Coronavirus : Carnet de bord - Episode 3. Emeline Gros, du terrain de rugby à l'Ehpad

Publié le , modifié le

Auteur·e : Apolline Merle
Emeline Gros
Emeline Gros (à g.) troisième ligne du FC Grenoble Amazones. | DR

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Carnet de bord - Episode 3. Pour la troisième semaine consécutive, Emeline Gros, joueuse du FC Grenoble Amazones, du XV de France et infirmière, nous raconte son quotidien au cœur de son Ehpad, en Isère. Si la semaine fut un peu plus calme, elle a été néanmoins marquée par l’annonce de la mise en place du droit de visite dans les Ehpad. Une nouvelle qui a suscité beaucoup d’espoir chez les familles, qu’il a fallu gérer sur le terrain. Témoignage.

Cette annonce était attendue depuis plusieurs semaines par de nombreux proches de résidents en Ehpad. Le 19 avril, le ministre de la santé a ouvert la voie. Olivier Véran a ainsi annoncé la mise en place d’un “droit de visite” encadré dans les Ehpad (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Une annonce qui a suscité beaucoup d’espoir auprès des proches des résidents de l'Ehpad Les Ecrins à Vizille (Isère). “Beaucoup de familles nous ont appelés dès le lendemain des annonces, pour savoir comment et quand ils pourraient venir voir leur proche. Certaines sont même venues directement à l’Ehpad en pensant qu’elles pourraient les voir”, raconte la joueuse du FC Grenoble et infirmière Emeline Gros

Face à cette précipitation, l’équipe soignante a dû rappeler que la décision des visites était au bon vouloir des établissements. “Notre direction a indiqué que, tant qu'elle n'aurait pas un plan précis, elle n’autoriserait pas les visites. Pour l’heure, la solution imaginée est d’aménager une salle en une sorte de parloir", détaille l’infirmière de 24 ans. "Les résidents seraient séparés de leur famille par un grand plexiglas, ce qui leur permettrait de se voir tout en les protégeant des contacts.” 

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Des visites très réglementées

En plus de cette protection, les visites seront aussi très réglementées. Les familles doivent en effet s’engager à respecter une liste de conditions (comme par exemple affirmer ne pas être atteint du covid, ne pas avoir de température ou de toux etc.) imposées par la direction. Seules les familles ayant signé et retourné cette charte pourront venir voir leur proche. Elles seront ensuite inscrites sur un planning. “Nous devons bien anticiper. Mais il y a encore beaucoup de questions : combien de temps vont durer ces moments, combien de rendez-vous pourrons-nous mettre en place ? Nous allons essayer d’organiser deux rendez-vous cette semaine.”

Si l’ensemble des résidents a besoin de voir ses proches, quelques-uns sont toutefois “prioritaires”. “Certains sont dans une situation très difficile, et sont proches du syndrome du glissement (détérioration rapide de l'état général survenant chez un sujet très âgé au décours, ou après un intervalle libre, d'une affection aiguë quelle soit médicale, chirurgicale ou psychique). Pour éviter qu’ils n’arrivent à ce stade, ils seront les premiers à revoir leur famille, puis viendra ensuite ceux dont les proches ont fait la demande.”

Emeline, dans son Ehpad, en Isère.
Emeline, dans son Ehpad, en Isère. © EG.

Prendre le temps avec les résidents

Malgré le travail supplémentaire induit par cette nouvelle gestion des visites, Emeline Gros a pu un peu souffler ces derniers jours. “J’ai eu une semaine assez calme. J’ai pu prendre du temps avec les résidents. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu un moment aussi calme”, confie la jeune femme. Autre bonne nouvelle de la semaine : l’arrivée de deux médecins venus épauler le personnel de l’Ehpad, en première ligne face au Covid. “Deux médecins viennent nous prêter main forte et il est possible qu’ils restent une fois la crise du covid passée. Avoir un médecin présent toute la semaine, c’est inespéré", se réjouit Emeline Gros. "Il n'y a aucun Ehpad en France, je pense, qui a le "luxe" d'avoir un médecin chaque jour. Leur présence va permettre de revoir tous les dossiers médicaux, de reprendre les parcours de vie, les projets des résidents et de nous soulager.” 

“Quand nous avons simplement deux semaines de repos, c’est déjà très dur de reprendre, alors deux mois je n'imagine pas.”

Même si Emeline n’a pas le temps de s’ennuyer, elle ressent malgré tout un grand un manque, loin des terrains. “S’entraîner à la maison c’est bien, mais on perd vite nos capacités physiques acquises auparavant”, explique la joueuse du FC Grenoble Amazones, qui n’a pas encore eu de directives particulières de la part de son club concernant la reprise. Si la troisième ligne a hâte de fouler de nouveau les pelouses, elle a aussi peur d’être en difficulté lors de son retour sur les terrains. “Quand nous avons simplement deux semaines de repos, c’est déjà très dur de reprendre, alors deux mois je n'imagine pas. Le temps que je retrouve un rythme cardiaque et un souffle, je vais ramer.” Emeline et ses coéquipières savent aussi que la reprise sera particulière cette année. “Au lieu de finir la saison en beauté, avec des exercices un peu plus ludiques, on va faire de la VMA et du physique, on sait qu'on ne va pas y échapper”, rit-elle.

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Détente entre sport et littérature

En attendant de reprendre avec son club, la joueuse iséroise continue ses entraînements depuis chez elle. “Lundi, j’ai fait une bonne séance de cardio et celle de mardi fut intense aussi. Cette semaine, j’ai fait un mix entre des exercices trouvés sur des comptes Instagram, le programme de mon préparateur physique ainsi que des fiches de musculation.” 

A côté du sport, Emeline se vide également la tête à travers la littérature. En une semaine, l’amoureuse des livres a dévoré Central Park de Guillaume Musso. Elle réfléchit déjà à sa prochaine lecture. Niveau cuisine, Emeline s’est attaquée cette semaine à un gâteau rustique aux pommes, et à une patate douce accompagnée de viande hachée au four. “C’est assez simple, mais c’est bon. Je prends ce qu’il y a dans mon frigo, et j’essaie pour voir ce qui marche. Je me laisse porter par la créativité”, sourit la jeune femme. 

“Jamais, je n’aurai pensé que mon métier ait autant d'impact dans la crise actuelle.”

Entre ses petits moments de répit, Emeline Gros songe à cette crise qui a totalement bouleversé la vie de tous les Français depuis deux mois. “Si on m’avait dit, quand j’ai obtenu mon diplôme (en 2019, ndlr), qu’une épidémie frapperait le monde quelques mois plus tard et que je jouerai un rôle important auprès des personnes âgées, je ne l'aurai pas cru. Jamais, je n’aurai pensé que mon métier ait autant d'impact dans la crise actuelle.” Un métier essentiel, sans lequel nous ne pourrions pas sortir de cette crise. Alors, Emeline, toujours aussi passionnée, tient bon, pour une seule raison. “On travaille beaucoup c’est vrai, mais on fait de belles choses. Et n’avoir encore aucun cas de covid dans notre Ehpad nous permet de tenir.”