Vern Cotter
L'entraîneur de Clermont, Vern Cotter | AFP - THIERRY ZOCCOLAN

Clermont, la marche de l'Empereur Cotter

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Arrivé en 2006 à Clermont, Vern Cotter a patiemment bâti son équipe pour en faire un champion de France en 2010 pour la première fois dans l'Histoire du club. Vainqueur également du Challenge européen en 2007, le technicien néo-zélandais veut gravir une marche supplémentaire, avec la Coupe d'Europe. Demi-finaliste l'an dernier, ce bâtisseur a toutes les armes en mains pour devenir le maître de l'Europe, autour de stars de l'Hémisphère Sud (Sivivatu, Nalaga, James), de réferences européennes (Hines, Bonnaire, Rougerie, Byrne) et de jeunes immenses talents (Fofana, Parra, Buttin, Nakaitaci). Cela passe par une victoire sur le Munster, samedi, en demi-finale.

Cela faisait un siècle que l'Auvergne attendait le Bouclier de Brennus. Vern Cotter et ses joueurs l'ont enfin ramené, en 2010, après dix finales perdues dont trois consécutives. Rien que pour cela, l'entraîneur néo-zélandais restera à tout jamais l'un des héros du club. Mais il fait beaucoup plus depuis son arrivée au club en 2006. Patiemment, mais surtout avec rigueur, exigence et ambition, il a construit un collectif, fabriqué une identité, bâti un état d'esprit, imposant ses méthodes et devenant une référence en France, et au-delà. Pourtant, lorsqu'il a posé ses valises à Clermont, son CV était surtout marqué par son rôle d'adjoint de Robbie Deans chez les Crusaders, plus que par son passage dans le club de Bay of Plenty. En arrivant, il devait surtout déminer un terrain qui avait coûté leur place à sept entraîneurs en sept saisons.

Cotter en Père Fouettard

Avec son adjoint et ami Joe Schmidt -parti au Leinster en 2010 où il a depuis été deux fois champion d'Europe (2011, 2012)- il a insufflé sa culture de "la gagne" basée sur une discipline de fer et un travail sans relâche. Sa large carrure, son regard perçant sous sa casquette et son intransigeance aux entraînements en ont fait un homme redouté à ses débuts. Les surcharges pondérales, certains ont souffert pour les évacuer, au prix d'entraînements durs et de quelques ascensions d'avant-saison en VTT sur les pentes du Puy-de-Dôme, avec Cotter, féru de deux roues, à leurs basques. C'est à ce prix que Thomas Domingo ou Wesley Fofana sont devenus des cadres de l'équipe, des cadres du XV de France.

"Au début, c'est lui qui dirigeait tout. Là, il laisse plus de responsabilités aux joueurs, il y a plus d'échanges sur la tactique", souligne Julien Bonnaire. "Il est moins dur qu'au départ mais peut être que c'est ce qu'il fallait. Ensuite, l'équipe s'est prise en main". Franck Azéma, successeur de Joe Schmidt aux côtés de Cotter, assure:  "Il sait être Père Fouettard quand il faut mais aussi évaluer lorsque ce n'est pas nécessaire. Il a construit son groupe et le connaît très bien". Et de confier: "Il est toujours en éveil, c'est ce qui fait sa force. Il est tout le temps en train d'innover, rechercher, s'adapter..."

"Plutôt spectateur maintenant"

Arrivé avec l'ouvreur Brock James dans ses bagages, il a façonné par touches son effectif, y ajoutant ici un nouveau meneur d'hommes (Parra en 2009), là de la présence aérienne (Bonnaire en 2007, Chouly en 2012) ou de la puissance (Debaty en 2008, Hines et Vosloo en 2011) tout en faisant entrer les jeunes dans la concurrence (Fofana, Buttin, Lapandry, Bardy...). Et sa connaissance du rugby de l'Hémisphère Sud lui a aussi permis d'attirer une référence comme Sitiveni Sivivatu (2011), des espoirs qui ont explosé en Auvergne (Nalaga, 2006, Ti'i Paulo 2010). Autour d'eux, il a construit son projet de jeu, fait de mouvements, basé sur une extrême précision des placements et des angles de courses lors des premiers temps de jeu en laissant une grande liberté pour l'initiative et l'adaptation ensuite. C'est ainsi que Clermont est devenu une référence française et européenne dans le jeu au large, venant concurrencer le Stade toulousain.

Vern Cotter, qui avait passé dix années en France comme joueur à Rumlly (1990-94) et Lourdes (1994-1996, 1997-1998), s'est totalement imprégné de la culture locale. Son mélange d'accent néo-zélandais et du sud-ouest est un délice. Son humour aussi. "Avec des joueurs comme ceux que j'ai plaisir à diriger en ce moment, je n'ai pas grand-chose à faire: je viens le matin et je bois le café, c'est tout", dit-il avec un sourire qu'il n'affiche qu'une fois le match terminé. "C'est un groupe intelligent avec du vécu, de l'expérience, je ne sers quasiment plus à rien. C'est un groupe autonome. Ça n'a rien à voir avec les premières années, je suis plutôt spectateur maintenant". A 51 ans, après avoir failli devenir sélectionneur des All Blacks après la Coupe du monde 2011, il peut franchir un cap supplémentaire en Europe. En étant enfin venu à bout de Leinster de son ami Joe Schmidt, qui lui barrait la route ces dernières saisons, Clermont a toutes les cartes en main pour devenir champion d'Europe.