Ça s'est passé un 13 juin 1987 : l'essai du bout du monde du Quinze de France

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Auteur·e : Alain Vernon
Serge Blanco 13 juin 1987
Serge Blanco marque l'essai de la victoire, le 13 juin 1987 à Sydney, lors de la demi-finale de la Coupe du monde de rugby contre l'Australie. | AFP/GEORGES GOBET

Cette première Coupe du Monde de rugby dans l’Hémisphère Sud a soulevé une émotion particulière en France. L’oreille collée à leur radio ou l’œil mi-clos devant leur télévision à 5 heures du matin, les Français assistent à l’un des plus valeureux succès du Quinze de France, en demi-finale contre l’Australie...

Dans la tribune du Concord Oval de Sydney, les vieilles gloires australiennes sont unanimes. Pour Mark Ella, Andy Haden, Clem Thomas, Brian Price ou Bill Beaumont, on vient de vivre « le plus grand match de tous les temps ! ». Au terme d’une demi-finale géante, la France s’impose 30-24 contre des Wallabies, médusés par le talent, la férocité et la détermination des tricolores. Jacques Fouroux, le petit coach français, ne cesse de sauter de joie. La France ira en finale de la première Coupe du Monde de l’histoire contre la Nouvelle-Zélande ! 

Exploit historique conclu par un essai magique de Serge Blanco à la dernière seconde… Essai « du bout du monde » pour tous les amoureux de l’Ovalie... Mais qui sont les héros de Sydney ce 13 juin 1987 ?

Derrière, la fusée Serge Blanco, née au Venezuela, des jambes de feu, l’un des meilleurs joueurs du monde et, on va y revenir, l’essai de la victoire à la 81e minute... En trois-quarts, quatre félins aussi rapides les uns que les autres : Didier Camberabero, digne héritier d’une immense famille du rugby de La Voulte, Patrice Lagisquet, sprinter insaisissable de l’Aviron Bayonnais, Philippe Sella, aussi difficile à attraper qu’un pruneau d’Agen, Denis Charvet, Toulousain aussi talentueux que narquois devant l’impossible...
Et puis les maigres à jouer en mêlée et à l’ouverture : Franck Mesnel et Pierre Berbizier.
Enfin, le pack des avants du siècle : Dominique Erbani-Laurent Rodriguez-Eric Champ-Jean Condom-Alain Lorieux et la première ligne composée de Jean-Pierre Garuet, l’homme qui charrie les sacs de patates, Daniel Dubroca, capitaine courage et Pascal Ondarts, le pilier basque aux vingt-sept fractures sur le visage…

Ces quinze-là ont gagné le match des matches. Mieux qu’à Nantes contre les All Black ou à Auckland le 14 juillet 79 ! L’Australie mène pourtant à la mi-temps 9-6 et n’est pas loin de voir filer au score des Wallabies qui jouent en confiance à domicile. Mais cette première Coupe du Monde, enfantée avec les Britanniques par le bon président Albert Ferrasse, semble décupler les forces tricolores. Ce match est un combat permanent ou les lignes arrières vont faire exploser leur talent.

«  le plus grand match de rugby de tous les temps »

Les quatre essais français sont fantastiques. Alain Lorieux d’abord, le pompier d’Aix-les-Bains, s’arrache avec une rage impressionnante des griffes australiennes pour aplatir le premier. Une nouvelle charge de Lorieux, une passe de Mesnel et Philippe Sella, l’agenais aux appuis monstrueux, enchaîne une série de feintes jusqu’à la ligne d’essai. Puis c’est au tour de Patrice Lagisquet, la gazelle de Bayonne puis de Biarritz, de filer vers le bonheur.
Enfin, le chef d’œuvre Bleu. Camberabero vient d’égaliser à 24 partout, il reste moins d’une minute à jouer... Le petit arbitre écossais, Monsieur Anderson, laisse jouer jusqu’au bout du bout du temps...
La symphonie française en profite une dernière fois. Sur une récupération devant sa ligne face à des Australiens toujours dangereux, Lagisquet tape à suivre. Deux changements de mains, Charvet qui perce, Berbizier sert Lagisquet qui fixe trois Australiens !... Rodriguez en soutien pour Blanco... Et là, l’histoire s’écrit. Les Bleus entrent dans la légende. Blanco enclenche un sprint énorme, flirte avec la ligne de touche alors que la défense australienne semble pouvoir détruire cette offensive de la dernière chance... Le temps semble se ralentir et nos émotions se figer... On se demande vraiment pendant quelques secondes si Blanco va réussir à franchir cette ligne inaccessible... Mais, au bout du match et au bout du monde, Serge Blanco, aplatit en coin avec une incroyable détermination et inscrit un essai d’anthologie. La France l’emporte 30-24 !

Le numéro 15 des Bleus frappés du coq, les jambes blanchies par la ligne d’embut, se redresse pour hurler son bonheur et partager avec ses coéquipiers un instant presque irréel. A Paris, l’oreille chauffée par la folie du direct ou les yeux plein de larmes devant leur téléviseur, les Français viennent de vivre «  le plus grand match de rugby de tous les temps ».

Cet essai du bout du monde de Blanco, le 13 juin 1987, récompensant l’admirable match des hommes de Jacques Fouroux, restera à jamais dans nos mémoires. En plus d’envoyer la France dans sa première finale, de la première Coupe du Monde de rugby. Extenuée et encore sur son nuage de Sydney, la France s’inclinera en finale 29-9 contre la Nouvelle-Zélande, le 20 juin à l’Eden Park d’Auckland... Albert Ferrasse, le président de la Fédération Française, remettra le premier trophée Webb Ellis à David Kirk, le capitaine des All Blacks...
 

Alain Vernon