A La Rochelle, Grégory Alldritt rame à domicile

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Grégory Alldritt
Grégory Alldritt | MARTIN BUREAU / AFP

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A 23 ans, Grégory Alldritt est l’une des figures emblématiques du nouveau XV de France. Durant le Tournoi des Six Nations, le troisième ligne a excellé et a même été élu "joueur du match" lors des deux premières rencontres au Stade de France. Confiné à La Rochelle, où il évolue en Top 14, Grégory Alldritt nous décrit son quotidien et revient sur les moments magiques de son Tournoi.

Comment allez-vous et où êtes-vous confiné depuis quatre semaines ? 
Grégory Alldritt  :
"Je suis chez moi à La Rochelle, je ne suis pas descendu chez mes parents, dans le Gers. Le premier mois, honnêtement, s’est bien passé. J’ai trouvé pas mal de choses à faire pour m’occuper. J’ai fait du bricolage autour de la maison, un peu de sport et un peu de cuisine, du coup c’est passé vite. Mais là, il ne reste plus grand chose sur la liste des choses à faire, pour le prochain mois ça risque d’être plus long."

Êtes-vous de ceux qui ont besoin de planifier toutes leurs journées durant ce confinement ? 
GA :
"Sincèrement, non ! Je n’ai pas de planning, je fais mes journées comme je veux et chaque jour est différent. Bien entendu, je fais en sorte de faire du sport un peu tous les jours et après je fais ce que j’ai envie, quand j’en ai envie. Je profite ! Avec le rugby, on a l’habitude de suivre des plannings tout le temps. On les respecte à la lettre, 8h petit déjeuner, 9h musculation, là ça fait du bien aussi d’être tranquille et de choisir ce qu’on veut faire et à quel moment. Je m’autorise quelques grasses matinées, mais parfois je me lève à 8h pour profiter pleinement de la journée, surtout en ce moment où il fait beau à La Rochelle."

"On est dans le flou total, mais c'est la situation qui veut ça"

Désormais vous n’avez plus le rugby pour rythmer vos journées, avez-vous trouvé un passe-temps pour vous occuper ? Il me semble avoir entendu que vous aimiez jouer aux mots fléchés... 
GA :
[Rires] "C’est vrai que j’aime bien les mots fléchés. Je passe beaucoup de temps à en faire, mais pas toute la journée quand même. Après, comme tout le monde je pense, je jardine une fois par jour, je sors dehors, je fais un peu de ménage. Bref, je m’occupe pour ne pas être toute la journée sur mon canapé, sinon là ça serait vraiment long."

Comment faites-vous pour gérer cette période particulière, floue concernant la suite du championnat ? 
GA :
"On est dans le flou total, mais c'est la situation qui veut ça, on n’y peut rien, tous les Français la subissent. Comme tout le monde, on attend les annonces de l’Etat pour savoir ce qu’il va se passer pour les prochaines semaines. Au niveau de la reprise, je ne sais pas du tout comment ça va se passer. Dans tous les cas, les instances qui vont prendre les décisions prendront les bonnes et, dans tous les cas, ils feront des heureux et des déçus."

"Il faut se soutenir et être unis"

Votre club, La Rochelle, fait partie de ceux qui se mobilisent pour les hôpitaux de France, notamment à travers des ventes aux enchères de maillots de certains joueurs. Il est important de prendre part à ce combat ? 
GA : 
"C’est vrai que c’est important parce que nous, nous nous sommes arrêtés et nous avons la chance de pouvoir rester chez nous et nous protéger de ce virus, mais tout le monde n’a pas cette chance. Il faut se soutenir et être unis, il y a des joueurs qui ont pris des initiatives pour récolter pas mal de sous et ça ne pourra qu’aider les soignants de La Rochelle. Notre rôle à nous est de relayer les informations importantes. Certains joueurs sont énormément suivis sur les réseaux sociaux et ont beaucoup d’influence. S’ils font passer des messages, ça peut aider. Il faut montrer que tous ces gestes sont importants et qu’il faut respecter les règles. Nous sommes tous logés à la même enseigne."

Avez-vous toujours des objectifs sportifs avec votre club ou avec l’équipe de France ?  
GA :
"On a reçu de la part de La Rochelle du matériel pour s’entraîner, moi, j’ai récupéré un rameur. Nous avons des séances prévues par les préparateurs, mais il n’y a pas vraiment d’objectif si ce n’est se maintenir en forme.  On sait que, dans tous les cas, après le confinement on reviendra moins en forme qu’avant, alors il faut se maintenir, faire le maximum de notre côté et après il faudra que la période de remise en forme soit la plus courte possible pour retrouver toutes nos performances. De mon côté, j’essaie de faire un peu de rameur, du footing autour de la maison.

En rentrant du tournoi, j’ai décidé de couper totalement pendant 10 jours, je n’ai d’ailleurs pas fait grand chose. Moi qui n’avais pas eu de coupure depuis le mois de novembre, ça a fait du bien de souffler un peu. C’est important de se régénérer, les saisons sont longues et éprouvantes mais on a de moins en moins de temps pour couper. […] Depuis le dernier entrainement avec l’équipe de France, je n’ai pas touché de ballon, ça manque. C’est surtout la compétition qui manque, les entraînements aussi et puis de voir les copains... c’est un tout."
 

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Il y a un mois, quasiment jour pour jour, vous disputiez votre dernier match du Tournoi des Six Nations. Comment avez-vous vécu cette compétition ? 
GA :
"Honnêtement, j’ai vécu deux mois magiques, c’était super ! Quand on est sélectionné en équipe de France, on est toujours content d’y être. Mais là, le truc en plus c’est qu’on a gagné des matchs et qu’on avait une vie hors des terrains qui était super, on s’entendait tous très bien ! Le plus important, c’est ça, parce que finalement sur le terrain nous y sommes que 80 minutes le week-end. C’est ce qui se passe la semaine qui est important et c’est là qu’il faut créer quelque chose. Le staff et les joueurs, nous avons tous réussi à créer un lien, ensemble. Maintenant, à voir si nous allons le garder et si ce lien sera toujours là quand nous aurons des résultats plus durs."

C’est difficile d’être loin les uns des autres pour la vie du groupe, qui vient justement de se créer ? Comment on fait pour rester connecté ? 
GA
: "On est tous plus ou moins en contact. Après la fin a été dure, il n’y a pas eu de fin, en fait. On pensait qu’il y aurait une autre sélection pour l’Argentine, mais ça semble compliqué et compromis. Le retour sera d’autant plus bizarre, parce que six mois auront passé lorsqu’on se retrouvera. Mais je n’ai pas peur de nos retrouvailles, même si on ne s’écrit pas tout le temps on a toujours été plus ou moins sur la même longueur d’ondes, donc ça va vite revenir. Une fois qu’un groupe est créé et que tout le monde est ok sur le projet, après ça roule tout seul."

"notre arrivée à Murrayfield, c’était impressionnant !"

En tant que joueur, quels sont les moments de ce Tournoi que vous garderez en mémoire? 
GA :
"Pour moi, il y a deux moments qui ont été magiques à vivre et qui resteront toujours dans ma mémoire. Le premier c’est au Millenium [actuellement Principality Stadium de Cardiff], pour tous les joueurs de rugby, même les amateurs et les fans, c’est un endroit particulier. C’est hostile, un vrai ring de boxe, c’est vraiment énorme. Ça a confirmé ce que je pensais. L’ambiance avec tous les Français à Cardiff était super, c’était magique et en plus avec une victoire à la clé! Il y avait un bruit dans le stade, quand on te dit tu ne t’entends pas à 10 mètres, au début tu n’y crois pas trop, tu dis "ouais, bof, on verra" et puis au final tu ne t’entends vraiment pas à 10 mètres. Le match contre les Gallois était accroché, ça tapait très fort donc ça rajoute quelque chose au moment. 

Le deuxième, c’est notre arrivée à Murrayfield [en Ecosse] c’était impressionnant ! On est arrivé dans l’enceinte du stade et il doit y avoir 300 mètres à faire en bus jusqu’aux vestiaires. Normalement tu fais ça en deux minutes, mais ce jour-là on a dû mettre 20 minutes. Il y avait un grand nombre de Français pour notre arrivée et ça aussi c’était impressionnant. Moi, ce que je retiens du tournoi c’est le nombre de Français qui nous ont suivis jusqu’à l’étranger. Le match face à l’Angleterre où le Stade de France était rempli, vraiment on a eu un soutien énorme. Et ça porte, on se sent soutenu, on sent qu’il y a du monde derrière nous et avec nous, et ça, ça nous pousse sur le terrain, c’est sûr."

Comment appréhendez-vous les prochains mois qui arrivent  ? 
GA :
"C’est vrai que si les prochains mois sont sans compétition, ça risque de faire long. Mais je sais aussi que lors de la reprise à Deflandre [stade Marcel-Deflandre de La Rochelle] les supporters seront encore plus fous et feront plus de bruit. C’est sûr que ça nous manquera, parce que nous sommes tous compétiteurs. Si on fait du sport, si on s’entraîne c’est dans un seul but : jouer tous les week-ends. Et s’il n’y a pas ça, ça manque, mais on doit attendre les décisions de la LNR [Ligue Nationale de Rugby] et de la FFR et même de l’Etat pour voir si on pourra rejouer d’ici la fin de saison. Si ce n’est pas possible et bien on prendra notre mal en patience jusqu’au prochain match." 

Une fois le confinement terminé, avez-vous déjà pensé à la première chose que vous souhaiteriez faire? 
GA
: "Non, pas encore mais je pense que j’irai sur le port de La Rochelle, boire un petit café avec des amis, histoire de dire que c’est fini. […] Le plus dur honnêtement c’est de ne pas pouvoir profiter de l’extérieur pleinement. En plus ici, il faut beau et quasiment 30 degrés mais on ne peut pas faire un tour en ville ou profiter de l’océan et ça c’est le plus frustrant. […] Je ne sais pas comment ça se passera d’ailleurs à la fin du confinement, peut-être que nous n’aurons pas le droit de faire ça tout de suite, mais j’aimerais sortir un peu de mon quartier". [rires]

Inès Hirigoyen InesHrg