De la Fédérale à la Nationale, le RC Suresnes à l'épreuve du professionnalisme

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jules Boscherini
RC Suresnes

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Après 3 ans passés en Fédérale 1, le Rugby Club Suresnes s’apprête à prendre part à la nouvelle compétition mise en place par la Fédération Française de Rugby (FFR), la Nationale. Cette division qui doit commencer en septembre prochain va permettre au gratin du rugby amateur français de s’affronter dans une poule unique de 14 clubs. En Fédérale 2 il y a encore 4 ans, le RCS continue son ascension rugbystique et se rapproche un peu plus du monde professionnel.

Il n'est pas chose facile de grandir à l'ombre d'un géant. Entouré du Racing 92 et du Stade Français Paris, Le RC Suresne, club des Hauts-De-Seine en sait quelque chose. Presque 50 après sa création, le club continue pourtant de franchir les différents paliers sportifs dans sa quête de professionnalisme. Barré par la concurrence, les efforts des investisseurs ne sont pas vains pour autant. Le projet prend forme et la formation des Hauts-de-Seine fait partie des 14 équipes sélectionnées pour participer à la première édition de la Nationale, 3e division et nouvelle antichambre du rugby professionnel.  

Une structuration progressive

Quand les pensionnaires du Mont Valérien retrouvent la Fédérale 1, l’équipe senior est toujours rattachée à l’association. À la recherche d’un projet ambitieux, de nouveaux partenaires arrivent en début de saison. En accord avec les dirigeants de l’époque, la création d’une SASP est décidée : "Au bout d’un an on a proposé un plan pluriannuel de développement du Rugby Club de Suresnes qui passait par la création d’une SASP pour s’inscrire durablement dans le haut de la Fédérale 1 et pour aller chercher ensuite une place en Pro D2 à échéance 3-5 ans", explique Olivier Pouligny l’un des deux co-présidents de cette nouvelle institution.

Cette année, Suresnes franchit un nouveau palier. Fort de sa 3e place de poule, le club est en position favorable pour jouer les phases finales du championnat. La pandémie du coronavirus fait son apparition et la compétition est arrêtée. Les Altoséquanais ont le sentiment d’un travail accompli mais un goût d’inachevé traîne autour des terrains du stade Jean Moulin. Les ambitions ne sont pas pour autant remises en questions et les Verts et Blancs profitent de ce temps mort rugbystique pour continuer leur travail de structuration. "Il y a eu une transformation du club à tous les niveaux mais il manquait l’ambition et surtout les moyens d’avoir de l’ambition. Nous avons apporté des moyens financiers, mais aussi des moyens de structuration qui permettent d’aller chercher d’autres ressources financières qui ne soient pas portées que par Laurent (ndlr : Laurent Piepszownik est l’autre président de la SASP du RC Suresnes), moi-même ou Umanis (ndlr : Umanis est l'entreprise de Laurent Piepszownik et le sponsor principal du RC Suresnes)", enchaîne Pouligny à propos de la gestion intelligente de son équipe.

De la Fédérale à la Nationale, le RC Suresnes à l'épreuve du professionnalisme
© NICOLAS GOISQUE / MAXPPP

Le monde pro en ligne de mire

Suite au refus des clubs de Pro D2 d’élargir le nombre d’équipes dans la compétition, Massy et Albi, engagées pour la montée font pression sur les instances dirigeantes. La FFR réagit et décide alors la création d’un nouveau championnat. Après l’échec cuisant de la "Poule Élite" il a quelques années, cette 3e division est censée permettre aux meilleurs clubs amateurs de franchir en douceur la passerelle avec le monde pro. Invité à prendre part à la Nationale, le RC Suresnes s’invite chez les "grands". "C’est une possibilité de séduire des partenaires qu’on n'avait pas trop sollicités jusqu’à présent", se félicite le président de Suresnes. Cette nouvelle compétition va permettre aux Franciliens d’engranger plus de visibilité et surtout de proposer de manière constante à ses supporters des affiches de qualité, synonymes de plus fortes affluences lors des matches à domicile.

Arrivé en tant que coordinateur général, Mathieu Blin orchestre ce changement de direction. Pour mettre en lumière toute l’ampleur du projet suresnois, l’ancien manager général du SU Agen est à l’œuvre avec l’ensemble des dirigeants sur plusieurs chantiers. Plus de communication, une organisation de l’administratif, un aménagement des infrastructures... Tout est mis en place pour rattraper le retard sur certaines formations habituées à jouer au haut niveau. Selon Olivier Pouligny, "cette structuration était nécessaire et c’est une super opportunité qui peut nous permettre de gagner un an dans notre plan de marche".

Côté sportif, le club s’est doté d’un nouveau manager en la personne d’Alexandre Compan ainsi que Pierre Rabadan pour le secteur de la touche. Des renforts de poids qui vont dans le sens du recrutement effectué par le club. Sur les 40 joueurs du groupe senior, tous sont sous contrat mais seulement 13 ont un statut de joueur professionnel. Les joueurs gardés et recrutés sont jeunes et en phase ascendante. Fier de son effectif, Pouligny voit en ses joueurs une équipe pleine de talent qui doit pouvoir s’imposer sur la durée : "Cette équipe est là pour jouer ensemble pendant 3, 4, 5 ans et c’est avec elle qu’on va préparer la montée en Pro D2. Dans un premier temps, on va chercher à rester dans la Nationale pendant peut-être 1 ou 2 ans et ensuite pourquoi pas jouer cette montée dans les années à venir".

Un ADN lié à la formation

Pour s’ancrer durablement parmi les meilleures équipes de sa division, les Suresnois ont ouvert, un an après la création de la SASP, un centre de formation. Appelé aussi "Campus Rugby", il se fait labéliser par la FFR avec les félicitations du jury. En parallèle de son équipe première, le club a la volonté de puiser dans son vivier de joueurs issues de son association afin d’avoir une structure avec des jeunes qui dans 4-5 ans vont venir taper à la porte de l’équipe première et permettre à Suresnes d’avoir sa place en Pro D2. 

Comme la quasi-totalité des clubs de rugby français, Suresnes n’est pas épargné par la crise sanitaire conséquente déclenchée par le Covid-19. Si une baisse des budgets alloués aux différentes catégories du club était à craindre, il n’est en rien : "Comme dans tous les clubs, nous avons dû mettre des personnes en chômage partiel mais aucun budget n’a été coupé ! C’est aussi pour cette raison que l’arrivée de la SASP nous a permis de dégager des budgets, alors alloués à l’équipe première, pour la formation des jeunes au sein du club", affirme le président de l’association Jean-Pierre Catherine

À l’échelle nationale, l’école de rugby du RCS est la 6e plus importante du pays et l'une des plus reconnues. La perte de licenciés fait partie des préoccupations majeures. "Il ne faut pas se voiler ni se cacher les yeux, on est concerné comme tout le monde et principalement au niveau de l’école de rugby. Les parents veulent faire attention car on est quand même sur un sport de contact et de combat donc un des sports les plus exposés à la propagation du virus", poursuit-il.

Une renommée encore à faire

Si la formation Verte et Noire est souvent mise à l’honneur, la renommée de son équipe 1ère n’a pas forcément le même écho et Suresnes peut être considéré comme le petit poucet de la Nationale. "D’un point de vue rugbystique, il faut que Suresnes se fasse un nom. Pour ça, à nous de bien figurer dans cette compétition", observe son président. S’il entend être à la hauteur de ses ambitions, le Rugby Club Suresnes va devoir faire face à ses prestigieux voisins du Racing 92 et du Stade Français Paris. Grandir à l'ombre des deux géants franciliens ne pose aucun problème à Olivier Pouligny : "Il y a la place pour notre projet en tout cas il est affiché comme ça, pour vivre à côté ou entre un Racing et un Stade Français et faire partie des 3 ou 4 meilleures équipes d’Ile de France".

Le problème se pose différemment puisque les Suresnois entretiennent de bonnes relations avec leurs homologues qui viennent souvent chercher de nouveaux joueurs parmi leurs rangs. "C’est plutôt une chance et une opportunité d’avoir des grands clubs sur lesquels on peut rayonner et de manière, on va dire, bilatérale", assure l’un des deux hommes forts. "Le niveau de jeu qu’on peut proposer dans notre campus ou dans notre équipe première fera que certains joueurs barrés ailleurs auront tendance à venir plus naturellement vers nous entendant qu’ils joueront en Pro D2 ou pour les années à venir en Nationale", conclut finalement Pouligny. Le RCS ne semble pas là pour rivaliser avec les autres formations franciliennes mais tend plutôt à devenir un club satellite. En l’occurrence, celui de l’autre club des Hauts-de-Seine, le Racing. C’est donc grâce à des rapports étroits avec les équipes attenantes que le club dirigée dans le passé par Robert Broussard souhaite se pérenniser et bien figurer au sein du monde du rugby professionnel.

Jules Boscherini @julesboscherini