Ça s'est passé un 17 juin 2018 : l'équipe de France U20 remporte son 1er titre mondial à domicile

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Auteur·e : Jules Boscherini
France Rugby U20 2018
Les Bleuets champions du monde 2018 | PHOTOPQR / L'INDEPENDANT / MAXPPP

La saison 2017-2018 est sans doute l’une des plus belles de l’histoire de l’équipe de France U20. Terminée en apothéose par un titre de champion du monde à domicile, cette saison révèle également aux yeux du grand public plusieurs étoiles montantes du rugby français à l’image de Louis Carbonel, Romain Ntamack, Demba Bamba ou encore Jordan Joseph. La France championne du monde des moins de 20 ans, ça s’est passé un 17 juin 2018.

Après un tournoi des 6 Nations remporté avec 4 victoires pour une défaite, c’est gorgés de confiance que les Bleuets se présentent pour leur Mondial. Pour la deuxième fois depuis la création des championnats du monde U20 en 2008, la compétition se tient sur le sol français. Trois stades ont été retenus pour accueillir les rencontres du tournoi, ceux de Narbonne, Perpignan et Béziers. Sous la houlette de Sébastien Piqueronies, les Bleuets vont monter en puissance tout au long du mondial jusqu’à s’offrir un Crunch en finale.

Une entame de coupe du monde difficile

Comme pour le 6 Nations, les Bleuets ouvrent le bal face à l’Irlande. Alors que la rencontre disputée durant l’hiver avait vu les Français plier le match à la mi-temps, le scénario est bien différent à Perpignan. À la pause les coéquipiers de Louis Carbonel accusent un retard de 12 points et sont alors menés 17 à 5. Le jeune demi d’ouverture du RCT se rappelle de ce début de tournoi compliqué pour une équipe qui avait trop envie de bien faire : "On n’est pas rentré dans le match car on était un peu crispé. Débuter par l’Irlande n’était pas forcément le match qui nous motivait le plus mais après avoir été approximatif en première mi-temps, on s’est tous regardé en se disant qu’on ne pouvait pas perdre dès le début du tournoi. Je pense que le discours du staff a grandement aidé." La France parvient à refaire son retard et s’impose finalement 26-24. "Il y avait un certain soulagement car on revenait de très loin", ajoute Carbonel. Dans une compétition où chaque faux pas est très souvent synonyme d’élimination, les Bleuets maintiennent l'espoir d'une finale de groupe face aux Baby Boks.

À Béziers, les petits Bleus disputent leur second match du tournoi face à la Géorgie. Le match est serré et les Français se font surprendre par leurs adversaires du jour qui inscrivent le premier essai de la rencontre. "On sortait d’un match poussif face aux Irlandais et il y avait de la frustration parmi les joueurs et dans le staff aussi par rapport au jeu que l’on produisait", poursuit Carbonel. Pourtant, les locaux ne tremblent pas et parviennent à revenir au score prenant même le large à la mi-temps grâce à deux essais signé Thomas Lavaut et Arthur Vincent (17-7). La deuxième mi-temps est similaire à la première. L’équipe de France inscrira un troisième essai et se met à courir après un bonus offensif qu’elle n’atteindra pas, encaissant un deuxième essai à 10 minutes de la fin.

Louis Carbonel face à l'Afrique du Sud
Louis Carbonel face à l'Afrique du Sud © REMY GABALDA / AFP

Deux matches pour l'histoire

"Je pense que le déclic s’est fait après la victoire face aux Géorgiens. On était en plein doute alors qu’on venait de remporter deux matches. Un soir, on est allé au resto et on s’est dit nos quatre vérités sans que le staff n’ait besoin de le faire. C’est de là qu’est parti le rêve car on s’aimait vraiment les uns les autres. Le match le plus important arrivait et nous étions sur un rythme de jeu et une dynamique qui, je pense, faisait que nous n’aurions pas pu perdre dans cette compétition quoi qu’il arrive." Emmenés par leur capitaine Arthur Coville les jeunes Tricolores réalisent le match parfait contre l'Afrique du Sud ouvrant le score dès la 7e minute par l'inévitable Jordan Joseph, 17 ans, véritable révélation de ce tournoi. La suite ressemble à un récital pour les Français qui inscrivent trois nouveaux essais atomisant les Baby Boks dès la mi-temps (36-7). La messe est dite et la France est confortablement installée dans son fauteuil de leader du groupe C. L'abnégation des Sud-Africains ne sera pas suffisante pour revenir dans la partie et le score final est porté à 46-29.

La France est en demi-finale de son mondial. L'histoire est en marche mais avant de penser au titre suprême, les joueurs de Sébastien Piqueronies doivent prendre le meilleur sur le tenant du titre, la Nouvelle-Zélande. Comme en 2017, c’est une montagne qui se dresse devant le squad français. Le match est plus disputé que le précédant mais le scénario se répète. Les Bleuets ouvrent le score grâce à une pénalité de Louis Carbonel et mènent de trois petits points à la pause avant que Romain Ntamack ne viennent inscrire le premier essai de la rencontre au retour des vestiaires sur une action initiée par son coéquipier en club Matthis Lebel. Grâce à son rideau de fer en défense, la France pousse les Baby Blacks à la faute et parvient à inscrire deux nouvelles pénalités. Le score est lourd pour les Néo-Zélandais qui n'ont pas inscrit le moindre point et devront attendre la 70e minute pour enfin faire craquer la défense des Bleuets. Mais qu'importe, la France fait tomber l'un des monuments du rugby. Les joueurs peuvent savourer ce moment, ils sont en finale de leur coupe du monde. 

Une finale d'anthologie

Les champions du monde en titre écartés, c'est face à l'Angleterre que les Bleuets se présentent en finale pour la revanche du match des 6 Nations. Dans ce même stade de Béziers quelques mois plus tôt, les Anglais leur avait cloué le Grand Chelem sur le nez. Cette fois, les Français arrivent déterminés et prêts à écrire l’histoire, leur histoire ! 20.000 supporters sont présents au stade de la Méditerranée et la rencontre va se disputer à guichet fermé, un fait assez rare pour un match de U20. Les retrouvailles sont attendues : "On aurait préféré jouer une autre équipe mais c’est tombé sur les Anglais. Ce qui était bien c’est qu’on les connaissait. On était sur une série de 9 victoires en 10 matches et eux aussi alors le staff nous a dit d’aborder la rencontre de la même manière que face aux Blacks et aux Sud-Af et que la meilleure équipe remporterait la rencontre", confie le numéro 10 tricolore.

L'ex Stade de la Méditerranée, acquis à la cause des Bleuets
L'ex Stade de la Méditerranée, acquis à la cause des Bleuets © PHOTOPQR / L'INDEPENDANT / MAXPPP

Dans une ambiance acquise à la cause des Tricolores, les drapeaux bleus blancs rouges flottent de partout. Dès l'entame de match, l'équipe de France prend le meilleur sur son adversaire du soir. Sur une pénalité de 40 mètres inscrite par un Louis Carbonel chirurgical dans son jeu au pied, la France ouvre le score et lance parfaitement sa finale. Comme tout bon France - Angleterre qui se respecte, le match est tendu et les joueurs de sa majesté essayent de déstabiliser les Bleuets par du chambrage, en vain. À la 26e minute Cameron Woki surgit pour inscrire le premier essai du match, validé après vidéo, qui permet à la France de se détacher au score. Grâce à un essai juste avant la pause, l’Angleterre reviendra dans le coup et entretiendra l’espoir d'inverser la vapeur. Il n’en sera rien, la France continue de se détacher au score grâce à la botte de son ouvreur qui alourdit un peu plus le score. Sous une chaleur étouffante, les organismes commencent à souffrir : "Je me rappelle à la 70e minute, Cameron Woki avait des crampes et n’arrivait plus à courir. Je lui demande s’il veut que j’appelle les coaches et lui me répond que c’est une finale de Coupe du monde et qu’il ne peut pas sortir maintenant, pas dans ce match ! Ça montre l’état d’esprit qu’il y avait même si je pense qu’on était un paquet à avoir eu des crampes", se remémore celui qui inscrivit 23 des 33 points de son équipe.

C’est le moment choisi par les Anglais pour inscrire un nouvel essai. Les petits Bleus réagissent immédiatement et sur une géniale inspiration de son numéro 10, Adrien Serguet s’en va inscrire l’essai qui scelle le sort de la rencontre. Sur la transformation Carbonel s’offre le droit de rendre la monnaie de leur pièce à ses homologues. Un chambrage que l'intéressé n'a pas oublié : "Pendant le match ils nous ont chambré 2-3 fois, comme à chaque fois… Mais c’était une finale et à la 75e on marque l’essai qui nous permet de passer à plus 15. Je ne pensais pas que ça allait autant ressortir mais je savais qu’on avait gagné et je voulais leur monter qu’on ne se laissait pas faire."

La France est championne du monde des moins de 20 ans pour la première fois de son histoire. Sous les cris de joie de ses supporters, tous les joueurs et le staff se précipitent dans les bras des uns des autres. On se congratule, on pleure, on a du mal à réaliser ce qui vient d'être accompli. Abdoul, la mascotte de cette bande de pote,  jeune et insouciante, est également présente. Éblouissant tout au long de la compétition, Jordan Joseph est logiquement élu meilleur joueur du tournoi alors que le néo-Racingmen est surclassé de plusieurs catégories. Bernard Laporte est présent pour remettre les médailles aux joueurs qui formeront sans aucun doute l'ossature de la grande équipe de France, celle qui jouera elle aussi une Coupe du monde à domicile en 2023. Le trophée soulevé, les joueurs s'en vont célébrer avec leurs supporters et réalisent le fameux clapping islandais. C'est la communion de toute la France du rugby. La communion d'un peuple qui a tant souffert devant les déboires de son équipe nationale et qui peut sereinement entrevoir l'avenir, car la relève est là ! 

Jules Boscherini @julesboscherini