Armand Batlle
Après ses deux commotions avec Grenoble la saison dernière, Armand Batlle sera arrêté trois mois s'il en subit encore une. | AFP

Armand Batlle (Castres) : "Il faut protéger les joueurs"

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Armand Batlle, l'ailier du Castres Olympique, a vécu deux commotions cérébrales la saison dernière. Il prend la parole ce mardi, au moment où la Ligue nationale de rugby (LNR) a lancé son premier Grenelle de la santé des joueurs professionnels. Concerné par la problématique, il aimerait qu'on en fasse plus pour la protection des rugbymen.

Avez-vous constaté une surenchère dans l'impact et l'augmentation des blessures ?

"Complètement. J'ai commencé en 2009. Je faisais 90 kg et j'étais l'un des plus lourds à l'USAP (Perpignan). Les gabarits n'étaient pas si lourds que ça. Aujourd'hui je suis l'un des plus légers à mon poste (ailier). Quand tu joues comme dimanche face à des joueurs type Nemani Nadolo (1.94m, 125 kg), tu constates l'évolution. Le rugby a lutté pendant les années 1990 pour devenir professionnel.

Une fois le statut acquis, forcément tu ne fais que ça. On a poussé dans les détails, en musculation, en préparation physique... Et puis l'apport des joueurs venus du Pacifique a également contribué à l'augmentation de l'intensité des chocs. Ils ont généralement une masse musculaire plus développée, comme les Sudafricains."

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Dédier un référent en tribune pour surveiller les commotions est une mesure pertinente ?

"Je suis bien placé pour en parler. Je suis concerné par la nouvelle règle liée aux commotions. Maintenant un référent est placé en tribune, regarde les images et s'il voit un club refaire entrer un joueur après un gros choc, il est susceptible d'être sanctionné. J'ai fait deux commotions, en janvier et en mars. A ma prochaine commotion j'aurai trois mois d'arrêt. Je dis ça, ça me fout les boules à moi. Mais peut-être que d'ici 10-15 ans, je serai très heureux de ne pas avoir de lésions au niveau du cerveau et de pouvoir vivre normalement après ma carrière.

Quand on est joueur, pendant le match il y a de l'adrénaline. Tu prends une commotion mais en général on veut toujours rentrer. Il n'y a pas de petite commotion, tu es toujours susceptible d'en subir les séquelles. Il faut vraiment que le staff médical soit bon et c'est là que la mesure est intéressante. Avec l'adrénaline on n'a peut-être pas conscience des risques sur le moment. Ce n'est qu'ensuite que tu te dis que tu as fait l'idiot". 

Le Grenelle de la santé lancé ce mardi par la LNR est donc une nécessité ?

"Oui, c'est une nécessité. Il faut s'adapter à l'évolution du rugby pour que la santé suive. Sinon on va au devant de grosses déconvenues. Avant qu'un drame n'arrive, il faut protéger les joueurs. Maintenant on a des effectifs de 40 joueurs. Les managers doivent en prendre conscience et agir en conséquence."

"La santé des joueurs est prise en otage"

"La santé des joueurs est prise en otage"

Que pensez-vous de la proposition d'augmenter le nombre de remplacements en match ?

"Je suis pour. A un moment donné, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Les droits TV augmentent en même temps que le spectacle. Mais un moment on va arriver à des limites physiquement. Autant faire entrer des joueurs frais. Le spectacle ne perdra pas de sa superbe et les joueurs seront mieux protégés.

Faire jouer un titulaire fatigué coûte que coûte, ça ne sert pas au spectacle. A Castres on n'a pas ce problème là parce qu'on fait tourner. Tout est mesuré, quantifié. Avec les GPS, on doit pas dépasser un nombre de kilomètres par semaine pour être dans un état de forme optimal avant le match."

Le conflit entre la LNR et la FFR est-il dommageable ?

"Cette guégerre ne date pas d'aujourd'hui. Au final, c'est la santé des joueurs qui est prise en otage. Chacun veut s'attribuer le mérite du projet sanitaire. Il faudrait qu'ils marchent main dans la main en pensant à l'intérêt des joueurs, et pas uniquement au leur."