Gaëlle Hermet : "Nous devons nous respecter et nous aider pour affronter la situation"

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Auteur·e : Inès Hirigoyen
Gaëlle Hermet
Gaëlle Hermet face au Pays de Galles en 2018 | AFP

La dernière fois que l’on a croisé Gaëlle Hermet c’était en février, lors de la victoire du XV de France féminin (0-50) et de leur troisième match du Tournoi des VI Nations. La capitaine des Tricolores, également ergothérapeute de profession, revient pour France tv sport sur sa semaine de confinement. Ceci avec son analyse de sportive de haut niveau mais aussi de soignante dans les EHPAD. Entretien.

A quoi ressemble le quotidien en confinement de la capitaine du XV de France ? 
Gaëlle Hermet : "J’ai travaillé cette semaine, mercredi et jeudi, dans l’EHPAD [Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] dans lequel j’interviens. Après, il faut trouver d’autres occupations, j’essaie de m’entraîner du mieux que je peux tout en restant confiné. On fait avec les moyens du bord, mais on trouve de quoi s’occuper. Et puis on essaie aussi de se recentrer sur des choses plus essentielles".

Vous êtes ergothérapeute* dans un EHPAD, quelles sont vos conditions de travail dans cette période de confinement ? 
GH : "Nous prenons beaucoup de précautions et il y a énormément de recommandations pour protéger nos aînés et les personnes qui occupent les lieux de vie. Nous essayons de mettre des choses en place, de garder du lien et de continuer d’échanger avec les résidents. Nous parlons avec eux de ce qu’il est en train de se passer, je pense qu’il est important de poser des mots sur la situation actuelle. Avec le confinement, nous sommes les seules visites et les seuls liens de ces personnes. A travers cette crise sanitaire, j’espère que les gens se rendent compte du boulot fourni par le personnel soignant et des risques qu’ils prennent, enfin, que nous prenons, mais moi je ne suis là qu’un à deux jours par semaine donc c’est différent. Je me rends compte que ce que je vis à travers le rugby, je le retrouve dans mon métier : la solidarité, l’entraide. Aujourd’hui nous sommes censés nous soutenir, nous respecter et nous aider pour affronter cette situation". 

"Le premier message est de rester chez soi"

Avec votre statut de personnel soignant est-ce qu’il y a un message que vous souhaiteriez faire passer à vos supporters et à tous les Français confinés ?
GH : "Le premier message, c’est de rester chez soi ! Nous l’entendons beaucoup, mais peut-être pas assez. Je pense que cette crise si on l’affronte ça doit être tous ensemble, que ce soit dans le rugby ou dans la vie de tous les jours. La solidarité est hyper importante ! Il faut se battre contre ça, il faut garder la tête haute et surtout respecter les recommandations qui sont données par le gouvernement et les soignants. Nous sommes exposés à plein temps à cette situation, je pense que le "restez chez vous" est super important". 

Vous êtes donc restée chez vous durant ce confinement ?
GH : "Oui, je suis restée dans mon appartement. J’ai la chance d’être excentrée de Toulouse et d’avoir un petit air de campagne à côté de chez moi. Je n’ai pas rejoint ma famille vu que je travaillais. Ce n’est pas facile, mais c’est pareil pour tout le monde. Après, nous dans notre quotidien, par le rugby, nous avons un rythme de vie assez intense. Personnellement, je ne suis quasiment jamais chez moi, donc forcément c’est un petit peu bizarre. Mais ce sont des recommandations et des ordres qui sont mis en place pour sauver notre vie et notre humanité. Je m’occupe autrement, de faire des choses pour lesquelles je n’ai parfois pas de temps, c’est un des avantages de ce confinement".

Quelles sont ces activités pour lesquelles vous n’aviez pas forcément le temps ? 
GH : "Alors voilà (rires) il y a le grand ménage, le rangement... J’essaie de m’occuper au maximum : de lire, de jouer à des jeux. J’avoue que je regarde, un petit peu, des séries, je joue à des jeux vidéo. Je m’initie à la guitare, parce que c’est vrai que j’avais un peu laissé tomber donc j’essaie de m’y remettre, c’est l’occasion ! J’ai régulièrement ma famille ou mes amis par téléphone. C’est important de se tenir au courant et se donner des nouvelles et puis ça permet de faire passer le temps plus vite. Et puis, je m’occupe aussi de mon petit chien, heureusement qu’il est là (rires) ! J’ai l’avantage d’avoir un petit ruisseau à côté de chez moi, donc je peux prendre l’air tout en le promenant et ça me permet de sortir un petit peu"

"C’est une situation dont on se souviendra toute notre vie"

Et le sport dans tout ça ? 
GH : "Je m’adapte au jour le jour. Sur la semaine, je me prévois des petites séances en fonction du matériel que j’ai chez moi. Je n’ai pas un coin en particulier pour faire du sport, parce que tout mon appartement est en quelque sorte ma salle de muscu. […] Après, nous échangeons beaucoup avec nos entraîneurs et préparateurs physiques du Stade Toulousain. Ils nous ont envoyé un programme adapté à la situation : en fonction des moyens que nous avons chacune chez nous et des exercices réalisables en intérieur. Mais, nous avons également des recommandations envoyées par le XV de France pour essayer de nous maintenir un minimum en forme". 


Vous arrivez malgré tout à vous projeter sur la reprise de la saison ? 
GH : "Avec les joueuses nous en avons beaucoup parlé entre nous pour savoir comment ça allait se passer. Parfois, nous avons aussi des nouvelles de la fédération pour savoir ce qui est fait au jour le jour, mais forcément on attend. On se pose des questions, mais on verra à "l’instant t" quand tout cela sera derrière nous et on s’adaptera à ce moment-là. C’est une situation dont on se souviendra toute notre vie et à travers laquelle on se construira en tant qu’être humain. […] Le sport, on y pense toujours un peu et on garde en tête tous nos objectifs, même si je pense qu’aujourd’hui, au vu de la situation la priorité ce n’est pas le sport, mais notre santé et celle des autres".

*L’ergothérapeute prend en charge le patient dès lors qu’un problème de santé limite ses possibilités d’effectuer ses soins personnels, de se déplacer et de communiquer. Ainsi, l’ergothérapeute prévient et réduit les situations de handicap en maintenant les activités du quotidien de manière sécurisée, en tenant compte des habitudes de vie et de l’environnement du patient

Inès Hirigoyen InesHrg