Caroline Boujard : "J'ai repris le travail à mi-temps"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Inès Hirigoyen
Caroline Boujard, le 2 février 2020 contre l'Angleterre, lors du Tournoi des 6 nations
Caroline Boujard, le 2 février 2020 contre l'Angleterre, lors du Tournoi des 6 nations | AFP

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Championne de France en titre avec Montpellier, Caroline Boujard est aussi l’une des joueuses les plus emblématiques du rugby féminin. Cette année au Tournoi des 6 nations elle fait partie des joueuses les plus expérimentées des Bleues, avec 37 sélections tricolores. Confinée comme tous les Français depuis le mois de mars, Caroline est repartie travailler cette semaine chez une grande enseigne de distribution d'articles de sports. Pour nous, elle revient sur ce changement de quotidien.

Comment se passe le confinement de votre coté ? 
Caroline Boujard :
"Ça va, nickel ! Après quelques jours vraiment pas très agréables en début de semaine niveau météo, le soleil est enfin revenu ici, c’est cool. Je suis restée à Montpellier pendant le confinement, même si j’aurais pu rentrer chez moi à Paris. Mes parents étant des personnes à risque, j’ai préféré ne pas y aller et rester chez moi dans le sud. Cette semaine, j’ai repris le travail et du coup ça va beaucoup mieux." 

Vous êtes donc toute seule depuis plus six semaines, comment vivez-vous cet isolement ?
CB :
"De base, je suis très solitaire et même si le rugby est un sport collectif et que j’adore être avec mes copines, j’adore être seule aussi. Pour le coup, je le vis bien et j’ai des activités qui m’occupent et me soutiennent. [Rires] Après, avec les filles de Montpellier on fait souvent des FaceTime pour garder un contact les unes avec les autres. C’est difficile parfois, mais on ne peut pas faire autrement. Je suis quelqu’un de très manuel et j’ai beaucoup travaillé dans mon appartement que je viens d’acheter. J’ai commencé des travaux juste avant le début du six nations. J’ai fait des tableaux, du piano, et de la Playstation que je n’avais pas allumée depuis des années. [Rires] L’avantage avec la console c’est que j’ai un réseau d’amis qui jouent avec moi et ça permet de passer des moments ensemble, même virtuellement. Après j’ai fait une grande découverte durant ce confinement, c’est Netflix ! Avant, je me refusais de l’avoir. Quand je regarde une série, je suis tellement à fond que je passe trop de temps devant les écrans. Mais là, j’ai été faible [rires] en une semaine j’ai terminé trois séries. Je commence à décrocher un peu, parce que je passe vraiment trop de temps dessus. [Rires]."  

Quel est votre programme quotidien durant ce confinement ?
CB : "Avant de reprendre le boulot, je faisais la grasse matinée, ce qui ne m’arrivait pas souvent d’ordinaire. [Rires] Après je pars sur une séance de renforcement musculaire, le repas et puis la sieste. Et après le soir, je faisais une séance de physique, tous les deux jours."

Beaucoup de repos dans votre quotidien, c’est important de prendre du temps pour se régénérer et écouter son corps ? 
CB : "Exactement, je suis quelqu’un qui a énormément besoin de couper après de grosses compétitions. J’ai besoin d’une à deux semaines pour me remettre. J’adore le rugby, mais c’est pesant, c’est lourd et c’est dur physiquement. Il me faut ce repos là, alors le confinement au début c’était un mal pour un bien. Mais aujourd’hui ça commence à devenir long. Et désormais, j’ai repris le travail à Décathlon à mi-temps, seulement quelques jours par semaine. Le magasin a réouvert pour les employés jeudi, j’ai travaillé de 9h30 a 17h30. La première journée était réservée au rangement de tout ce qui avait pu rester à l’abandon à cause du confinement et organiser le drive." 

Quels sont les produits que les clients commandent le plus ? 
CB : "Tous les produits du magasin sont à la vente sur internet, mais je ne cache pas que 80% des commandes sont des produits de fitness : des poids, des tapis de yoga, des élastiques. Il y a quelques produits qui sortent de l’ordinaire comme des vélos ou des trottinettes, beaucoup pour les enfants aussi, pour pouvoir les sortir un peu je pense." 

Les achats sont fait par des personnes qui se sont mises au sport uniquement après le confinement  ? 
CB : "Malheureusement, nous n’avons pas vraiment de contact direct avec eux, à part leur dire « bonjour, quel est votre numéro de commande ». Après, on voit clairement que plein de gens, qui n’ont jamais ou très peu fait de sport dans leur vie, s’y mettent maintenant. Nous avons plusieurs appels au magasins de personnes nous demandant des renseignements sur l’utilisation de certains produits. Après, j’ai aussi l’impression qu’en France il n’y a jamais autant eu de joggeurs que pendant le confinement. [rires] On le ressent, mais même sans être ici dans le magasin, on sent que quelques chose à changer."

Pourquoi avoir choisi de reprendre le chemin du travail ?  
CB : "Il y a plusieurs raisons dont le fait de vouloir reprendre une vie active, parce que le fait d’être sédentaire…ça me gonfle. [rires] Après, il y a aussi une raison simple qui est que j’aime mon travail et que je voulais me rendre utile. Je sais que la crise économique qui va arriver, après tout ça, sera tellement grosse qu’il faut retravailler pour l’économie. Je ne veux pas que ma boite coule, même si c’est une grande entreprise. On m’a donné la chance de travailler pour cette enseigne, qui est difficile à atteindre, et clairement je l’aime, donc je voulais revenir. En fait, jeudi quand j’ai repris le travail c’était un peu la rentrée des classes pour moi. [rires]. Tout le monde était content de revenir, je n’ai jamais vu ça de ma vie ! Parfois quand tu vas bosser, t’as vraiment pas envie, moi j’étais trop contente. [rires] C’était un ressenti que tout le monde avait, c’était une sensation folle, alors qu’on allait « juste » bosser. C’est pour dire l’état d’esprit dans lequel nous sommes tous actuellement. […] Notre retour au travail s’est fait sur la base du volontariat, du coup il y a plein d’employés qui ne reviendront pas maintenant et pour diverses raisons : santé, garde d’enfants. Dans mon magasin, sur un effectif de 200 à 300 salariés, en temps normal, je crois que nous sommes 30 à avoir accepté de revenir. Différents groupes vont se relayer et nous travaillerons à peu près entre deux et trois jours par semaine."

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Avec vos collègues comment se sont passées les retrouvailles ? Vous avez pu échanger sur vos confinements respectifs ? 
CB : "Pas du tout ! [rires]. Clairement quand nous sommes arrivés au magasin, nous devions respecter les distances de sécurité, nous n’avions pas le droit de se parler. On s’est lavé les mains, on a mis les masques et nous n’avons pu vivre aucun moment de partage. C’est l’inconvénient, tu ne peux pas échanger ou alors tu le fais vite. Mais bon, on voit du monde donc ça, ça fait du bien." 

Comment voyez-vous la suite de votre confinement maintenant ? 
CB : "Je vais rester sur la même dynamique que j’ai depuis le début, mais je vais malgré tout adapter mes séances en fonction de mes jours de travail. Je vais certainement faire des séances moins lourdes avant d’aller bosser pour éviter d’être fatiguée. Avec le drive le travail est différent, maintenant ça veut dire que tu fais des allers-retours entre l’accueil du magasin et les différents rayons pour aller chercher les produits de la commande que tu prépares. Il y a des produits qui sont vraiment éloignés les uns des autres, parce que le magasin est très grand. Tu marches beaucoup, mais moi j’ai mon astuce : je fais tout avec mon skate, donc je ne marche pas trop. Mais ça reste un effort malgré tout, même si ça ne ressemble pas à une séance de cardio. [rires] 
A côté du travail, ce qui me manquent beaucoup ce sont les entraînements, j’ai hâte d’y retourner. Mes copines me manquent, mais le ballon aussi ! La prochaine coupe du monde est dans un an, c’est demain, alors on doit continuer de s’entraîner. Il faut vite rattraper ce temps perdu et retourner sur les terrains, même si ça sera très compliqué pour le rugby. Nous sommes un des seuls sports où il y a du contact physique entre les joueurs et joueuses et où le ballon passe de main en main. Honnêtement je ne sais pas comment va se passer la suite de l’année. J’ai peur qu’on ne puisse pas reprendre assez tôt." 

Majoritairement les sportifs et sportives évoquent la difficulté de se motiver tout seul, de trouver des objectifs pour rester en forme physiquement. Quel est l’objectif qui vous pousse à continuer les entraînements en solo ? 
CB : "C’est une bonne question… [rires]. Non très clairement mon seul objectif c’est la Coupe du monde ! C’est ça qui me fait me lever le matin et aller courir. C’est très compliqué d’être solo, j’ai fait un sport collectif parce que j’aime les gens et parce que ça te donne de la force pour repousser tes limites. Parfois, en étant seule il y a des semaines où j’ai fait moins de sport que prévu, mais c’est tout simplement parce que je n’en avais pas envie. Mais je sais que cette situation est éphémère. Il faut prendre un peu son courage à deux mains et s’y mettre."

Durant ces semaines de confinement, vous avez participé à une vente aux enchères, comme plusieurs sportifs de haut niveau, en vendant l’un de vos maillots de l’Equipe de France. Pouvez-vous nous parler de cette initiative ?
CB : "Aujourd'hui donner de l’argent, ce n’est pas dans mes moyens. Je ne gagne pas des milles et des cents, donc c’était compliqué pour moi de donner de cette manière là. Et puis, j’ai vu que Cyril Dumoulin [joueur de handball français en Equipe de France et au Club de Nantes] avait créé une cagnotte avec une vente aux enchères. Alors je me suis dis pourquoi pas ? La plupart du temps, je garde mes maillots et je préfère les donner à des associations comme « Un maillot pour la vie » dont je suis proche. Il a accepté de suite et il a été vendu à un prix faramineux de 760€ je crois. C’est juste énorme ! J’étais choquée. Je ne suis pas seule à y avoir participé, il y a d’autres sportifs de haut niveau et ce sont des grands noms. J’ai été clairement surprise mais c’est génial. C’est une belle manière de dire merci à tous ces soignants qui sont là pour nous, en plus d’applaudir le soir à 20 heures sur son balcon. C’était quelque chose de symbolique que j’avais envie de faire."

Avez-vous déjà pensé à la première chose que vous souhaiteriez faire après le confinement, quand nous aurons le droit de nous retrouver ? 
CB : "Oui ! [rires]. Nous avons peut-être prévu un barbecue avec les filles de Montpellier, histoire de toutes se retrouver. Mais la toute première chose que je ferai une fois le confinement terminé, c’est de me lever à six heures du matin et prendre mon petit déjeuner sur la plage, j’adore ça !  Quand on a la possibilité d’avoir la mer à côté, c’est génial. Il n’y a personne à ce moment là, tu mets la musique et tu te sens bien. Mais actuellement la plage est fermée (depuis cinq semaines) et je ne suis même pas sûre d’avoir le droit de faire ça après le confinement."

Inès Hirigoyen InesHrg