Coupe du monde 2019: France-Argentine, les 4 paris bleus à relever pour ce match déjà vital

Publié le , modifié le

Auteur·e : Thierry Tazé-Bernard
Wenceslas Lauret pris par la défense argentine de Pablo Matera et Jeronimo de la Fuente
Wenceslas Lauret pris par la défense argentine de Pablo Matera et Jeronimo de la Fuente | AFP - Anne-Christine POUJOULAT

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L'équipe de France commence la Coupe du monde au Japon en défiant l'Argentine (samedi, 9h15), dans la poule C. Un match "à la vie-à la mort" dans ce groupe relevé où l'Angleterre fait figure de favorite pour seulement deux qualifiés en quarts de finale. Pour battre les Pumas, et ainsi se donner une chance de ne pas rester à quai en poules pour la première fois de leur histoire, les Bleus doivent relever quatre défis majeurs.

Le pari physique

En annonçant à la fin du mois de mai que Fabien Galthié, Thibault Giroud (préparation physique) et Laurent Labit intégraient le staff de l'équipe de France, l'équipe de France a changé en profondeur. Si l'influence du futur sélectionneur après la Coupe du monde (Galthié) fait l'objet de tous les fantasmes, force est de constater que les attentes du staff ne sont plus les mêmes qu'il y a six mois, lors du Tournoi des 6 Nations. Car les deux anciens du RCT sont arrivés avec des idées précises du jeu à développer, de la préparation physique à concocter, et des joueurs idoines pour que tout se mette en place. Exit Mathieu Bastareaud ou Morgan Parra, anciens cadres devenus parias, le nouvel axe de travail des Bleus se porte sur un jeu plus rythmé, plus dynamique, avec davantage de soutien pour avoir un temps de jeu effectif plus important, à la hauteur de ce qui se pratique au plus haut niveau. De l'aveu des joueurs, ils n'ont jamais autant souffert physiquement durant cette préparation "new look". Les matches de préparation ont donné quelques tendances. Mais c'est ce samedi que la vérité va éclater.

Les Français sont-ils capables d'imposer de grands temps de jeu sans commettre de fautes (leur pêché mignon depuis de nombreuses années), face à une équipe d'Argentine qui a pris l'habitude de jouer à un très haut niveau ? Car depuis 2012, elle est intégrée au Rugby Championship, ex Tri-Nations, pour se frotter aux meilleures nations de la planète que sont la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud et l'Australie. L'intensité, la rigueur, les Pumas l'ont intégrées peu à peu. En 2012, premier match nul, à domicile contre les Springboks (16-16). En 2014, première victoire, toujours à domicile, contre l'Australie. En 2015, ils viennent s'imposer pour la première fois en Afrique du Sud (37-25). En 2018, elle domine successivement l'Afrique du Sud (32-19) puis l'Australie à l'extérieur (23-19). La montée en régime est claire. Depuis les deux victoires argentines en Coupe du monde 2007, la France a battu à six reprises les Sud-Américains, pour quatre défaites.

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Le pari de la conquête

Pour pouvoir imposer son rythme, il faut avoir le ballon. C'est une Lapalissade. Mais le XV de France a régulièrement souffert d'un manque de contrôle du ballon, et d'une certaine faiblesse dans les zones de conquête, notamment en touche et en mêlée. Lors du dernier Tournoi des 6 Nations, lors de la défaite (44-8) en Angleterre, l'alignement tricolore avait perdu trois ballons en touche (9/12), tout comme lors du revers en Irlande (26-14) avec un 10/13. Manque de coordination entre le lanceur et le réceptionneur, lancer approximatif, incompréhension dans les annonces, lecture trop facile de la combinaison par les adversaires, les raisons sont diverses pour expliquer ces erreurs. A ce niveau-là, trois munitions en moins, c'est énorme. Durant le Rugby Championship, au cours duquel les Pumas ont défié successivement Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud, ils n'ont jamais perdu plus de deux touches dans un match. C'est un détail, mais le plus haut niveau se joue sur des détails.

Pour la mêlée, la solidité ancestrale des Argentins semble avoir disparu. Durant l'été, la mêlée sud-américaine a souvent été ballottée. Mais son homologue tricolore n'a pas toujours été dominatrice, même s'il y a du mieux. Rabah Slimani a longtemps cristallisé les critiques et surtout le regard des arbitres, en raison de ses problèmes de liaison conforme au règlement. Un temps, le pilier de Clermont a même été mis de côté par les sélectionneurs, car coûtant bien trop de pénalités. Revenu en Bleu, titularisé notamment en raison de la longue indisponibilité de Demba Bamba durant la préparation, il va jouer, comme toute le pack, une partie cruciale face aux Argentins.

Le pari Ntamack

En choisissant de titulariser Romain Ntamack (8 capes) à l'ouverture, associé à son coéquipier en club Antoine Dupont (17 sélections) le staff tricolore a fait le choix de confier la charnière et le jeu des lignes arrières à deux joueurs de respectivement 20 et 22 ans, qui disputeront leur premier match en Coupe du monde. Un choix qui peut paraître osé, d'autant que Camille Lopez, le demi d'ouverture de Clermont (30 ans, 24 sélections), avait disputé deux des trois matches de préparation avec le 10 dans le dos. Mais le Toulousain, champion du monde avec les moins de 20 ans voici deux ans, a des qualités hors norme, et des automatismes avec les trois-quarts, majoritairement issus du Stade Toulousain. Titularisé pendant le Tournoi des 6 Nations à ce poste (sauf lors de la claque en Angleterre 44-8) lors de ses premières sélections, il sait organiser le jeu à la perfection, prendre des initiatives, et il lit bien la défense adverse.

Mais il reste à savoir s'il parviendra à réciter son rugby dans un contexte de Coupe du monde, face à une défense argentine rugueuse. Comme l'a annoncé Juan Fernandez-Lobbe, ancien joueur du RCT de Fabien Galthié désormais entraîneur-adjoint des Pumas, "face à n'importe quel adversaire, plus tu mets la pression au 9 ou au 10 et plus tu domines devant, plus tu as de chances de gagner. L'important, c'est de mettre la pression sur le N.9 ou le N.10, l'asphyxier, gagner la bataille des avants et gagner chaque bataille." Voilà le programme qui attend la charnière tricolore, qui ne pourra jouer confortablement que si son pack est dominateur. C'est l'une des clés du match.

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Le pari des rucks

Pour défier l'Argentine, il faut s'attendre à livrer un gros combat. Dans toutes les zones de rencontres, cette équipe met de l'intensité, de l'engagement, parfois à la limite. Zone privilégiée pour perturber l'attaque adverse: les rucks, ce moment où le ballon va au sol et où l'équipe qui défend tente de s'en emparer. C'est ce qu'on appelle le "contest", et dans cet exercice, les Pumas brillent à l'image de leur capitaine, Pablo Matera. Le troisième ligne est un colosse, agile, solide sur ses appuis, bref, il a toutes les qualités pour venir chaparder les ballons, ou au pire, en retarder la sortie. 

C'est aussi pour cela que Wenceslas Lauret a été titularisé en 3e ligne. Le Racingman est également un sacré client au "contest", capable d'infliger le même genre d'affront à n'importe quelle équipe. C'est aussi pour cela que Charles Ollivon et Grégory Alldritt complètent la 3e ligne, deux joueurs très dynamiques mais également très costauds, susceptibles d'être au soutien très rapidement pour éviter que les rucks s'éternisent, pour que le ballon rebondisse rapidement afin que le jeu développé se poursuive. C'est l'une des clés du jeu prôné pour cette Coupe du monde par le staff tricolore.