Louis Picamoles Baptiste Serin France
Le désarroi de Louis Picamoles et Baptiste Serin après l'élimination française | GABRIEL BOUYS / AFP

EDITO. Les techniciens de surplace

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EDITO. Une décennie de rugby en bleu s'achève et le XV de France n'avance plus depuis longtemps. Comme un miroir grossissant, la défaite face au pays de Galles est venue rappeler tous les travers qui ont freiné les Français ces dernières années. Pourtant, dans le jeu et dans l'esprit, elle a aussi entrouvert la porte à un éventuel renouveau. Alors acte manqué ou acte fondateur ?

"It's not clear". Ce n'est pas clair. Ainsi s'est justifié Jaco Peyper, l'arbitre du quart de finale entre la France et le pays de Galles, au moment d'accorder l'essai gallois à six minutes de la fin. Y avait-il en-avant sur le ballon arraché qui a conduit Moriarty derrière la ligne ? Dans le doute, le "peyper view" a penché en faveur des Gallois. En rugby comme dans tous les sports, et comme dans la vie en général, le juge tranchera toujours en faveur du plus fort. C'est parfois injuste mais c'est toujours ainsi. Et ça c'est fucking clear. 

Si le XV de France s'est mis dans cette position de subir la loi du talion, c'est avant tout de sa faute. Depuis bientôt dix ans, les Tricolores stagnent dangereusement. La décennie avait pourtant bien commencé avec la conquête d'un Grand Chelem mais il s'agissait déjà d'un chant du cygne. Que ce soit sous Lièvremont, Saint-André, Novès ou Brunel, les Bleus n'ont plus jamais été en mesure de remporter le Tournoi. En Coupe du monde, il y a bien sûr cette finale de 2011 perdue d'un point face aux Blacks mais, parfois, un point c'est tout. Le quart d'hier l'a rappelé. 

Par un rebond capricieux de l'histoire, les Gallois ont pris une symbolique revanche sur ces Français qui, justement, les avait éliminés en 2011 alors que le XV du Poireau méritait sûrement plus sa place en finale au vu de la rencontre. Cela s'appelle un retour de manivelle et ça peut faire aussi mal qu'un coude dans la mâchoire. D'autant que, cette fois, les hommes de Guirado pouvaient, et devaient, passer. Mais cette incapacité chronique à concrétiser les temps forts, cette indiscipline coûteuse (Sébastien ?), ce manque de réalisme au pied (Romain ?) dans les matchs serrés sont venus rappeler pourquoi le XV de France se fait pénaliser quand "it's not clear". 

Sept ans de réfection

De 2012 à 2019, le bilan tricolore n'est plus celui d'une grande nation de rugby. Deux éliminations en quarts de finale de Coupe du monde, dont une raclée 62-13 contre la Nouvelle-Zélande en 2015, et aucun titre dans le Tournoi : ces sept ans ont plus ressemblé à sept ans de réfection qu'à sept ans de réflexion. Les différents entraîneurs ont passé plus de temps à boucher des trous qu'à établir une vraie philosophie de jeu. Résultat, un rugby qui s'étiole et un retard qui s'accumule. Si la force d'inertie était vraiment une force, les Français seraient champions du monde. 

Mais, comme on dit, l'espoir est ce qui meurt en dernier. Alors réjouissons-nous de cette défaite ! C'est typiquement français, ça aussi, mais ça fait du bien. Pendant 80 minutes, on a retrouvé un jeu cohérent, voire, par séquences, flamboyant. On a vu aussi une vraie solidarité, un état d'esprit conquérant. Fabien Galthié ne va pas reconstruire sur des cendres, les fondations, quoique branlantes, sont là. Et la jeune génération des doubles champions du monde débarque avec l'enthousiasme de ses (moins de) 20 ans. Autant de raisons d'espérer et de croire que le XV de France sera de nouveau une nation qui compte. Et cette fois ce sera peut-être clair pour tout le monde. Même pour Jaco Peyper.