Les joueurs du Stade Rochelais font parler en bien de la ville de La Rochelle
Les joueurs du Stade Rochelais font parler en bien de la ville de La Rochelle | OLLY GREENWOOD / AFP

Champions Cup : le Stade Rochelais, un club singulier qui ne cesse de grandir

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Le Stade Rochelais, qui affronte l’Ulster ce dimanche à Marcel-Deflandre (16h15, France 2), n’en finit plus de surprendre le monde du rugby. Le club maritime, fondé en 1898, tutoie les sommets depuis la saison dernière après avoir longtemps évolué en ProD2. La victoire de samedi dernier chez les Harlequins (34-27) a confirmé la montée en puissance de la maison jaune et noire qui rêve maintenant d’accrocher un titre pour valider tout le travail accompli depuis quelques années.

La Rochelle, belle et rebelle. Le slogan de la cité portuaire pourrait s’appliquer sans problème à son équipe de rugby. Isolé dans l’ovalie hexagonale, avec Bordeaux au Sud mais aucun club d’envergure à l’Est ou au Nord, le Stade Rochelais cultive une différence de bon aloi avec les autres formations de l’élite.

Des hauts et des bas

Cette tranquillité territoriale et l’absence d’un vrai derby (celui dit de l’Atlantique avec l’UBB ne reposant sur aucune vérité historique) ont finalement facilité la vie du club charentais qui a tout connu depuis un siècle, des brillantes années 60 (trois quarts de finale perdus contre Dax en 1961, 1962 et 1969) à la délicate décennie 90 qui a vu les Jaune et Noir sauver leur peau à deux reprises : lors d’un 8e de finale du groupe B le 16 avril 1995 contre Istres (28-19 après prolongation) et lors d’un barrage groupe A groupe B face à Oyonnax (remporté in extremis, 18-15 en 1996, grâce à un drop lointain de Jeff Bouché qu’aucun supporter rochelais n’a oublié).

A la fin des seventies, Le Stade Rochelais s’était aussi distingué en refusant de recruter le capitaine des All Blacks Graham Mourie qui souhaitait pourtant venir jouer une saison sur les bords de l’Atlantique. Le vote des joueurs avait privilégié le fait d’aligner des joueurs du cru ou formés au club. Parmi ces joueurs, Jean-Pierre Elissalde, fils d’Arnaud (entraîneur du club de 1947 à 1971), père de Jean-Baptiste (international à 35 reprises) et entraîneur au Stade entre 1988 et 2003 (avec une interruption d'un an en 1993-94).

Vincent Merling, l'homme clef

Si la famille Elissalde a marqué l’histoire de La Rochelle, Vincent Merling n’est pas en reste, loin s’en faut. Président de l’institution maritime depuis 1991 et plus ancien président en exercice du Top 14, l’ancien troisième ligne a d’abord remis son club à flot alors qu’il se trouvait dans une situation financière critique due à la gestion de la direction précédente. Puis il a impulsé l’évolution maîtrisée du Stade Rochelais, du ventre mou de la ProD2 à la première place de la saison régulière décrochée au printemps dernier devant tous les cadors (Clermont, Toulon, Racing, Montpellier, le Stade Français et Toulouse).

La Rochelle a franchi toutes les étapes de son développement sans à coup, de façon pragmatique et raisonnée, jusqu’à disputer deux demi-finales au printemps 2017 (celle du Challenge européen contre Gloucester (14-16) et l’autre, plus cruelle encore, en demie du Top 14 devant le RCT au Vélodrome de Marseille (15-18 sur le fil)).

Le chaudron Deflandre

En 25 ans, Marcel-Deflandre a énormément changé, s’agrandissant à mesure des progrès réalisés sur le terrain par les Jaune et Noir (de 6 000 places dont 3 000 assises à 16 000 aujourd’hui). Le petit stade champêtre est devenu, un véritable chaudron, "The place to be".

Plus grand spectacle sportif entre Nantes et Bordeaux (pas de concurrence d’autres sports collectifs, le football ou le basket rochelais ayant rencontré des difficultés sportives et financières il y a déjà une bonne vingtaine d’années), un match dans la bouillonnante enceinte rochelaise vaut le déplacement. En France, seuls Clermont et Toulon semblent en mesure de rivaliser avec ce fervent public.

Le club du Grand Ouest

Le Stade a réussi à faire sa mue pour devenir le grand club de l’Ouest. Des fans de toute la région, mais aussi de Bretagne ou des Pays de Loire, prennent leur abonnement pour communier avec des joueurs qui leur procurent des émotions chaque week-end (les anciens All Blacks Eaton et Vito – meilleur joueur du championnat en 2016-17-, le virevoltant Murimurivalu, le vaillant Botia ou encore les internationaux Atonio et Gourdon, sacré meilleur joueur français la saison passée).

Le club en profite. Le Merchandising se met au diapason : 2 millions d’euros la saison dernière contre 1,2 millions la précédente ! Le centre de performance hyper pointu inauguré la saison dernière, l’Apivia Parc, permet également aux membres du club de disposer de conditions parfaites pour s’entraîner et hisser leur niveau de jeu, de l’Ecole de rugby à l’équipe professionnelle en passant par les équipes féminines, les jeunes et le Centre de formation.

"La Rochelle avait plus l'habitude de perdre"

Le Stade Rochelais du madré Patrice Collazo –et de son précieux acolyte Xavier Garbajosa- s’est installé comme un club qui compte au plus haut niveau du rugby français. Mais même si cette saison a l’air de démarrer sous les mêmes auspices que la précédente, nul ne peut prédire combien de temps cela va durer. Ancrer une équipe au sommet est difficile. L’y maintenir plusieurs années consécutives est ce qu’il y a de plus dur en sport.

Le staff et le président, confiants mais prudents, savent garder les pieds sur terre tout en mesurant avec justesse le travail colossal accompli. Comme dit si bien Vincent Merling, "La Rochelle avait plus l’habitude de perdre que de gagner. Donc on savoure pleinement ce qui nous arrive" !