L'équipe de France de rugby à VII, au stade Aguilera dans le sud-ouest de la France, le 15 juin 2019.
L'équipe de France de rugby à VII, au stade Aguilera dans le sud-ouest de la France, le 15 juin 2019. | IROZ GAIZKA / AFP

En 2021, entre JO et Coupe du monde, les filles du rugby face au choix du doublon

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L’année prochaine s’annonce chargée pour le rugby féminin. Après le Tournoi des 6 Nations, s’enchaîneront les Jeux olympiques pour le rugby à VII et la Coupe du Monde pour le rugby à XV. Si le report des JO a bousculé les plans de certaines joueuses qui visaient le doublé, il a aussi dessiné ceux d’autres prétendantes.

Cela fait partie des conséquences de la crise du coronavirus. Avec le report des JO de Tokyo 2020 en 2021, le calendrier du rugby féminin se trouve chargé : après le tournoi des 6 Nations, ce sont les Jeux olympiques (du 23 juillet au 8 août) pour le rugby à VII puis la Coupe du monde (18 septembre - 16 octobre) pour le rugby à XV qui s’enchaîneront. Une situation inédite qui n’est pas sans conséquences pour les joueuses et les staffs des équipes de France du rugby féminin à VII et à XV. En effet, en France, de nombreuses joueuses portent les couleurs des deux équipes, et basculent du VII au XV.

D’ailleurs, certaines joueuses avaient pour objectif de représenter la France aux JO cette année, puis à la Coupe du Monde en 2021. Avec le report des JO, c’est toute l’organisation de la saison qui a dû être revue. “Avec le report des JO, qui se dérouleront juste avant la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, personne ne s'est vraiment posé la question du chevauchement", regrette Laura Di Muzio, joueuse au LMRCV (Lille Métropole Rugby Club Villeneuvois), consultante à France Télévisions et co-fondatrice de l’agence LJA Sports, agence pour la promotion du sport féminin. "Auparavant, quand on avait ces deux compétitions avec un an d'écart, comme cela devait être le cas cette fois, les meilleures joueuses doublaient les compétitions. Là clairement, ça va être dur physiquement de doubler. Il ne s’agit pas de la même préparation.” 

Plus que la modification de l’agenda, c’est aussi un projet de vie de certaines joueuses, préparées pour doubler ces compétitions, qui a volé en éclats. “Pour certaines joueuses, cela fait dix ans qu'elles s'entraînent pour peut-être participer aux JO. Et là se dire: 'si je fais l'un je ne pourrais peut-être pas faire l'autre…' (...) À l'échelle internationale, d'un CIO, ce n'est rien, mais quand on est joueuse, c'est votre vie. Clairement, ce chevauchement va poser problème pour certaines joueuses, même pour la fédération car il y a un vrai positionnement à prendre, et tout l'organisation afin de gérer les compétitions. C'est un vrai casse-tête", craint Laura Di Muzio

Une organisation à revoir pour les staffs

Annick Hayraud, manager du XV féminin, le confirme. “Effectivement, je ne vous cache pas que pour nous, ça a été un casse-tête parce que nous avions déjà prévu des choses au niveau de notre fonctionnement. Du coup, on a dû tout balayer. Puis on s'est donné des objectifs. On a déjà ciblé quelques joueuses qui seront forcément sur les deux tableaux et on a réfléchi à leur préparation pour qu'elles soient performantes aux JO et à la Coupe du Monde. En sachant, que notre priorité est aussi la santé des joueuses”, souligne la manager. En effet, le rythme sera intense la saison prochaine, d’autant plus pour celles qui seront engagées sur les deux fronts. “Nous leur proposons un plan individuel de développement sur la saison, qui détaille les moments où elles seront plus avec le VII, puis ceux avec le XV ainsi que des moments avec leur club. On a fait un premier jet, et maintenant on attend le début de la saison, et d’avoir l’ensemble des informations, étant donné que le calendrier du VII n’est pas encore sorti”, explique Annick Hayraud. 

Face au calendrier chargé du rugby féminin, Caroline Drouin (Stade Rennais Rugby), demi-d’ouverture avec le VII et le XV, salue le travail effectué par les staffs des équipes de France pour réorganiser l’ensemble de la saison. “On a de la chance car nos staffs ont travaillé de concert pour nous permettre de pouvoir postuler sur les deux compétitions. Nous savons où nous allons sur l’année et demi à venir, et quelles parties de l'année seront davantage consacrées au XV et au VII, ce qui nous permettra de nous préparer au mieux aux deux échéances”, explique la joueuse. 

Un enchaînement "bénéfique"

Si Caroline Drouin rêve d’être sélectionnée pour les Jeux olympiques et le Mondial, elle n’est pas la seule à avoir cette double envie. Romane Ménager et Nassira Konde ont elles aussi ce même objectif. Et l'enchaînement de ces deux compétitions ne leur fait pas froid aux yeux. “On sait que ce sont deux grosses échéances donc forcément les charges d'entraînement seront plus importantes. Mais nous sommes bien suivies toute l'année. Personnellement, je le vois même plus comme une opportunité de pouvoir faire deux grosses compétitions assez rapidement, cela ne peut être que bénéfique”, confie Romane Ménager (Montpellier), qui a la particularité d'avoir d’abord commencé au XV et d’avoir rejoint ensuite le VII. 

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Mais physiquement, la charge de travail sera-t-elle tenable ? Nassira Konde (Bobigny), la centre de l'équipe de France à VII et à XV, balaye la question d’un revers de main. “On a déjà l'habitude d'enchaîner sur les deux disciplines. En effet, pour nous, les ‘septistes’, cela nous arrive souvent de faire un tournoi avec le VII et de basculer avec le XV dans l'année. Donc un mois d'écart entre les deux, cela ne posera pas trop de problème selon moi.” Surtout, Caroline Drouin, Romane Ménager et Nassira Konde ont la force de la jeunesse pour s’attaquer à cette année intense, elles qui ont toutes moins de 24 ans.

“Quand la décision du report des JO est tombée, il y a un choix qui s'est imposé à moi”

Si pour les trois joueuses, le report des JO les a donc motivées plus que jamais à enchaîner les compétitions, d’autres en revanche, ont dû choisir. C’est le cas de la troisième ligne des Bleues, Marjorie Mayans (Blagnac). A bientôt trente ans, elle a décidé de rassembler toutes ses forces pour le XV. "Quand la décision du report des JO est tombée, il y a un choix qui s'est imposé à moi. Je me suis dit que finalement tenter de courir les deux objectifs en une saison c'était peut-être un peu prétentieux pour moi. Je me suis convaincue qu'il fallait me focaliser sur un seul objectif et j'ai opté pour le XV. Je voulais retrouver mes premières amours avec le XV ; ça faisait déjà quelques années que je m’étais vraiment plus investie sur le 7”, nous confiait Marjorie Mayans samedi 27 juin. “(...) Ça m'embête de ne pas finir sur les Jeux parce que c'était l'ultime objectif mais je n'ai aucun regret concernant ces dix années passées à 7", poursuit la troisième ligne. “Marjorie s'était vraiment préparée pour les Jeux cette année. Avec le report, elle n’a pas voulu prolonger une année de plus avec le VII et nous a indiqués que son objectif était désormais le XV. C'est une joueuse dont on sait qu'elle a beaucoup d'affinités avec le XV, et c'est naturellement qu'elle va basculer avec nous, comme Julie Annery et Lénaïg Corson. Ce sont des filles qui, forcément, intégreront le XV”, réagit Annick Hayraud, la manager du XV de France. 

"Pour moi, courir deux lièvres à la fois, c'était compliqué"

Julie Annery (Stade Français), autre troisième ligne des Tricolores, a fait le même choix que Majorie Mayans : “Je vais jouer avec mon club, le Stade Français, et je serai disponible pour le XV. Et si je suis performante, je serai éligible pour la Coupe du monde. Ce choix s'est imposé avec le report des JO car je ne me voyais pas enchaîner les deux compétitions la même année. Et puis, je ne jouais plus beaucoup avec le VII”, explique-t-elle. Un changement de position pour celle qui serait allée à Tokyo cet été si le coronavirus n’avait pas fait voler en éclat la fin de saison. “Oui sans le report, j'aurais fais les deux. Cette année, j'aurais été au bout jusqu’aux JO pour ensuite enchaîner l'année prochaine avec le XV.”   

Lénaïg Corson (Stade Français) aussi a choisi le XV, mais sa décision remonte à janvier dernier, avant la crise du covid-19. “Et le report des JO n’a fait que confirmer mon choix. Pour moi, courir deux lièvres à la fois, c'était compliqué, surtout deux lièvres aussi énormes que sont les JO et la Coupe du monde.” Car pour la deuxième ligne, physiquement et mentalement, l'enchaînement peut être dur à encaisser. “Quand on joue trop, le risque c'est de se blesser et de perdre de l'envie, de la fraîcheur, de l'enthousiasme à jouer au rugby. C'est une variante qui est déterminante dans la performance d'un joueur de rugby. Quand on fait trop de matchs, il y a des risques de blessures, de commotions, de perdre cette fraîcheur, qui peut provoquer des irrégularités dans nos performances.” Mais si la joueuse de 31 ans a une totale confiance dans les staffs des équipes de France pour mener à bien les prochains objectifs, le contexte de l’année 2021 l’inquiète. “Je m'inquiète pour la santé des joueuses qui seront sur les deux fronts. J'ai eu des blessures par le passé, il est compliqué de faire deux choses à la fois. Et j’espère que les joueuses diront si elle ressentent un trop plein.”

Si le calendrier est donc bien plus chargé que prévu, l'enchaînement des compétitions permettra de mettre en lumière le rugby féminin et de poursuivre sur un élan déjà bien visible depuis quelques saisons. “Cette année 2021 ne peut être que positive pour le rugby féminin”, assure Caroline Drouin

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