de retourner dans ma famille. Avec le tournoi et le monde que j’avais rencontré avant le confinement, je ne voulais pas prendre de risque, donc aujourd’hui je suis toute seule, dans mon appartement. Je tourne en rond mais ça se passe bien (rires). […] Après, je suis plutôt casanière, donc le fait de rester chez moi ça ne me dérange pas du tout. Ce qui me dérange plutôt c’est de ne voir personne parce que j’aime recevoir du monde chez moi ou aller chez les gens". 

Quelle est votre astuce pour pallier le manque de visites de vos amis et de votre famille ?
CB :
"Je suis très contente d’avoir un bon téléphone ! Avec les filles de Montpellier on s’appelle une fois par jour pour se voir et surtout savoir si tout le monde va bien. Ça nous permet de rester en contact. Nous avons aussi un groupe sur Snapchat [application de partage de photos et vidéos] sur lequel on s’envoie régulièrement des blagues, on fait aussi des jeux sur d’autres applications mais toujours ensemble. On se divertit comme on peut. Même si je suis quelqu’un de solitaire j’ai besoin de garder ce contact avec mes potes mais aussi avec ma famille. J’essaie d’appeler mes soeurs et mes parents un maximum de fois. Surtout que pour eux c’est compliqué, ils sont un peu inquiets de me savoir seule chez moi. Il faut que je les rassure". 

"Ce qui change c’est que je n’ai plus le rugby et ça, ça me manque"

A quoi ressemble votre nouveau quotidien ? 
CB : 
"Et bien, il n’a pas vraiment changé. Je ne travaille pas, pour l’instant je n’ai que le contrat semi-pro avec le fédération de rugby [depuis novembre 2018]. En fait, mon quotidien à part les entraînements c’était déjà d’être chez moi et de m’occuper, donc je ne change pas vraiment ma routine, sauf que maintenant je n’ai pas le droit de sortir et de voir du monde. Ce qui change c’est que je n’ai plus le rugby et ça, ça me manque". 

On suppose que le sport reste malgré tout présent dans vos journées ?
CB : 
"Oui, c’est présent, mais se motiver toute seule ça reste compliqué. Si je fais un sport collectif c’est parce que j’aime le collectif, donc forcément faire du sport seul chez soi c’est pas ce que je préfère. Mais je suis obligée, il y a des attentes et puis même personnellement vu que l’on reste beaucoup chez soit et qu’on mange, il faut essayer de se maintenir en forme quand même (rires). Après, le coté positif de ce confinement c’est que ça me permet de faire des choses que je ne faisais pas avant comme m’étirer, ou faire du renforcement musculaire".

Vous arrivez à envisager votre retour sur les terrains avec votre club Montpellier ? 
CB : "On y pense, mais on se pose beaucoup de questions et encore plus avec l’annonce du report des Jeux Olympiques. Le problème c’est qu’on a pas trop de réponses, mais tout simplement parce que je pense que les grandes instances n’en n’ont pas non plus. On y pense c’est sur, parce que le rugby quand il fait partie de ton quotidien et que du jour au lendemain tu n’en as plus du tout c’est très compliqué". 

"C'est la meilleure des décisions de reporter les Jeux"

Qu’est-ce qui est compliqué ? 
CB :
"Ce qui est compliqué c’est vraiment d’être dans l’attente. Regarde : le Tournoi se termine bizarrement, c’est la première fois que ça arrive. Nous sommes renvoyées chez nous et trois jours après nous devons être en confinement. Du jour au lendemain, tu passes des entraînements de rugby quotidiens et intensifs, parce que tu es en période de tournoi des VI nations, à plus rien du tout. C’est ça qui est hyper compliqué à vivre quand tu es dans cette démarche de haut niveau et que c’est ton rythme habituel. Tu te retrouves sans réponse, sans rien avoir à faire entre guillemets. Et puis, il faut se dire que pour les clubs féminins les derniers matchs ont été joués au mois de décembre et que c’est bien parti pour que les prochains soient au mois de septembre". 

Concernant le report des JO 2020 par le Comité International Olympique, qu’en pensez-vous ?
CB : 
"Je suis un peu… abasourdie. Ce n’est pas forcément une décision à laquelle je m’attendais. Enfin, je pensais à un éventuel report mais de quelques mois seulement, pas à un report des JO d’un an. Ça me surprend et ça remet beaucoup de choses en jeu. En plus je suis un peu déçue parce que j’adore les JO et attendre un an de plus pour les regarder ça va être long, mais je suis persuadée que c’était la meilleure des décisions à prendre avec la situation actuelle qui est complètement… dingue !"

Vous connaissez bien l’Equipe de France féminine de rugby à 7 [Cyrielle a fait partie du groupe vice-champion d’Europe en 2018], la décision du CIO a du déboussoler les joueuses ?  
CB :
"Même si les filles n’étaient pas encore qualifiées, je pense qu’elles l’auraient été à l’issue du Tournoi Qualificatif Olympique. Je n’avais pas doute sur leur participation aux JO de Tokyo. Je pense que les filles ont été déçues de cette annonce et c’est normal. Quand tu te prépares depuis des mois pour une compétition et que tu apprends qu’elle est reportée d’un an, je pense que c’est compliqué psychologiquement de se préparer à repartir sur un nouveau programme d’entrainement longue durée. Mais encore une fois je pense que c’est la meilleur des décisions que de reporter les Jeux".

Inès Hirigoyen InesHrg