Vahaamahina, l'histoire d'un héros déchu

XV de France : Sébastien Vahaamahina, l'histoire d'un héros manqué

Publié le , modifié le

Sébastien Vahaamahina a annoncé la fin de sa carrière internationale cet après-midi, au lendemain de son geste fatal pour les Bleus en quarts de finale de la Coupe du Monde. Talentueux dès son plus jeune âge, difficilement intégré mais souvent brillant en bleu, le joueur de 28 ans quitte la scène internationale avec un goût d'inachevé.

On ne verra plus Sébastien Vahaamahina avec un maillot bleu sur les épaules. Le deuxième ligne a tiré sa révérence ce lundi, mettant fin à une courte carrière internationale (2012-2019). Le colosse avait pourtant fini par atteindre une place de taulier dans le groupe, lui qui avait longtemps eu du mal à s'y intégrer. Parce qu'il n'a jamais été de nature très bavarde, Vahaamahina a avant tout gagné sa place à la force de ses plaquages. 

Tout a basculé grâce à un prêtre

Né en 1991, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) Sébastien est l'avant-dernier d'une fratrie de six. "C'était le plus turbulent, il bougeait sans arrêt, grimpait dans les arbres. Il faisait de la luge avec des troncs de bananiers sur le chemin en pente qui mène à la maison", confie Katalina, sa mère, qui se fait toujours un sang d'encre à chaque match. "J'ai toujours peur qu'il se blesse". Ce n'est qu'à 14 ans que le petit Sébastien découvre les joies de l'ovalie. Et il doit sa passion à... un prêtre, Georges Sao. "C'était un ancien volleyeur, qui venait chez nous et racontait toujours des histoires de rugby. C'est lui qui nous a transmis le virus, à mon frère et moi. Car mes parents, eux, n'étaient pas 'sport' du tout. Aujourd'hui, ils doivent être fiers", confiait Vahaamahina à l'Indépendant en 2012. 

Incontournable avec les Bleus depuis 2017

2012, c'est justement l'année de sa première en Bleu. Finis les terrains désertés de Nouvelle-Calédonie, bonjour le Stade de France ! A l'âge de 20 ans, il étrenne le maillot national avec la timidité qui le caractérise.  Pour sa première, il affronte l'Australie. Et gagne (33-6). Sa prestation n'est pas brillante, mais elle est loin d'être honteuse pour un rookie. Dès lors, Vahaamahina va capitaliser sur ses performances pour séduire. D'abord remplaçant de luxe, il seconde Yoann Maestri et Pascal Papé, puis perd son statut de joker lors du Tournoi des 6 nations 2015 et du Mondial de la même année.

C'est Guy Novès qui va le sortir de sa botte à son arrivée en 2017. Il fait un bon Tournoi, l'année même où il est champion de France avec Clermont. Cette fois, c'est vraiment parti : Vahaamahina enfile son costume de taulier. Personne ne conteste sa place au poste de deuxième ligne. Est-il pour autant parvenu à s'affirmer un peu plus au sein du groupe ? "Si on me demande mon avis, je le donne. Sinon…" a-t-il lancé à Sport24 en début d'année. Leader, peut-être pas. Mais incontournable, certainement. "Incontournable ? Je sais pas... Il faut juste garder les pieds sur terre et continuer à bosser." 

Une fin de parcours en coups de sang

Malheureusement pour lui, le natif de Nouméa n'a pas totalement réussi à "garder les pieds sur terre".  Deux épisodes pollueront sa carrière jusqu'au bout.

Vahaamahina a été expulsé contre le pays de Galles suite à un coup de coude sur un adversaire
Vahaamahina a été expulsé contre le pays de Galles suite à un coup de coude sur un adversaire © GABRIEL BOUYS / AFP

Le premier a eu lieu en avril 2018 avec l'ASM face à Agen en Top 14. Il avait été exclu définitivement pour la première fois de sa carrière, après un coup de poing. Il avait ensuite adressé au public un doigt d'honneur, récoltant au total trois semaines de suspension, qui l'avaient privé de la tournée des Bleus en juin en Nouvelle-Zélande. Dans un entretien paru dans le quotidien L'Equipe jeudi dernier, il était justement revenu sur cet épisode: "J'ai honte. De l'expulsion et du doigt d'honneur adressé au public d'Agen à ma sortie du terrain. On m'insultait, et j'ai pété les plombs, j'ai répondu. J'ai des grandes mains, des grands doigts, on le voit bien sur mon geste." expliquait-il il y a encore quelques jours. 

Le deuxième coup de sang est survenu ce dimanche. Contre le Pays de Galles, Sébastien Vahaamahina lance les Bleus en inscrivant son premier essai en sélection. Les Français mènent à la pause, il est parti pour être l'artisan d'une formidable aventure. Mais à la 49e minute, il craque. Le héros s'est manqué, encore une fois.

à voir aussi XV de France : Vahaamahina annonce sa retraite internationale XV de France : Vahaamahina annonce sa retraite internationale