"Il est temps de changer" de comportement vis-à-vis des Noirs, selon le capitaine des Springboks

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Auteur·e : AFP
Siya Kolisi, capitaine des Springboks
Siya Kolisi, capitaine des Springboks | VALERY HACHE / AFP

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Siya Kolisi, le premier capitaine noir de l'équipe sud-africaine de rugby sacrée championne du monde en 2019, a publiquement pris part au débat antiraciste mondial, estimant qu'il était "temps de changer" de comportement vis-à-vis des Noirs.

"Quand je suis arrivé chez les Springboks, tout se faisait en afrikaans (langue des descendants des colons blancs) et je ne pouvais pas du tout parler afrikaans (...). C'était très dur", a expliqué Syia Kolisi dans une vidéo de sept minutes postée dimanche soir sur son compte Instagram. Pendant le régime sud-africain raciste de l'apartheid, officiellement tombé en 1994, la minorité blanche s'était appropriée le rugby comme "son" sport.

Depuis l'avènement de la démocratie, la transformation raciale des Springboks s'est faite à marche forcée, à coups notamment de quotas imposés par le gouvernement. "J'ai dû m'adapter à cette culture (afrikaans) et j'ai dû m'y conformer pour me sentir accepté", a-t-il indiqué, généralement discret sur les sujets de société.

"J'avais peur d'être exclu ou j'avais peur d'être perçu comme différent"

Une fois dans l'équipe des Springboks, "je n'avais pas l'impression de représenter mon pays. J'avais l'impression qu'on ne m'appréciait pas à ma valeur et que je devais être reconnaissant d'être là", a-t-il encore confié. "Il est temps pour nous tous de changer et de commencer à faire de l'Afrique du Sud ce que pour quoi tant de gens se sont battus, tant de gens sont morts", a estimé le champion du monde 2019, en référence à la lutte contre l'apartheid.

Le capitaine des Springboks, qui est marié à une femme blanche, a aussi fait son mea culpa estimant avoir "échoué en tant que leader". "Je suis en position de leadership dans le sport depuis longtemps et je n'ai pas soulevé la question (du racisme) parce que j'avais peur d'être exclu ou j'avais peur d'être perçu comme différent", s'est-il justifié.

"La prochaine génération ne peut pas souffrir comme nous avons souffert"

Enfant, "j'avais le sentiment que ma vie n'avait pas d'importance puisque j'étais un gamin des townships", banlieues fortement peuplées réservées aux Noirs pendant l'apartheid, a ajouté le joueur de 29 ans.

"Le temps de la peur et du silence est révolu (...). La prochaine génération ne peut pas souffrir comme nous avons souffert", a-t-il prévenu. "Jusqu'à ce nos vies comptent, aucune vie ne compte, nous sommes tous importants. Les vies des Noirs comptent." Un quart de siècle après la chute du régime de l'apartheid, les tensions raciales continuent de déchirer régulièrement l'Afrique du Sud, dans un contexte de fortes disparités économiques.

AFP