Toulon-Leinster
. | AFP- Bertrand Langolis

Toulon gagne son bras de fer avec le Leinster

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Toulon a énormément souffert face au Leinster en demi-finale de la Coupe d'Europe, mais s'est finalement imposé au mental et au courage (25-20 après prolongation) dimanche au Stade Vélodrome de Marseille. Totalement fermé pendant tout le temps réglementaire où les buteurs se sont livrés à un chassé-croisé, le match s'est décanté durant une prolongation haletante où les Toulonnais proches de la rupture, se sont accrochés jusqu'au bout. Toulon retrouvera Clermont en finale le 2 mai à Twickenham.

Beaucoup d'observateurs prédisaient un affrontement stérile entre deux équipes surtout préoccupées à assurer leur assise défensive et à faire déjouer l'adversaire; leurs prédictions se sont révélées exactes, la réalité fut même encore plus terne en matière de proposition de jeu, mais sans doute l'enjeu était-il trop important pour Toulon comme pour le Leinster pour oser d'autres schémas et sortir de leur vision minimaliste. Ce fut en quelque sorte un bras de fer, un combat de poids lourds sur le ring du Vélodrome, et la pluie sur Marseille n'aidait pas à encourager des joueurs qui n'y sont pas poussés par nature à mettre du mouvement au large.

On se contenta donc de ballons portés, d'enchaînements au près, de mauls et mêlées ouvertes, dans une volonté surtout de conquêtes et d'avancées, pour aller certes porter le danger mais surtout mettre l'adversaire à la faute. Le tout accompagné d'un jeu au pied approximatif, même si, dès les premières minutes, sur un coup de pied de déplacement Masoe a bien pensé avoir marqué, mais il était hélas hors-jeu au départ de l'action. Ce fut le seul éclair dans une partie acharnée, où les équipes ne cessaient de se jauger avec, avant tout, la volonté de prendre le leadership. Mais il y avait trop de déchets, de manques de précisions sur les détails pour que les ingrédients mis par les protagonistes permettent de réussir la recette d'une rencontre digeste.  

Un duel de buteurs

Dans ce rugby là, avec beaucoup de pression, il y eut évidemment de part et d'autres les ballons perdus et les fautes au sol, et de nombreux turn-over sur des séquences très courtes. Les Toulonnais tentaient bien de passer la surmultipliée mais ils se montraient trop indisciplinés. A la pause le Leinster était devant 9-6, dans ce qui se résumait à un duel entre Halfpenny et Madigan.

Le scénario ne changeait pas en deuxième période, et là aussi, sur des fautes dans la libération du ballon ou dans les entrées dans la zone de plaquages, les joueurs laissaient s'expliquer les canonniers, avec cette fois-ci un avantage au Toulonnais, qui arrachaient la prolongation (12-12).

Un essai qui change tout

Toujours motivés par l'intention d'une défense tout terrain et de pousser l'adversaire à la faute, les Toulonnais, poussés par leur public, tentaient de mettre un peu plus d'animation, mais le jeu n'évoluait pas tellement, d'autant que Ali Williams récoltait un carton jaune (95e) qui mettait les Varois en infériorité numérique. Le match allait basculer à la dernière minute de la première prolongation, sur des rares ballons joués par les Irlandais, Ian Madigan dont la passe trop molle était interceptée par Habana qui allait pointer dans l'en but. Avec un avantage un peu plus conséquent alors (25-15), le RCT avait indiscutablement fait le plus dur. Même si, comme s'il leur eût fallu attendre d'être au pied du mur, les Irlandais se décidaient à proposer autre chose pour enfin marquer un essai par O'Brien à la suite d'un groupé-pénétrant. Mais il était trop tard.

Toulon a su alterner les moments forts et les moments faibles, en faisant le gros dos quand ce fut nécessaire et en montrant de grosses ressources pour s'en sortir dans un match sans éclat, mais avec énormément de tension. Toutefois, pour soulever une troisième fois de suite le plus prestigieux trophée continental, le RCT devra certainement montrer autre chose que ce qu'il a produit face au Leinster, à qui il a d'ailleurs ravi le titre de terreur européenne. Face à Clermont, ce ne sera pas forcément possible de se livrer à un pareil jeu d'échec tactique. 

Christian Grégoire